Habits de Tabaski : Des tailleurs 2.0
À une semaine de l’Aïd el-Kebir, les marchés de Bamako connaissent leur traditionnelle effervescence.
Entre bazins richement brodés, caftans élégants et vêtements modernes, les clients multiplient les achats pour célébrer la fête. Mais derrière cette animation commerciale, les habitudes de consommation évoluent : le téléphone portable et les réseaux sociaux occupent désormais une place centrale dans le commerce de la mode.
Pour Muhammad Niakaté, commerçant spécialisé dans les habits et chaussures pour enfants, la période est particulièrement favorable. « En cette période de festivité, nous avons beaucoup plus de clients qu’avant. Les ventes ont vraiment augmenté », affirme-t-il.
Selon lui, les parents accordent une priorité particulière aux tenues des enfants, considérées comme incontournables pour la fête. Dans sa boutique, les ensembles traditionnels, chaussures et accessoires pour les plus jeunes figurent parmi les articles les plus recherchés.
À quelques mètres de là, Moussa Traoré, vendeur de vêtements modernes pour hommes, affiche un constat plus nuancé. « Nous avons moins de ventes cette année. Par rapport à l’an dernier, l’activité n’a pas vraiment progressé », explique-t-il.
D’après lui, de nombreux hommes préfèrent consacrer leur budget aux boubous traditionnels ou aux dépenses familiales liées à la Tabaski. Les chemises, t-shirts et vêtements occidentalisés séduisent moins pendant cette période marquée par l’attachement aux tenues traditionnelles.
Malgré ces différences de résultats, les commerçants reconnaissent tous l’importance grandissante du numérique dans leurs activités.
« Les clientes viennent souvent avec des photos enregistrées sur leur téléphone. Parfois nous avons les modèles, sinon nous prenons des commandes », raconte Muhammad Niakaté. Pour élargir sa clientèle, il a créé plusieurs groupes WhatsApp qui lui permettent de vendre au-delà de Bamako.
Même stratégie chez Moussa Traoré, qui mise fortement sur la communication digitale : « J’utilise Facebook, TikTok et WhatsApp pour attirer les clients. Beaucoup s’inspirent directement des influenceurs de mode ».
À Bamako, la préparation de la Tabaski reste profondément attachée aux traditions vestimentaires. Mais l’usage croissant des smartphones transforme progressivement les habitudes d’achat et les méthodes de vente.
Aujourd’hui, les tendances circulent en quelques secondes sur les réseaux sociaux, influençant les choix des consommateurs jusque dans les marchés populaires de la capitale. Entre héritage culturel et modernité numérique, la mode de Tabaski entre ainsi dans une nouvelle ère.
Sanmouhan Nadège Diarra
Stagiaire
Tailleurs :
Sous la hantise du courant
À l’approche de l’Aïd el-Kebir, les ateliers de couture de Bamako tournent à plein régime. Entre commandes de dernière minute, exigences des clients et délais serrés, les tailleurs vivent traditionnellement une période intense. Mais cette année, les coupures répétées d’électricité et les difficultés d’approvisionnement en carburant compliquent davantage leur travail.
À Hamdallaye, Alassane Traoré exerce le métier de tailleur depuis neuf ans. Pour lui, cette période de forte activité se transforme souvent en véritable course contre la montre.
« À l’approche de la Tabaski, il devient très difficile de satisfaire les clients. Tu donnes un rendez-vous à trois jours, mais les coupures d’électricité s’intensifient et les habits ne sont pas prêts », explique-t-il.
Selon cet artisan, les interruptions répétées du courant perturbent fortement le rythme de production. Pour continuer à travailler, plusieurs ateliers dépendent désormais des groupes électrogènes. Mais faire fonctionner un groupe électrogène représente un coût important pour des tailleurs déjà confrontés à des marges réduites.
« Même l’argent convenu avec le client finit parfois dans l’achat du carburant. Ce n’est pas rentable. Le plus gros problème aujourd’hui reste le manque de carburant », déplore Alassane Traoré. Face à cette situation, certains artisans prolongent leurs journées de travail jusque tard dans la nuit, profitant des rares heures d’électricité disponibles pour avancer les commandes.
À quelques jours de la fête, les familles affluent dans les ateliers avec l’espoir de porter des tenues neuves et impeccables pour les célébrations. Adultes et enfants veulent attirer l’attention avec des habits soigneusement confectionnés.
Mais pour les tailleurs, la combinaison entre surcharge de commandes et délestages rend la tâche particulièrement difficile. Les réparations de dernière minute sont souvent refusées faute de temps ou d’énergie suffisante.
Dans plusieurs ateliers, les malentendus avec les clients se multiplient. Retards, rendez-vous reportés ou promesses non tenues créent parfois des tensions entre artisans et consommateurs.
Certains tailleurs tentent désormais d’organiser leur activité en fonction des créneaux d’électricité fournis par Énergie du Mali. Lorsque le courant revient, les machines tournent sans interruption afin de rattraper le retard accumulé.
Malgré ces efforts, de nombreux artisans reconnaissent que la couture devient, en cette période de Tabaski, un véritable parcours d’obstacles. Entre pression économique, pénurie énergétique et attentes des clients, chaque commande représente un défi supplémentaire.
Claudine Dakouo
Stagiaire