Chronique : En hivernage, ça patauge partout

À Bamako et dans les grandes agglomérations, l’hivernage transforme chaque déplacement quotidien en un véritable parcours d'obstacles.

07 Sept 2026 - 02:10
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Chronique : En hivernage, ça patauge partout

Sur l’asphalte dégradé des grands axes comme dans les ruelles secondaires des quartiers populeux, la circulation devient un casse-tête permanent pour les usagers, piétons comme conducteurs. La saison des pluies impose son rythme lent et imprévisible à une population qui tente tant bien que mal d’honorer ses engagements quotidiens.

Dès les premières gouttes d’eau, le réseau routier montre ses faiblesses structurelles. Les voies deviennent rapidement cahoteuses, truffées de nids-de-poule profondément creusés et dissimulés sous les mares d’eau stagnant faute de systèmes de drainage efficients. Conduire relève d’un exercice d’acrobatie permanente : les automobilistes rivalisent de manœuvres brusques pour éviter les crevasses les plus profondes, ce qui ralentit considérablement la fluidité du trafic. Les usagers des engins à deux roues, particulièrement vulnérables, glissent sur les chaussées couvertes de boue et de limon, multipliant les risques de chutes, de blessures et de pannes mécaniques à répétition.

Cette dégradation avancée de la chaussée a des répercussions directes et éprouvantes sur le rythme général de la vie urbaine. Les heures d’arrivée au bureau, dans les ateliers, à l’école ou sur les lieux de commerce sont devenues totalement aléatoires. Des trajets qui ne nécessitent habituellement qu’une vingtaine de minutes s’allongent désormais sur plus d’une heure de piétinement exaspérant. Des embouteillages monstrueux se forment spontanément aux carrefours stratégiques et aux intersections majeures, là où la chaussée se rétrécit brutalement pour contourner les marécages urbains improvisés.

Les véhicules personnels tout comme les transports collectifs payent un lourd tribut à cet état de fait. Les amortisseurs s'affaissent, les pneus se déchirent contre les arêtes tranchantes de l'asphalte détérioré, et les carters subissent les assauts de l'eau usée. Pour les travailleurs et les conducteurs, la saison hivernale impose ainsi une usure prématurée du matériel roulant, synonyme de dépenses imprévues pour des réparations de fortune chez le mécanicien du coin.

Mais le calvaire des citadins ne s’arrête pas sur les boulevards noyés sous l’eau. Il se prolonge et s’intensifie au cœur même des marchés centraux et des lieux de commerce de proximité, où l’activité patauge avec la même lourdeur. L’accès aux étalages relève d’une véritable épreuve pour les ménagères et les acheteurs, contraints de jouer des coudes dans les allées boueuses, encombrées d'eaux de ruissellement et de détritus flottants. Les marchands ambulants et les étalagistes, installés à même le sol ou sous des bâches de fortune transpercées par les averses, luttent en permanence pour préserver leurs marchandises de la moisissure et des inondations.

Dans cette ambiance moite et chaotique, le rythme économique tourne au ralenti, mais la note, elle, grimpe sans retenue. Sous les hangars humides, les discussions tournent invariablement autour des étiquettes et des prix qui semblent s'envoler à mesure que le niveau de l'eau monte. Dans les paniers des ménages, la hausse brutale de plusieurs denrées de consommation courante crée un sentiment de désarroi généralisé.

Les condiments essentiels, indispensables à la confection du repas quotidien, connaissent des hausses spectaculaires. L’oignon, l'ail, le piment frais, le gombo et la tomate – ingrédients de base de la cuisine locale – atteignent des sommets sur les étals. La rupture de certains axes d'approvisionnement régionaux et les difficultés de transport liées à la vétusté des routes ralentissent l'acheminement des produits maraîchers depuis les zones de production, provoquant une raréfaction immédiate et une spéculation sur les marchés urbains.

L'œuf, source de protéines accessible pour de nombreuses familles modestes, a lui aussi vu son cours prendre l’ascenseur. Le plateau de trente œufs s’arrache désormais à des montants très élevés, justifiés par les commerçants par le coût accru du transport, les pertes dues à la casse sur les pistes défoncées et la hausse des intrants pour l'élevage avicole durant la période hivernale.

La viande, qu'elle soit bovine ou ovine, n'échappe pas à cette dynamique haussière. Dans les boucheries et sur les tables de découpe des marchés, le kilogramme de viande avec ou sans os franchit des barrières financières inédites. Les bouchers mettent en avant les complications liées au déplacement du bétail, aux difficultés de pâturage temporaires dues à l'inaccessibilité de certaines zones rurales et aux frais d'accès aux abattoirs dans des conditions hygiéniques dégradées par les pluies.

Pourtant, malgré ce tableau assombri par la boue et la cherté de la vie, la sagesse populaire nous rappelle que l'hivernage n'est qu'une saison de passage. Après la tempête vient le calme, et après la pluie, le beau temps finit toujours par percer la couche des nuages les plus sombres. Les éclaircies ne tarderont pas à assécher l'asphalte, à rouvrir les grands axes et à ramener l'abondance sur les étals des marchés. L'embellie adviendra, rétablissant le rythme fluide de nos cités et la sérénité dans les foyers. Dira qui pourra, car comme le rappelle le dicton pragmatique : "wari te kouma ma ka kouma" — quand l'argent parle, nulle autre parole n'est permise pour clore le débat.

KML

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Commentaires (12)

User
Kassé
Kassé 1 mois
Je me demande si cette photo n'est pas générée par IA ? On dirait une route de l'enfer. Je ne sais pas à quel moment une route peut tomber en ruine comme ça dans une capitale. Les entreprises chinoises jettent du goudron sur la terre pour faire une chaussée et après la première pluie, le premier camion qui passe décolle la moitié de la chaussée, le deuxième camion fini le travail . Ce phénomène est connu chez nous depuis des années et depuis des années ces entreprises chinoises gagnent les contrats par la corruption. La photo semble venir d'un autre temps...Il faut vérifier pour nous laver de cette honte
Lastus
Lastus 1 mois
Il faut TRAVAILLER pour nous laver de cette honte.
Lastus
Lastus 1 mois
Cette photo est l’illustration parfaite de notre incapacité à régler les problèmes de développement depuis des décennies...... on parle trop dans ce pays, mais quand il s'agit de travailler on ne fout absolument rien!!!!!
Nfp
Nfp 1 mois
Absolument, je confirme !
Nfp
Nfp 1 mois
Cette photo est (hélas !) un véritable cliché-type de L'ARRIERATION et du SOUS-DEVELOPPEMENT poussés à leur extrême ! Et dire que non seulement elle est prise en 2026 et en plein 21eme siècle, mais en plus, après 65 ANS de notre indépendance et donc de NOTRE PROPRE gestion du pays... Et dire qu'avant que le Mali soit entre NOS mains, Bamako était surnommée Bamako-la-coquette !...
Nfp
Nfp 1 mois
Lastus, en réponse à ton post ci-dessous : je crains fort que tu aies raison, et je partage tout à fait ton pessimisme concernant nos jeunes générations...
Lastus
Lastus 1 mois
Je pense qu’on n’est pas encore arrivé à l’extrême..... avec les générations actuelle et à venir, je ne pense pas qu’on puisse espérer mieux!!!!!
kan
kan 1 mois
65 ans d'indépendance .... sans autres commentaires
Kabako
Kabako 1 mois
Cette photo est EXTRAORDINAIRE !!! Elle résume le Mali d'aujourd'hui mieux que tous les discours, tous les récits et tous les livres du monde. Je l'ai regardée pendant des minutes. Au bout d'un certains temps, j'ai arrêté pour ne pas effondrer en larme. La photo est troublante. Non, le Mali Kura est quelque chose. Cette photo ne se contente pas de choquer par l'image, elle appelle aussi. Elle nous dit pourquoi les jeunes sont prêts à se noyer dans l'océan pour quitter ce pays, elle nous dit que l'Etat de la décrépitude est encore plus violente qu'on ne peut l'imaginer. Je suis un malien de la diaspora, je ne souhaite à aucun malien de cette diaspora de rester plus de 2 minutes devant cette photo, une véritable torture, un coup de poing violent sur la figure, sur l'image que l'on se fait du Mali et des maliens. Ce Pays est tombé dans la boue. Mais, une question traîne dans ma tête: Y-a-t-il des hommes et des femmes valides dans ce pays ou c'est un pays abandonné ?
Lastus
Lastus 1 mois
Kabako, je te jure que j’ai eu le même dégoût que toi dès que j’ai posé les yeux sur la photo..... Je n’ai même pas tenu 30 secondes.
Nfp
Nfp 1 mois
Ta réflexion est parfaitement lucide mon frère ! J'ai envie de dire : HÉLAS...
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