Crise énergétique : entre incidents techniques et défis structurels
La distribution de l’électricité s’est encore dégradée dans la capitale et dans plusieurs villes du pays.
Cette situation intervient après l’incendie survenu fin février 2026 sur un poste électrique stratégique de la Société d’exploitation de Manantali et de Félou (SEMAF) de l’Organisation pour la mise en valeur du Sénégal (OMVS) à Bamako.
La situation énergétique s’est nettement détériorée au début du mois de mars 2026, avec des coupures d’électricité prolongées dans de nombreux quartiers de Bamako. Dans certaines zones de la capitale, l’alimentation électrique n’est assurée que quelques heures par jour, tandis que d’autres secteurs restent parfois toute une journée sans courant.
Cette dégradation du service intervient après l’incendie d’un poste de la SEMAF (Société d’exploitation de Manantali et de Félou) à Bamako. Cette structure assure l’exploitation des installations hydroélectriques du système énergétique de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS).
Les barrages de Manantali et de Félou, exploités dans le cadre de l’OMVS, alimentent les réseaux électriques du Mali, du Sénégal et de la Mauritanie. Une partie importante de l’électricité hydraulique consommée au Mali provient de ces installations. L’incident survenu sur le poste de Bamako a perturbé l’acheminement d’une partie de cette énergie vers le réseau national.
Cette situation intervient dans un contexte où les besoins en électricité ont fortement augmenté au Mali au cours des deux dernières décennies. La consommation nationale est passée d’environ 600 millions de kilowattheures en 2002 à près de 3,2 milliards de kilowattheures en 2024, soit une progression de plus de 430% en un peu plus de vingt ans.
La structure de la production d’électricité a également évolué au cours de cette période. Au début des années 2000, l’hydroélectricité représentait environ 83% de la production nationale, contre 17% pour les centrales thermiques. En 2024, près de 70% de l’électricité consommée au Mali provient des centrales thermiques, tandis que l’hydroélectricité et les autres sources représentent environ 30% de la production.
Les centrales thermiques utilisées pour compléter la production hydraulique fonctionnent principalement avec des combustibles importés, notamment le fioul et le gasoil. Leur utilisation permet de répondre aux besoins du réseau lorsque la production des barrages est insuffisante ou lorsque la consommation dépasse les capacités disponibles.
Énergie du Mali (EDM-SA) est l’entreprise publique chargée de la production, du transport et de la distribution de l’électricité sur l’ensemble du territoire national. Elle exploite les centrales thermiques, gère les lignes de transport haute tension et assure la distribution vers les centres urbains et les localités raccordées au réseau.
Le fonctionnement du système électrique repose sur plusieurs infrastructures : les barrages hydroélectriques, les centrales thermiques, les lignes de transport et les postes de transformation. Lorsqu’une infrastructure de transport est affectée, comme dans le cas de l’incendie du poste de la SEMAF à Bamako, la distribution de l’électricité disponible sur le réseau peut être perturbée.
De nouveaux projets annoncés
Depuis avril 2025, l’État malien a mis en place un prélèvement sur les recharges téléphoniques et les transferts d’argent via mobile money afin d’alimenter un fonds de soutien aux infrastructures de base et au développement social. Ce mécanisme de financement concerne notamment les infrastructures énergétiques et les prélèvements continuent d’être appliqués sur ces transactions.
Le secteur de l’électricité fait également l’objet de plusieurs programmes visant à augmenter les capacités de production et à renforcer le réseau national. Ces initiatives concernent notamment la construction de nouvelles centrales électriques, l’extension des lignes de transport et le développement de projets solaires.
Parmi les projets annoncés figure notamment la centrale solaire de Sanankoroba, dont la capacité prévue est d’environ 200 mégawatts, pour un investissement estimé à plus de 120 milliards de francs CFA. Les travaux de cette installation ont été lancés en mai 2024.
Un autre projet de centrale solaire a également été annoncé à Safo, dans le cercle de Kati. Ces installations doivent contribuer à exploiter le potentiel solaire du Mali et à compléter la production issue des barrages et des centrales thermiques. Cependant, ces projets ne sont pas encore opérationnels et leurs effets ne se reflètent pas pour l’instant dans l’approvisionnement du réseau national.
Dans plusieurs pays africains, des réformes du secteur énergétique ont été engagées pour améliorer la production et la distribution de l’électricité. Au Sénégal, les investissements dans les centrales électriques et l’extension du réseau ont permis d’augmenter progressivement l’accès à l’électricité, avec un taux national supérieur à 80%.
Au Rwanda, les programmes combinant développement du réseau et solutions hors réseau ont permis d’augmenter l’accès à l’électricité, passé de moins de 10% au début des années 2010 à plus de 70% aujourd’hui.
L’évolution du secteur électrique au Mali reste liée à la progression de la demande nationale, au développement des infrastructures de production et à la capacité du système énergétique à assurer l’acheminement de l’électricité vers les zones de consommation.
L’incident survenu fin février 2026 sur une infrastructure de la SEMAF intervient dans ce contexte où l’équilibre entre production, transport et distribution demeure déterminant pour le fonctionnement du réseau électrique national.
Cheick Bougounta CISSE