Sahel : 24,3 millions de personnes ont besoin d’une aide urgente, alerte l’ONU
Le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) tire la sonnette d’alarme sur l’aggravation de la crise humanitaire au Sahel.
Dans un rapport publié ce mercredi 3 juin 2026, l’organisation onusienne souligne que « 24,3 millions de personnes ont aujourd’hui besoin d’une assistance humanitaire urgente » dans cette région confrontée à une combinaison dévastatrice de conflits armés, d’insécurité alimentaire et de chocs climatiques.
Derrière ces chiffres se cachent des millions de vies bouleversées : des familles contraintes de fuir leurs foyers, des enfants privés d’éducation et des populations entières luttant quotidiennement pour leur survie. L’ONU appelle ainsi la communauté internationale à renforcer son soutien face à une situation qui continue de se détériorer. Selon le rapport, l’insécurité, longtemps concentrée au Mali, au Burkina Faso et au Niger, gagne désormais les pays côtiers d’Afrique de l’Ouest. « Les groupes armés étendent leur influence au-delà des zones traditionnellement touchées, provoquant des déplacements massifs de populations, paralysant les économies locales et fragilisant davantage les États de la région », indique le document.
Dans le Sahel central et le bassin du lac Tchad, des communautés entières ont été chassées de leurs terres en raison des conflits armés. Cette situation a gravement affecté les services essentiels. Le rapport fait état de près de 12 900 écoles fermées, privant plus de 2,3 millions d’enfants de leur droit à l’éducation et les exposant à divers risques, notamment l’exploitation et le recrutement forcé.
Une menace alimentaire grandissante
À cette situation sécuritaire préoccupante s’ajoutent les conséquences du changement climatique. « Le Sahel se réchauffe plus rapidement que la moyenne mondiale », constate le rapport, soulignant qu’en 2025, environ 590 000 personnes ont été affectées par des inondations majeures. Dans le même temps, la sécheresse et la désertification continuent de dégrader les terres agricoles dont dépendent des millions de familles. Selon le document onusien, ces phénomènes réduisent les capacités de production agricole et accentuent la vulnérabilité des populations déjà fragilisées par les conflits.
L’ONU prévoit qu’entre juin et août 2026, période de soudure particulièrement critique, 15,4 millions de personnes seront confrontées à une situation de crise alimentaire ou pire. Parmi elles, plus de 1,5 million pourraient basculer dans une situation d’urgence alimentaire nécessitant une assistance immédiate. Le rapport explique que cette crise est également aggravée par les répercussions économiques du conflit au Moyen-Orient, qui entraîne une hausse mondiale des prix du carburant, des engrais et des denrées alimentaires. « Une augmentation du coût des engrais peut compromettre une saison agricole entière, tandis que la hausse du prix du carburant renchérit le transport des marchandises et de l’aide humanitaire », souligne le document.
L’aide humanitaire en forte diminution
Malgré l’ampleur des besoins, les ressources destinées à l’aide humanitaire dans le Sahel sont en forte diminution. « En 2025, seulement 29 % des financements requis ont été mobilisés, soit le niveau le plus faible enregistré depuis une décennie », déplore le rapport. Cette insuffisance financière oblige les organisations humanitaires à réduire leurs interventions, à suspendre certains services et parfois à quitter des zones où les besoins demeurent pourtant immenses. Face à cette situation, l’ONU appelle les partenaires internationaux à intensifier leur engagement afin d’éviter une aggravation de la crise et de préserver des millions de vies dans l’une des régions les plus vulnérables du monde.
« Derrière chaque statistique se trouvent des femmes, des hommes et des enfants qui ont besoin d’aide pour survivre. Le monde ne peut pas détourner le regard », souligne l’organisation. Le chef du Bureau régional d’OCHA pour l’Afrique de l’Ouest et centrale, Charles Bernimolin, a également exprimé son inquiétude dans ce rapport : « Les populations du Sahel ne se trouvent pas reléguées à la marge d’une crise mondiale ; elles en sont au cœur, confrontées à l’une des urgences les plus graves et les plus négligées au monde. » Selon lui, chaque manque de financement a un coût humain. « Lorsque nous suspendons un programme, un enfant perd un repas, des femmes et des filles sont privées de tout dispositif de protection, une famille perd espoir. Nous ne pouvons pas laisser l’effondrement du financement devenir une condamnation à mort pour des millions de personnes », a-t-il déclaré.
OCHA conclut son rapport en appelant les bailleurs de fonds à fournir des financements flexibles, prévisibles et adéquats afin de maintenir les opérations vitales dans toute la région. Cet appel est également adressé aux gouvernements qui, selon l’organisation onusienne, doivent protéger les civils et garantir un accès humanitaire sans entrave. L’agence rappelle enfin que « les organisations régionales ont un rôle clé à jouer dans l’appui aux pays pour s’attaquer aux causes structurelles de l’instabilité ».
Siaka DIAMOUTENE/Maliweb.ne