PRIVATISATION DE LA CMDT : Menace sur la production cotonnière

Victimes du mépris, de l’opacité totale, du complot en permanence, de la trahison entre autres faits qui caractérisent le processus de privation de la Compagnie Malienne pour le Développement des Textiles (CMDT)...

1 Sep 2006 - 09:55
1 Sep 2006 - 09:55
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    Victimes du mépris, de l’opacité totale, du complot en permanence, de la trahison entre autres faits qui caractérisent le processus de privation de la Compagnie Malienne pour le Développement des Textiles (CMDT), le Secrétaire Général de la Section Filière coton, M. Zakaryou Diawara, et ses camarades ne veulent plus se laisser faire : « Nous allons prendre nos responsabilités pour exiger nos droits par tous les moyens ». C’est ce qui ressort d’un entretien que nous eu avec l’ensemble des syndicalistes de la filière coton réunis hier à l’annexe CMDT, non loin de la Primature à Bamako. Comme quoi, à la CMDT, la privatisation ouvre une nouvelle zone de turbulence. Et le cas Huicoma est typique de la désolation des travailleurs et du bras de fer qui se prépare entre les différentes parties. Suivez !

Le plan social,  point focal de la discorde

    Créée en 1974, la CMDT est une société d’économie mixte chargée de gérer la filière de production cotonnière du Mali. Elle couvre une superficie de 134 518 km² regroupant 6 345 villages pour une population de 3 300 000 habitants, soit 28% de la population nationale. La CMDT emploie 4 000 agents permanents et temporaires directs.
    Le secteur coton au Mali, c’est 85 à 130 milliards de FCFA par an de revenus bruts pour le monde rural ; 160 à 200 milliards de FCFA par an de recettes d’exportation (soit 30 à 45% du total suivant les années) ; 5 à 10 milliards de FCFA par an de taxes pour l’Etat (uniquement la CMDT) ; 8% du produit intérieur brut.

    C’est aussi la stimulation de la production céréalière qui bénéficie des arrières effets de la culture du coton. La production céréalière de la zone cotonnière est de 1,3 million de tonnes soit plus de 50% de la production nationale de céréales sèches. Que dire de la construction d’écoles, de centres d’alphabétisation et de centres de santé par les populations elles-mêmes, du désenclavement des zones rurales avec la réalisation de pistes, l’approvisionnement des populations en eau potable, etc. ?

    Tous ces résultats, sans aucun doute, ont été atteints grâce à l’implication, au courage et au dévouement des travailleurs de la CMDT. Et les autorités savent bien, puissent qu’elles le chantent partout, que les paramètres asphyxiant la CMDT ne sont principalement autres que les politiques de subvention du coton de certains pays et leurs incidences sur les cours mondiaux ; les politiques de protection et de dumping mises en place par certains pays en matière de produits textiles.

    Malgré tout, le gouvernement, dans le processus de privation, ne fait qu’ignorer les travailleurs. Or, pour la réussite de la privatisation, il faut la transparence et la prise en compte des intérêts de tous les éléments de la chaîne. Quand un élément est exclu, l’échec est inévitable. Et c’est sur ce terrain que roule aujourd’hui l’Etat en rejetant l’application du plan social.

    En effet, suivant acte notarié de l’Etude de Me Abdoulaye Sékou Sow, un Protocole d’accord relatif au plan social, en date du 19 février 2003 (enregistré le 24) lie la CMDT et la Section syndicale Filière Coton. Dans son préambule, ce protocole souligne que « le recentrage de la CMDT sur les activités liées au système de production coton devient une nécessité. Ce recentrage se traduira logiquement par la restructuration de la société avec comme conséquence pour le personnel une réduction des effectifs. A cet effet, un plan social est conçu pour accompagner les travailleurs devant sortir en leur assurant les meilleurs conditions possibles de départ. »
    Ce plan social définit les critères d’éligibilité, les indemnités légales, les indemnités extra légales et les mesures d’accompagnement, tout en établissant des dispositions particulières et finales. Et justement, dans les dispositions particulières, il est clairement indiqué que le plan social couvre toute la période de restructuration de la CMDT.

    En outre, une note de synthèse portant étude pour l’élaboration du schéma opérationnel de privatisation de la CMDT, juillet 2006, précise que le personnel salarié de la CMDT sera licencié dans le cadre d’un licenciement économique. En ce qui concerne le devenir du personnel, la note de synthèse indique : « Le changement de nature de l’employeur (de CMDT vers une filiale régionale) n’entraîne pas de changement au contrat des salariés de la CMDT. Ceux qui n’accepteraient pas les changements d’affectation d’un site à l’autre ou du siège vers une filiale auraient à démissionner.

    Les dispositions pertinentes du code du travail et de la convention collective seront appliquées. Il n’est pas prévu de plan social, ni de programme de départs volontaires.
    Le personnel OHVN directement lié à la production cotonnière sera incorporé dans le personnel de la filiale Centre dès sa création (20 personnes environ).»
    Après avoir signé noir sur blanc (par le PDG CMDT à l’époque Mahamar Oumar Maïga), devant notaire (de surcroît ancien Premier ministre), voilà que l’Etat se débine et complote, trahit et méprise les travailleurs en rejetant le plan social. D’où la discorde.

Jeter les cadres dans la rue

    Après avoir campé le décor, nous faisons entendre le Secrétaire Général du Syndicat de la filière coton, M. Zakaryou Diawara. Il martèle : « Le Gouvernement ignore les travailleurs qui ont pourtant donné leur accord pour la privatisation. Le gouvernement veut faire la restructuration sans le plan social que toutes les parties ont signé. Alors nous exigeons la reconnaissance du plan social et la définition du mode de financement de ce plan social. Nous voulons savoir qui va financer le plan social. Le gouvernement a commencé ce complot depuis longtemps, en tout cas depuis la privatisation de Huicoma. Je veux parler par exemple du licenciement de 16 agents à Kita dont 8 syndicalistes et de 32 en cours de jugement à Bamako. Des travailleurs qui sont licenciés pour avoir réclamé leur droit. »

    Pour revenir à la restructuration sans plan social, le Secrétaire Général estime qu’il s’agit ni plus ni moins de jeter dans la rue des cadres dans la rue comme une orange pressée, car après 20 à 30 ans de service bien rendu à l’Etat. C’est pourquoi, a-t-il déclaré : « Nous allons prendre nos responsabilités pour exiger nos droits par tous les moyens légaux. Depuis la semence jusqu’à la commercialisation, les travailleurs sont à tous les stades. On ne peut pas traiter la filière sans les travailleurs. Pas de réunion même d’information, ou pour une formation, on ignore totalement les représentants des travailleurs. Pourtant les producteurs ont été formés par les travailleurs. Aujourd’hui l’Etat veut les mettre en porte-à-faux avec nous. Nous, nous ne demandons qu’à partir honorablement en cas de licenciement. L’Etat ne doit pas oublier que c’est nous qui avons levé les exigences imposées par le marché international comme défis. Par exemple concernant le coton sale, nous avons introduit l’amélioration de la qualité. Par rapport à la présence de corps étrangers, nous avons fait construire des cases pour protéger le coton et obtenir la pureté à 97%. Nous avons conduit les techniques de sélection pour le commerce équitable de coton. En vue de la diminution des charges, nous avons renoncé à certains avantages, accepté des forfaits et la suppression d’heures supplémentaires, accepté la réduction de l’effectif tout en élevant le niveau de productivité. Mais tout cela n’est pas reconnu ».

L’UNTM a trahi les siens

    Pour M. Diawara, il y a des complices et des naïfs par rapport à la question de licenciement qui renvoie les agents à quitter bredouille l’entreprise. Selon lui, la CMDT n’est que victime de la subvention de certains Etats et non des travailleurs qualifiés de prédateurs à tort. Alors il s’interroge : « Où sont l’UNTM et le SYNAPRO, associés à tout ? Tout a été fait pour que la filière coton ne soit pas représenté à l’UNTM, ils ont barré la route à notre représentant plus connu sous le nom de Kadaffi. Pourtant la filière coton regroupe la CMDT, l’Huicoma, la SMPC (Société malienne de produits chimiques) et cette CMPC est à 36 mois d’arriérés de salaires ; jusqu’à présent pas d’avis, même pas de lettre de licenciement pour 48 personnes. Le PDG a fait 14 ans sans Conseil d’Administration, la société a été liquidée sans plan social alors que c’est l’Etat qui n’a pas pu prendre ses responsabilités pour le contrôle. Je dis donc que l’Etat doit comprendre que sans nous, tout le système va s’écrouler, il n’y aura pas de CMDT car tout sera compromis, de la semence à la commercialisation. La CMDT, c’est 56% de la production de céréales sèches du Mali pour conjurer la famine. Et tout le circuit économique de la zone Sud dépend de la CMDT : commerçants, transporteurs. En 1986, Moussa a montré en exemples pour le développement les travailleurs de la CMDT. En nous mettant dans la rue, même les élections en pâtiront car la zone CMDT regorge d’une énorme potentialité électorale. »

    Soulignons que les syndicalistes ne sont même pas d’accord avec la filialisation en 4 zones au lieu de 3 selon leur proposition. De leur point de vue, il faut une grande filiale qui pourrait venir à la rescousse des petites en cas de problème. Aussi, le personnel d’encadrement estime qu’en demandant aux personnes (dont des femmes) ayant fait une dizaine d’années à parcourir 80 km/jour à moto, d’aller aujourd’hui à vélo, c’est leur demander de quitter la CMDT. Bref, le consensus n’est point acquis du côté des travailleurs, même si l’Etat, en accord avec les producteurs, veut nous faire croire que la privatisation de la CMDT est au point. Qui vivra verra.

Mamadou DABO