L'école actuelle : le dernier appareil idéologique de l'aliénation

Héritée de la colonisation et jamais décolonisée dans son contenu, l'école malienne ne forme plus, elle déforme. Elle est devenue le lieu où le jeune Malien apprend à devenir étranger à lui-même, à sa langue, à sa terre et à son futur. Une analyse à partir du jeune Marx. L’école qui apprend à se mépriser.

28 Sep 2026 - 10:52
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L'école actuelle : le dernier appareil idéologique de l'aliénation

I-Qu’est-ce que l'aliénation chez le jeune Marx des Manuscrits de 1844 ?

C'est le moment où l'homme ne se reconnaît plus dans ce qu'il fait. Son travail, son produit, lui deviennent étrangers et se retournent contre lui. C’est exactement ce que fait l'école actuelle. L'élève malien passe 9 à 15 ans à apprendre dans une langue qui n'est pas sa langue maternelle, une histoire où son ancêtre est Gaulois, une géographie où le centre du monde est Paris, et une réussite qui se mesure au visa pour l'Occident. L’enfant entre à l'école pour apprendre à se connaître, il en sort en ayant appris à se mépriser. Il ne sait pas labourer, il ne sait pas compter en bamanankan, il ne connaît pas Soundiata mais connaît Napoléon. Son savoir ne lui sert pas à transformer son village, mais à le fuir. C'est la définition même du travail aliéné : une activité qui appauvrit celui qui la produit.

II- D'Althusser à Bamako : le dernier appareil qui tient encore Louis Althusser parlait des Appareils Idéologiques d'État (AIE) : la religion, la famille, les médias, et surtout, l'École. Pour lui, l'école était l'appareil n°1 du capitalisme pour reproduire la soumission. Au Mali, la religion est revenue au peuple, les médias sont pluriels, la famille résiste. Le dernier appareil qui tient encore, qui reproduit encore l'homme aliéné, c'est l'école actuelle. Elle est restée le bastion le plus fidèle du système néocolonial. Pourquoi ? Parce qu'elle ne produit pas des producteurs, elle produit des consommateurs de diplômes. Le DEF, le BAC, la Licence ne sont plus des compétences, ce sont des papiers pour s'aliéner encore plus : s'aliéner dans les bureaux climatisés des ONG, dans le chômage des diplômés, dans l'attente d'un concours. L’école actuelle n'est pas en crise, elle réussit parfaitement sa mission : produire un Malien qui ne croit plus que son salut puisse venir de lui-même.

III -Quelle école pour désaliéner ?

Il ne s'agit pas de fermer l'école, mais de la désaliéner. Marx disait que pour dépasser l'aliénation, il faut que l'homme se réapproprie son activité. Désaliéner l'école au Mali et dans l'AES, ce serait trois ruptures :

Rupture linguistique : enseigner d'abord dans nos langues, apprendre le français comme une langue étrangère utile, pas comme une langue maternelle imposée.

Rupture productive : l'école doit produire. Chaque école fondamentale doit avoir un champ, un atelier, un jardin. L'enfant doit voir le fruit de son travail.

Rupture de finalité : on ne va plus à l'école pour "avoir des papiers et quitter le pays", on y va pour "avoir des compétences pour transformer le pays". Le parti-école dont l'AES a besoin commence ici. L’AES a fait la rupture politique et militaire. Il reste la plus difficile : la rupture scolaire. Sans elle, nous formerons toujours les cadres de notre propre domination.

Référence :

K. Marx, Manuscrits de 1844 (Manuscrits économico-philosophiques), Premier Manuscrit, "Le travail aliéné". Traduction É. Bottigelli, Éditions Sociales. Texte disponible sur marxists.org

JOB DIARRA, Doctorant en Philosophie spécialiste du jeune Marx et de la question de l’aliénation.

[email protected]

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