L’or et l’esprit : Le Mali, berceau lumineux d’une synthèse négro-islamique

Dans l'immensité poussiéreuse de la savane ouest-africaine, bien avant les frontières modernes, sommeillait une légende faite d'or, de foi et de savoir.

24 Nov 2025 - 15:17
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L’or et l’esprit :  Le Mali, berceau lumineux d’une synthèse négro-islamique
Abdoul Karim Drame

Ce n'était pas un mythe, mais l'Empire du Mali, dont le nom, ressuscité en 1959 par une poignée de visionnaires africains, résonnait comme l'écho d'une gloire oubliée. Plus qu'un simple royaume, le Mali fut le creuset ardent, où se sont harmonieusement mêlées les profondeurs de l'âme noire africaine et l'éclat spirituel de l'Islam. Ce métissage unique a donné naissance à une civilisation si riche qu'elle a attiré l'œil des cartographes…

Le mal du spectacle

Quand les médias d’expression française spéculent avec acharnement sur le destin du Mali.

La légèreté d’un scénario catastrophe...

Assis à des milliers de kilomètres du Sahel, le regard rivé sur des cartes géopolitiques simplifiées, une partie de la presse européenne d’expression française semble avoir troqué l’information factuelle pour la narration sensationnaliste.

Tandis que le peuple malien, au Sud comme au Nord, se bat avec dignité contre les affres de la crise sécuritaire, ces tribunes médiatiques, souvent lointaines, rivalisent d'hypothèses sur la chute de Bamako». Pourquoi cet acharnement à prédire le pire ?

Derrière ces analyses froides sur les «conséquences géopolitiques» se cache non seulement une profonde méconnaissance des réalités du terrain, mais aussi le douloureux spectacle d'une information qui sacrifie l'empathie à l'effet de choc. Pour les Maliens, ce n'est pas un jeu d'échecs géopolitique, c'est leur quotidien, leur survie et l'avenir de leur Nation qui est en jeu.

L'obstination du scénario catastrophe

L'illustration fournie, spéculant sur la «chute du régime militaire malien» et le «blocus imposé par les djihadistes du JNIM sur la capitale», révèle une tendance persistante: celle de prédire l’effondrement.

L'angle d'approche se concentre presque exclusivement sur l'échec potentiel, minimisant la résilience des populations et les efforts, souvent coûteux en vies humaines, des Forces de Défense et de Sécurité du Mali (FSM).

Des expressions comme «la question ne semble plus être ''si'' la capitale malienne Bamako va tomber mais plutôt ''quand''» sont l'archétype de la spéculation défaitiste. Elles ignorent la complexité de la guerre asymétrique et le fait que les déclarations d'officiers, même si parfois teintées d'optimisme politique, reflètent la volonté farouche de contrôle du territoire.

Le prisme exclusif des conséquences géopolitiques

Le cœur de ces analyses n'est jamais la souffrance du peuple, mais les répercussions géopolitiques pour les acteurs externes:

1. L'affaiblissement du Niger et du Burkina Faso.

2. Le «revers considérable à la stratégie d’influence de Moscou».

3. Le risque sécuritaire pour l'Europe (notamment en lien avec les déclarations des services de renseignement français).

4. L'échec symbolique de l'Opération Serval/Barkhane.

Cette hiérarchisation des préoccupations renvoie l'image d'un Mali perçu avant tout comme un terrain de jeu pour des puissances étrangères, et non comme une nation dont l'intégrité est la préoccupation centrale de ses citoyens.

L'acharnement et la légèreté de l'information

Pourquoi cette insistance ? La réponse se trouve souvent dans la mécanique médiatique et les biais historiques.

Un titre annonçant l'imminence d'une catastrophe (la «chute de Bamako») est, d'un point de vue éditorial, plus «vendeur» et génère plus de clics qu'un reportage nuancé sur la reconstruction locale ou les succès tactiques des Forces de Défense et Sécurité maliennes (FDSM).

Le sensationnalisme prend le pas sur la rigueur.

Ces médias semblent parfois chercher à confirmer un narratif préétabli: celui d'un État africain incapable de gérer sa crise après le retrait des forces occidentales. Chaque rumeur, chaque difficulté est alors amplifiée pour soutenir cette thèse.

Le poids du passé et le regret de l'hégémonie

L'acharnement médiatique est indissociable du contexte post-retrait militaire français. Analyser la crise malienne uniquement à travers le prisme de «l’échec pour Paris» masque la souveraineté retrouvée du Mali.

Cette focalisation perpétuelle sur le passé, et non sur les solutions d'avenir maliennes, est perçue comme un «regret d’hégémonie» qui colore négativement toute analyse de la situation actuelle.

L'exigence de dignité et d'empathie

Face à cette «légèreté» spéculative, la réponse est dans l'appel à une communication plus digne et éthique.

Le devoir d'un journalisme responsable est de rendre compte de la résilience humaine. Il est impératif d'équilibrer les analyses géopolitiques par la voix des victimes, des déplacés internes, des leaders communautaires et des acteurs locaux qui travaillent à la stabilité.

En conclusion, la spéculation constante et acharnée sur le destin du Mali est préjudiciable. Elle démoralise les populations, affaiblit la confiance des investisseurs et sert la propagande des groupes armés en les faisant paraître plus puissants qu'ils ne le sont.

Il est temps que les médias européens d’expression française reconnaissent que la crise malienne est un drame humain avant d'être une équation géopolitique, et qu'ils réintègrent l'éthique, la nuance et le respect dans leur couverture du Sahel. L'avenir du Mali se construira sur le courage de ses citoyens, et non sur les pronostics de l'étranger.

A.K. DRAMÉ