Apres le déguerpissement du Garbal de Faladié, Niamana… : L’urgence de bâtir un marché à bétail moderne et structuré
Le déguerpissement du marché à bétail (Garbal )de Faladi, Niamana é et autres à travers la capitale marque sans doute la fin d’une époque à Bamako.
Pendant des années, ces vastes espaces de vente de bétail ont fonctionné dans l’anarchie, entre insalubrité, embouteillages, occupations irrégulières et absence quasi totale d’aménagements modernes. Mais au-delà de l’opération de démolition menée par les autorités de la Transition, une question essentielle demeure : quelle alternative durable pour les acteurs de la filière bétail au Mali ?
Le moment semble aujourd’hui venu pour les autorités, le ministère de l’Elevage ainsi que les responsables de la filière de s’asseoir autour d’une même table afin de réfléchir à la création d’un véritable marché à bétail moderne, organisé et sécurisé, à l’image de ceux que l’on retrouve dans plusieurs pays de la sous-région, notamment en Côte d’Ivoire ou au Sénégal.
Car au Mali, malgré l’importance stratégique de l’élevage dans l’économie nationale, les infrastructures dédiées à la commercialisation du bétail restent largement sous-développées. Pourtant, le pays figure parmi les grandes nations d’élevage de la sous-région, avec des milliers de familles vivant directement ou indirectement de cette activité.
Durant plusieurs décennies, les marchés à bétail ont évolué sans véritable vision d’aménagement moderne. Manque de clôtures, absence d’espaces de stationnement, insécurité des animaux, insuffisance de points d’eau, désordre dans les transactions, conditions sanitaires précaires : autant de difficultés qui fragilisent quotidiennement les vendeurs comme les acheteurs.
Pour de nombreux acteurs du secteur, le ministère de l’Elevage n’a jamais accordé toute l’attention nécessaire à ces espaces économiques pourtant vitaux. A titre d’exemple, le Garbal de Faladié, Niamana devenus au fil des années un symbole de désordre urbain, illustre précisément cette absence de planification.
Aujourd’hui, plusieurs professionnels estiment que le Mali doit changer d’approche. Le pays gagnerait à investir dans un complexe moderne de commercialisation du bétail, capable de répondre aux standards économiques et sanitaires actuels.
Un tel site pourrait intégrer des parcs sécurisés pour les animaux, des espaces de négociation aménagés, des zones vétérinaires, des systèmes de contrôle sanitaire, des points d’eau, des parkings pour camions de transport ainsi que des dispositifs modernes de sécurité.
Au-delà de l’aspect commercial, un marché à bétail structuré pourrait également devenir une importante source de recettes fiscales pour les collectivités et l’Etat, tout en améliorant l’image de la filière malienne dans la sous-région.
Imiter les pays voisins
Dans plusieurs pays voisins, les marchés modernes de bétail sont devenus de véritables pôles économiques où acheteurs, vendeurs, transporteurs et exportateurs évoluent dans des conditions organisées et sécurisées. Beaucoup d’acteurs maliens estiment qu’il est désormais temps que Bamako dispose, elle aussi, d’un espace digne de ce nom.
Le déguerpissement du Garbal de Faladié, de Niamana et autres ne doit donc pas uniquement être perçu comme une opération de démolition ou de sécurisation de Bamako. Il peut aussi constituer une occasion historique pour repenser en profondeur l’organisation de la filière bétail au Mali et offrir enfin aux éleveurs et commerçants un cadre moderne adapté à l’importance économique de leur activité.
Mohamed Keita