Combien de doigts pour Netanyahou ? L'IA, autre acteur de la guerre
«Netanyahou est-il réel ou généré par l'IA?», interroge un titre en ligne en évoquant une vidéo montrant le premier ministre israélien, avec soi-disant six doigts. La vidéo était authentique.
Mais les spéculations se sont rapidement répandues en ligne affirmant que Benyamin Netanyahou serait mort ou blessé dans une frappe iranienne et qu'Israël cachait la vérité en utilisant un double généré par l'intelligence artificielle (IA).
«La dernière fois que j'ai vérifié, les humains n'avaient pas six doigts en principe... sauf pour l'IA», peut-on lire dans un commentaire sur le réseau social X, qui a récolté près de cinq millions de vues. «Netanyahou n'est-il plus de ce monde?»
Des spécialistes en investigation numérique ont rapidement pu expliquer le «doigt en plus»: un jeu de lumière, une ombre fugace faisant ressembler une partie de sa paume en doigt supplémentaire. Mais la démonstration a été noyée dans le tumulte en ligne.
Trois vidéos et toujours des doutes
Quelques jours après la diffusion de cette première vidéo, Benyamin Netanyahou en a publié une deuxième, sorte de preuve de vie tournée dans un café: on le voit y lever les mains, comme pour mettre les sceptiques au défi de compter ses doigts. Mais au lieu d'apaiser les spéculations, cela a alimenté une nouvelle vague de théories infondées.
«Encore de l'IA», a déploré une publication virale sur le réseau social Threads, s'interrogeant sur le fait que la tasse de café remplie à ras bord ne se renversait pas malgré ses mouvements de main et restait pleine après une grande gorgée.
La suspicion a perduré même après que M. Netanyahou a publié une troisième vidéo, cette fois en compagnie de l'ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee. Certains détectives en ligne ont zoomé sur les oreilles de M. Netanyahou, affirmant que leur forme et leur taille ne correspondaient pas aux images de lui diffusées dans le passé.
Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, le 28 février, le réseau mondial de l'AFP a produit plus de 500 articles de fact-checking, révélant de fausses informations sur ce conflit, dont 20 à 25% créées à l'aide de l'IA, un niveau jamais atteint durant une telle crise.
«Ragots»
L'invasion de l'Ukraine par la Russie ou la guerre Israël-Gaza ont déclenché des vagues d'images, de vidéos et d'audios générés par l'IA. Ce qui distingue cette guerre, c'est l'ampleur et le réalisme des contenus artificiels, produits par des outils avancés, peu coûteux, accessibles et capables d'éliminer bon nombre des anciens signes de manipulation, expliquent des chercheurs.
Les plateformes technologiques sont saturées de ce que beaucoup appellent la «bouillie numérique». «Je pense que nous devons tous commencer à traiter les photographies, les vidéos et l'audio sur le même plan que des ragots», en conclut Thomas Nowotny, directeur d'un groupe de recherche sur l'IA à l'université du Sussex au Royaume-Uni.
Ces images générées par l'IA ont atteint un tel niveau de ressemblance avec le réel qu'elles en viennent à éclipser les photographies et vidéos authentiques, générant une crise de confiance.
Désormais «le problème de la désinformation, en général, ce n'est pas tant que les gens y croient», explique Constance de Saint Laurent, professeure à l'université de Maynooth en Irlande. «Le problème, c'est qu'ils voient des informations réelles et qu'ils n'y font plus confiance».
«Contenus nuisibles»
Le volume de faux générés par l'IA excède largement les capacités de vérification des professionnels du fact-checking. Et même quand il a été démontré qu'il s'agissait de fabrications, elles ressurgissent régulièrement, un schéma que certains chercheurs qualifient de désinformation «zombie».
Les algorithmes mettent en avant les contenus en fonction de l'engagement (partages, commentaires, mentions «j'aime"), souvent stimulé par le sensationnalisme, l'indignation et la désinformation.
Les plateformes de réseaux sociaux «agissent comme des éditeurs, à travers ce qu'elles décident de montrer principalement via leur fil d'actualité. Et très souvent, cela inclut des contenus nuisibles et de la désinformation», note Constance de Saint Laurent.
Les incitations financières accélèrent le phénomène. La plupart des plateformes permettent aux créateurs de s'enrichir en fonction de l'engagement, encourageant des influenceurs à diffuser des contenus trompeurs ou entièrement fabriqués pour obtenir des clics, de la visibilité et de l'argent.
Selon l'institut pour le dialogue stratégique (ISD), basé à Londres, un réseau de comptes X, d'Elon Musk, publiant des contenus IA sur la guerre Iran-Etats-Unis-Israël a cumulé plus d'un milliard de vues depuis le début du conflit.
Les contenus modifiés ont continué à proliférer sur X même après que la plateforme a menacé de sanctionner les créateurs publiant des vidéos de guerre générées par l'IA sans le mentionner.
Source: https://www.bluewin.ch/fr/