Concours d’Entrée à la Fonction Publique : Un véritable casse-tête au Mali

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Au Mali, l’accès à la Fonction Publique de l’Etat devient de plus en plus compliqué, les postes à pourvoir étant extrêmement limités par rapport à la demande. Que deviennent donc de milliers de diplômés sans emplois?

Mamadou Namory Traoré, ministre de la Fonction publique ...
Mamadou Namory Traoré, ministre de la Fonction publique …

Depuis plus de deux décennies, la problématique d’emploi se pose avec acuité au Mali. Il ne suffit plus d’avoir des diplômes pour se voir offrir un poste correspondant à son profil comme ce fut le cas après l’accession de notre pays à l’indépendance. A cette époque, on allait même chercher des étudiants maliens encore en formation pour leur proposer des emplois après leur fin de cycle. Ce temps est révolu. Les choses ont beaucoup changé, autres temps autres mœurs. La belle époque qui ne reviendra pas certainement. Certes, le taux démographique s’est accru inexorablement  au fil du temps dans le pays. Et puis il y a plus d’hommes instruis aujourd’hui qu’à cette période, où se voir inscrire à l’école des blancs n’étant pas un privilège accordé à tout le monde. Ceux qui occupaient une place notable refusaient d’envoyer leurs enfants à l’école, seuls les enfants des pauvres ont été inscris contre leur gré. La plupart des privilégiés de l’époque ont  regretté amèrement leurs actes. C’est ainsi que beaucoup de fils d’esclaves et de pauvres ont réussi à suppléer le colonisateur après départ dans des colonies qu’ils régnaient en maitre absolu. Peu à peu, les gens ont commencé à découvrir l’importance des études.

Pratiquement, le taux de scolarisation des filles et garçons a atteint  un niveau jamais égalé dans le passé. Sur le plan de formation académique, une frange importante de la population malienne en a bénéficié, mais la chose la plus préoccupante c’est leur insertion dans le tissu socio-économique du pays. La plupart des dirigeants de notre pays se sont contentés de former des jeunes sans avoir à la clé une véritable politique de création d’emplois pouvant les accueillir. Depuis le fameux Programme d’Ajustement Structurel imposé par les institutions financières internationales à savoir, le Fond Monétaire Internationale(FMI) et le Banque Mondiale (BM) dans les années 1981 qui ont fait soumettre nos pauvres pays à des reformes budgétaires drastiques avec son corollaire le chômage et l’augmentation des dettes publiques, toute l’Afrique est confrontée à un problème de chômage endémique. Une situation pénible qui est assimilable à une bombe à retardement, si les décideurs n’envisagent pas de prendre des dispositions favorables à temps pour faire face à la forte demande sociale.  Le  réveil serait catastrophique. Ne perdons pas de vue que le problème d’emplois est a la base du bouleversement dans les pays arabes appelé le «printemps Arabes». Débuté en Tunisie où le jeune Mohamed Bouazizi s’est immolé en signe de désespoir, ce fut le début d’une ère nouvelle  qui a emporté de son passage le régime de Ben Ali en Tunisie, et Hosni Moubarak en EGYPTE.

 Problématique d’emploi au Mali:

La situation d’emploi au Mali constitue une véritable  source de préoccupation nationale. Les politiques de création n’ont visiblement pas porté  leur fruit. Les organismes et autres sociétés privés de la place qui doivent absorber le maximum de gens utiles à son service n’arrivent pas à épouser la réalité du pays. Car un pays où le simple stage de formation n’est pas du tout facile à obtenir, on ne peut pas logiquement avoir trois ou cinq ans d’expériences. Il faut qu’ils essayent de recadrer leur offre d’emploi en tenant compte de notre environnement. Il faut le dire, les fonctionnaires africains n’aiment pas aller à la retraite. Ils font tout pour demeurer dans la boite autant qu’il vivent.

Paradoxalement, leurs homologues français se battent pour quitter la vie administrative aussitôt que possible afin de pouvoir se reposer  tranquillement et de s’occuper de leur famille. Hélas ! Les fonctionnaires africains surtout maliens veulent mourir à la tache au détriment de leurs progénitures qui rasent le mur à la maison, n’ayant d’autres perspectives que de siroter paisiblement le thé.

La jeune génération n’a certes pas assez d’expérience pour mieux servir, mais ce qu’on ne doit pas perdre de vue c’est qu’on ne naît pas avec l’expérience, on l’acquiert au fur et à mesure qu’on évolue dans la profession. On ne peut faire son temps et celui de ses enfants. Une si troublante situation qui ne suscite pas l’envie à faire de longues études. Il faut que ceux qui partent à l’école réussissent non pour  leur orgueil personnel mais pour donner espoir à ceux qui les suivront. Sinon le découragement pourrait gagner bien de personnes à ne plus poursuivre les études. Ils arriveraient bien à la déduction qu’il vaut mieux faire autre chose que de perdre son temps à l’école. Et après tout, tu ne trouverais pas d’emploi. Il faut qu’une nouvelle page soit tournée au Mali, l’ancien système d’obtention d’emploi public a tué la qualité du système éducatif. Toutes les structures publiques n’étaient détenues que  par une minorité et l’accès était lié à l’affinité des uns et des autres. Il est même arrivé qu’on recrute clandestinement au grand dame des pauvres sans ressources et sans un soutient de poids. Le licenciement des fonctionnaires après ATT, en atteste largement.

Des chômeurs en retraite

La Fonction Publique représente  l’espoir de tous ceux qui ont été formés aux  moyens de l’Etat en vue de s’acquitter de leur part de dette envers la mère patrie. Les conditions de recrutement direct à la fonction publique disqualifient bon nombre de personnes désireuses de servir avec honneur le service public  et les privent de concourir pour faire valoir leurs qualités intrinsèques. Ils sont des milliers de personnes qui sont disqualifiés d’office en raison de leurs âges. Alors que tout le monde sait que le recrutement qui se fait annuellement ne met pas suffisament de postes à pourvoir, rares sont les filières de formation dont le besoin exprimé par l’Etat ne dépasse pas vingt cinq  (25). Il existe des filières dans des facultés que l’Etat s’en fiche, car les offres d’emploi de la Fonction publique ne les concernent même pas. Cette situation est extrêmement éprouvante.

Du coup, la formation reçue devient quasi inutile, car l’aspiration de tout bon patriote est de mettre son savoir faire au service de son pays. Par ce système, on devient par la force des choses un chômeur qui a été mis en retraite avant même qu’il ne prenne fonction. Rien n’est plus dur dans la vie que d’avoir épuisé tout les cycles, et qu’on vous dise que votre diplôme ne peut plus rien servir. Il n’est pas à la portée de tout le monde de créer et de financer son projet. Ce triste tableau dénote en principe l’incapacité des pouvoirs publics à anticiper un phénomène contre productif. Le plus grand mal est le mal qui provient de l’intelligentsia, dit-on. Les Universités sont de nos jours de véritables usines de fabrique de chômeurs, dans la mesure où les sortants de certaines filières  sont peu sollicités sur le marché de l’emploi

Emploi Jeunes, un défis majeur pour les autorités

La jeunesse constitue l’avenir d’une nation. De ce fait, elle doit bénéficier d’une attention soutenue des pouvoirs public pour pouvoir assurer la relève de demain. Pour ce faire, la formation doit être de mise. Une bonne formation  est une véritable arme de combat pour affronter toutes les éventualités de la vie. Mais au Mali, force est de constater qu’il existe un sérieux problème d’inadéquation formation-emploi. Ce qui fait que lors du récent concours d’entrée à la fonction publique certains postes n’ont pas été pourvus. Il urge d’ors et déjà pour les futurs  gouvernants du pays, de lutter contre le chômage, seule bataille  pour l’heure qui vaut la peine.

Boubacar SIDIBE 

Résultats du Concours d’Entrée à la Fonction Publique :

194 Postes non pourvus

 Les résultats du concours d’entrée à la fonction publique sont apparus la semaine surpassée. Sur plus de 58 OOO prétendants 1 318 ont été admis avec 194 postes non pourvus.

Depuis quelques temps les postulants aux concours d’entrée à la fonction publique piaffaient d’impatience de connaitre leur sort. Contrairement aux autres années, les  résultats de cette année  ont accusé un peu de retard. Ils étaient plus de 58 ooo candidats pour 1 512 postes à pourvoir. Pour éclairer la lanterne des citoyens relative aux nouvelles dispositions prises par le Gouvernement, les responsables du ministère de la Fonction Publique ont tenu à animer un point de presse. Selon le Directeur National des examens et concours de l’éducation, Moussa Tamboura :«cette situation est en grande partie liée aux  exigences  des textes et l’absence de diplôme sur le marché concernant certaines spécialités demandées. S’il n’y a pas de diplôme sur le marché, le poste reste vacant. En ce qui concerne les exigences des textes, elles sont relatives à la moyenne». Il a précisé que le concours n’est pas une sélection, ça doit répondre à des exigences des textes bien déterminés. Pour être retenu, il faut avoir une moyenne de dix (10) et au-delà. La plupart des prétendants n’ont pas pu répondre  à ces critères d’admission. Ce qui a fait que le taux d’admission a été fortement réduit.

A l’annonce des résultats, le ministre de la Fonction n’a guerre été surpris. Pour sa part, il a mis l’accent sur la qualité de ce qui ont été retenus :« seuls meilleurs ont été choisis», a t-il dit. Il a aussi rappelé les modalités d’organisation du concours qui a consisté à publier les emplois afin de permettre à tous ceux peuvent postuler de le faire. Ce concours semble être le début d’une rupture avec l’ordre ancien.

A noter que mêmes les handicapés ont participé à ce concours-ce qui n’était pas auparavant le cas. Aux dires du Directeur national des examens et concours de l’éducation, Moussa Tamboura: «la politique jusque là visait à recruter des indicateurs hors concours». Pour les  responsables du ministère de la Fonction Publique, ces mesures visent à parvenir à une administration forte et efficiente au service des usagers.

Boubacar SIDIBE

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13 COMMENTAIRES

  1. je vous rappelle quand même que dans aucun pays du monde à moins d’y faire une interprétation hâtive et erronée, l’Etat n’instruit pas ses jeunes pour être recrutés dans la fonction publique. Au contraire, on est content d’avoir une bonne instruction pouvoir savoir où on va, où on met pied, c’est à dire, la créativité.

  2. Jeune comme vous mes chers, il faut oublier la fonction publique. Ce n’est pas pour les jeunes. vous allez vous mettre en retard . Etre fonctionaire pour construire une maison pour ta famille en combien d’année? Cherchons à etre meilleur! Chose que nous avons oublié depuis longtemps! Quand on est meilleur on a pas besoin de FP. Ayons confiance en nous meme sinon d’autre personnes viendront prendre ce pays a notre place hein! Chose qui est meme en cour…En tout cas j’ai jamais passé devant la fonction publique et je vis depuis 12 apres ma maitrise. Je ne souhaite meme pas si je vais penser a cette FP….

  3. ……J’ai l’impression que beaucoup de maliens surtout les jeunes sont coupés de la réalité du monde actuel. C’est fini les recrutements massifs dans la fonction publique voir dsasn les entreprises et la jeunesse malienne a du mal à le comprendre. Le monde capitaliste dans le quel nous sommes en plein pied renvoit les jeunes plutôt à la création d’entreprise, vers les prises d’initiatives. L’état de son côté doit arrêter de former des éudiants en masse et dans des filières sans avenir presque. La jeunesse malienne manque d’initiative et veut tout avoir très rapidment. Le manque de patience et le manque de structure adaptée pour l’accompagnement des créateurs font que beaucoup se découragent très rapidement ors, quant on se lance dans les affaires, il faut comprendre que tout ne peut pas rouler comme vous le souhaitez. Quant aux banques, elle doit faire confiance aux porteurs de projets qui ont des dossiers cohérents.

    • Le projet cohérent ne sera jamais financer, il faut un titre foncier, une belle demoiselle que le banquier cogne et toute la guarantie sera assurée

  4. Je suis ingénieur et il m’a fallu attendre Sept (7) ans après avoir obtenu mon diplôme pour passer au concours d’entrée en fonction publique. je pense que les jeunes diplômés doivent prendre les armes pour diviser le Mali en cas de négociation avec le MNLA.

    • Moi, ça me fait plus de 13 ans au chomage et c’est maintenant que je suis devenu orpailleur

  5. C’est dommage, ce Ministre ne pense même pas à ces jeunes sortants démunis, il s’occupe plutôt de son fils à qui il négocie toujours des bourses auprès des bailleurs alors qu’il a les moyens de financer ses études. Quelle honte!!!

  6. Le Mali est devenu seulement un gros marché pour les industries de la sous région.

    Dans un pays où l’activité économique se résume au secteur primeur et au commerce, on ne peut pas créer d’emplois.

    Toutes les industries ont fermé depuis long temps.

    Aucun n’investissement n’est possible dans les secteurs productifs avec le coût actuel de l’électricité qui est l’un des plus chers au monde.

    Les quelques rares industries minières qui existent disposent de leur propre source d’énergie !

  7. A la fonction Pblique, les dossiers qui sont clairs trainent, par contre les faux dossiers sont vite traités car eux ils payent!

  8. Le problème dans lequel nous sommes ne sera resolu que si l’on oriente les jeunes vers des sorties sures, on a des millions d’hectare cultivables donc orienter ces jeunes vers ce secteur et on va resoudre le probleme d’emploi et le probleme de nourriture.

  9. Que les vieux dinos font un peu d’espace aux jeunes car l’administration malienne est desuete.Propos memorable de JFK “Au lieu de se demander ce que ton pays peut faire pour toi,il faut se demander ce que l’on peut faire pour son pays”.Alors jeunes du Mali a vos marques…

  10. Si tous les jeunes comptent sur l’Etat pour se faire embaucher c’est foutu d’avance…………….Très simple……… Promouvoir l’entrepreunariat des jeunes et le développement du secteur privé…………ceci doit être les deux defis majeurs en matière de politique d’emploi au Mali……….

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