Orpaillage clandestin : Trois membres d'un réseau criminel condamnés à mort
Poursuivis pour association de malfaiteurs, assassinat, vol qualifié et trafic de stupéfiants, Alassane Kéita, Mamadou dit Djinè et Abdoulaye dit Bloba ont été condamnés à la peine de mort par la chambre criminelle de la Cour d'appel de Bamako. Un verdict rendu après la mise au jour d'une série de crimes commis sur des sites d'orpaillage dans la Commune de Karan.
Le mercredi 5 janvier 2022, le maire de la Commune de Karan a informé par téléphone le commandant de brigade de Naréna de l'effondrement d'un site d'orpaillage dans sa commune, en ajoutant qu'un jeune suspect se trouvait à la mairie et qu'il sollicitait la présence de la gendarmerie.
Les gendarmes, une fois dans les locaux de la mairie et après un premier entretien avec le jeune du nom d'Alassane Kéita, ont décidé de se rendre sur le site d'orpaillage en question. Le second suspect, Sidiki Kéïta, avait pris la fuite.
Sur le site d'orpaillage situé à cinq kilomètres de Karan, les dépouilles de Bandiougou Kanaté et de Nakoma Kéita ont été découvertes par l'équipe d'enquêteurs de la brigade de gendarmerie, en présence des autorités communales et du médecin du Cscom de Karan.
Alassane avait tenté de faire croire, à la demande de son frère Falaye, que Nakoma était parti à Kéniéba, dans la région de Kayes.
Passant aux aveux, il a fini par reconnaître que Nakoma Kéita avait été assassiné par Sidiki Kéita, lui-même et d'autres complices, sans fournir davantage de précisions, avant d'indiquer l'emplacement de la tombe de la victime.
De même, Bandiougou Konaté, qui avait pris l'appareil détecteur de son père adoptif pour tenter sa chance sur les sites d'orpaillage, avait disparu. Les recherches minutieuses menées ont permis de découvrir son corps, tandis que l'appareil détecteur a été retrouvé entre les mains de Sidiki Kéita.
Bandiougou Kéita avait également vu disparaître son employé, Mamadou Konaté, dans les mêmes circonstances. Alassane Kéïta lui avait fait croire que ce dernier, après avoir obtenu une importante quantité d'or, avait pris la fuite. Mais son corps a également été retrouvé sur indication du même Alassane Kéïta.
L'inculpé Alassane, appréhendé en premier, a reconnu l'intégralité des faits au cours de l'enquête préliminaire avant de tenter vainement de les nier devant le magistrat instructeur, en chargeant certains inculpés et en déchargeant d'autres.
Selon le parquet, cette famille ne faisait que dépouiller les autres orpailleurs de leurs biens avant de les assassiner. "Alassane a essayé de disculper Sidiki, qui a pourtant été retrouvé avec les appareils des victimes. Il avait aussi déclaré que ce dernier les assassinait pour s'approprier leurs appareils.
Alassane Kéïta avait également été précis en soulignant qu'ils faisaient boire à leurs victimes du café contenant de la drogue. Cela a été confirmé par la découverte de ces produits sur Mamadou Kéita dit Madou Djinè lors de son arrestation, après sa fuite avec Abdoulaye Kéïta dit Bloba. Il s'agit donc d'une vaine tentative de revirement", a déclaré le représentant du ministère public.
Le parquet a ajouté que c'était Alassane qui attirait les victimes avant de les livrer aux autres accusés et qu'ensemble, ils les assassinaient après leur avoir fait consommer de la drogue mélangée à du café.
Rappelons qu'Abdoulaye Kéita avait fui pour se cacher à Mamarybougou. Lors de son interpellation par la gendarmerie, il a sauté d'une maison à étage et s'est fracturé le pied. Malgré cela, il a réussi à s'échapper et n'a pu être appréhendé qu'à Sélingué, où il avait été localisé. "Ces fuites confirment sa participation aux différents faits, tout comme la découverte de drogues somnifères sur son compagnon qu'il avait abandonné derrière lui dans sa fuite", a indiqué le parquet.
Pour conclure son réquisitoire, le ministère public a requis la peine de mort contre les accusés. Malgré les plaidoiries des différents avocats, les accusés Alassane, Mamadou dit Djinè et Abdoulaye dit Bloba, tous Kéita, ont écopé de la peine de mort. Notons que l'action publique a été éteinte contre Sidiki Kéïta pour cause de décès.
Marie Dembélé