Le savoir dérange : comment le Mali décourage ses meilleurs

Un webinaire consacré à un thème aussi sensible que tragiquement banal au Mali : "Les défis que rencontrent les chercheurs maliens formés à l’extérieur lorsqu’ils rentrent au bercail" nous enseigne ceci.

08 Sept 2025 - 17:42
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Le savoir dérange : comment le Mali décourage ses meilleurs
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Le savoir dérange : comment le Mali décourage ses meilleurs

Le professeur Guida Landouré, neurologue de renommée internationale, l’un des panelistes, y a délivré un exposé bouleversant et très émouvant. Ses larmes chaudes ont dit l’essentiel : le savoir n’est pas en pénurie au Mali, il y est simplement indésirable.

Les "cadres de la diaspora", ces jeunes maliens bardés de diplômes prestigieux, sont accueillis au bercail non pas comme une ressource précieuse, mais comme des intrus. Doctorats ou Ph.D en poche, expériences dans des universités d’élite, rêves de contribution nationale chevillés au corps… tout cela se fracasse, dès l’arrivée, sur le mur de l’absurdité bureaucratique et de l’exclusion systémique.

Car au Mali, l’intelligence dérange. Le mérite fait peur. La compétence est suspecte.
L’État n’a ni stratégie d’intégration, ni politique d’incitation, ni même une simple reconnaissance symbolique de ces retours. Pire : les diplômes étrangers sont souvent perçus comme une provocation, une insulte implicite à une hiérarchie locale figée, habituée à l’entre-soi et allergique à toute remise en question.

Ici, le réseau écrase le savoir. Les postes se négocient entre parents, amis d’enfance, frères de loge ou camarades de beuverie. Le CV le plus impressionnant du monde ne vaut rien face à une lettre de recommandation bien placée. Dans les universités, les jeunes docteurs de Harvard ou de la Sorbonne sont accueillis avec froideur, parfois avec hostilité. Les doyens, souvent accrochés à leurs postes depuis des décennies, y voient des ennemis, pas des collègues.

Et dans les ministères, n’en parlons pas. Ces jeunes formés à la bonne gouvernance, aux politiques publiques modernes, à l’éthique professionnelle, se retrouvent face à une machine kafkaïenne fondée sur la rente, la paresse et la corruption de routine.

Mais l’obstacle n’est pas qu’administratif. Il est aussi culturel, presque anthropologique. Celui qui a vu le monde, qui parle avec assurance, qui questionne les évidences locales, est immédiatement perçu comme prétentieux. Son regard critique est interprété comme une trahison identitaire. Il devient un "revenant", ni d’ici, ni d’ailleurs. Trop occidental pour être crédible, trop malien pour être protégé.

Même les milieux intellectuels, censés être des bastions de rationalité, se crispent. L’excellence y est vécue comme une agression. La compétence y est un miroir trop cru pour ceux qui n’ont jamais voulu se remettre en question.
Découragés, humiliés, marginalisés, ils repartent. Vers Paris, Abidjan, Dakar, Rabat, Paris, Washington ou Montréal.

Non pas par goût de l’exil, mais par rejet assumé d’un système qui les rejette d’abord. Ils partent en silence, souvent en larmes, le cœur brisé mais la dignité sauve. Et pendant ce temps, le même État qui les a expulsés à bas bruit déplore hypocritement la fuite des cerveaux.

Soyons clairs : la fuite des cerveaux est une politique d’État au Mali. Une politique non dite, mais pratiquée avec constance : refuser le mérite, préférer le clientélisme, mépriser la science, sanctuariser l’incompétence.

Le paradoxe est abyssal : le Mali forme peu de cadres de haut niveau, mais ceux qui parviennent à se former ailleurs sont découragés de servir. Résultat ? Les meilleurs travaillent pour d’autres pays, d’autres institutions, parfois pour des ONG ou des multinationales étrangères… qui viennent ensuite "aider" ou "piller" le Mali avec l’expertise de ses propres enfants.

Ce n’est pas seulement un gâchis. C’est un suicide collectif, méthodique, tranquille. Car un pays sans ses cerveaux est un pays sans boussole. Un pays qui tourne en rond dans ses propres ténèbres, à coups de slogans patriotiques creux.

Pr Landouré

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Commentaires (5)

User
kan
kan 1 an
Kingui et Fanga, vous allez être heureux ...... Un retour au moyen âge vous est si proche .......
Fanga
Fanga 1 an
"Car un pays sans ses cerveaux est un pays sans boussole. Un pays qui tourne en rond dans ses propres ténèbres, à coups de slogans patriotiques creux." Encore et toujours la "querelle des Anciens et des Modernes", la "querelle des Africains occidentalisés et des Africains traditionalistes". Tout ça est un peu dépassé. / D'abord, je ne crois pas qu'il existe actuellement dans le Mali en guerre des "slogans patriotiques creux", contrairement à ce qu'écrit le professeur. Le pays a aussi besoin de slogans. / Ensuite, au Mali et en Afrique, ce ne sont pas les personnes formées dans les université étrangères qui sont toujours "les cerveaux". / J'ai fréquenté certains de ces maliens formés à l'étranger. Franchement, des gardiens des savoirs traditionnels dans les villages maliens valent parfois mieux intellectuellement que des docteurs des université d'Angleterre, du Canada, de France ou des USA. Parce que ces Maliens des campagnes ont un savoir enraciné dans les réalités millénaires de l'Afrique. / Le problème, que n'aborde pas le professeur Landouré, c'est aussi l'inadéquation des "disciplines" que les Maliens étudient à l'étranger et les besoins réels du Mali. Le problème de la "langue" n'est pas non plus abordé par le professeur. 90% des Maliens étant incapables de comprendre un raisonnement poussé en langue étrangère française ou anglaise, il est normal qu'il y ait un désintérêt général des Maliens de l'intérieur par rapport à ceux qui viennent avec des papiers étrangers sur lesquels il est écrit "Doctorat" ou "PhD". / Les querelles de personnes et les mauvaises habitudes dans les services et administrations du Mali sont surmontables. Le grand problème, à mon avis, est de sortir du système colonial d'enseignement et de travail pour accorder de l'importance aux savoirs dans les langues nationales africaines et à la langue anglaise. La circulation des idées et des avoirs modernes doit pouvoir se faire facilement et rapidement dans nos langues africaines. On va étudier partout dans le monde, mais au retour au Mali il faut qu'on soit capables de restituer par écrit dans une langue africaine le savoir qu'on a appris à l'étranger. Si on a fait une thèse intéressante à Paris, à Montréal ou à Moscou, on traduit cette thèse par exemple en bamanakan et on la publie au Mali pour que le maximum de Maliens la lise avec plaisir. / Je ne veux heurter personne ici, mais je crois que beaucoup des docteurs et autres personnes formées en particulier à l'étranger ne sont pas à la hauteur des défis du Mali et de l'Afrique. Par exemple, en ce moment, il est rare d'entendre ces personnes s'engager publiquement en faveur du Mali, alors que le pays est attaqué de tous les côtés par des pays étrangers. Beaucoup des intellectuels maliens des générations récentes ont été formés en Occident ou à l'occidental pour se coucher devant les Occidentaux. Nos anciens au Mali n'avaient pas comme les jeunes générations des études poussées. Mais ils étaient très patriotes et nationalistes, et le peu de savoir qu'ils avaient, ils le mettaient entièrement au service de leur patrie du Mali. C'est cet esprit de l'intérêt général qui manque cruellement de nos jours dans notre pays contaminé l'individualisme et la réussite personnelle.
Fanga
Fanga 1 an
Pourtant, "Malomali", l'auteur de l'article est probablement né au Mali sous la dictature militaire du régime de Moussa Traoré et les pays étrangers comme l'Angleterre ou la France dans lesquels a étudié et travaillé ce professeur figurent parmi les pays les plus racistes, inhumains et dictatoriaux de l'histoire de l'humanité avec l'esclavage, la colonisation et l'exploitation abusive des Noirs depuis 5 siècles. / Quand on prétend être "intellectuel", il faut moins se souvenir de ce passif occidental très lourd et prendre pas les Occidentaux comme des modèles pour l'Afrique.
malomali
malomali 1 an
"Par exemple, en ce moment, il est rare d'entendre ces personnes s'engager publiquement en faveur du Mali, alors que le pays est attaqué de tous les côtés par des pays étrangers"--------------------- S'engager en faveur d'une dictature ? ce sont des gens intelligents, ils ne peuvent donc pas faire ça.... ils savent bien que toutes ces histoires ne sont que des mensonges puisqu'ils reviennent eux même des pays étrangers.
Kinguiranke
Kinguiranke 1 an
Les diplomes importes du dehors ne sont pas la meilleure qialite mais les diplomes du dedans.
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