L’appétit de Donald Trump pour le Groenland résulterait aussi d’une approximation géographique
Tout est une question de taille et de grandeur pour le président américain. Sa lecture biaisée du planisphère de la Terre, qui étire le territoire de l’hémisphère nord, vient une nouvelle fois le démontrer.
Après un premier mandat et déjà une année écoulée lors de son second, Donald Trump n’est plus à une approximation près. Actuellement en plein travail de sape pour acquérir le Groenland, une entreprise vivement contestée dans le monde et au sein même de son pays et de son camp politique, le président américain en aurait-il fait une lubie après avoir simplement regardé un planisphère ?
Oui, en partie, si l’on se fie à des propos qu’il a tenus auprès de deux journalistes américains, Peter Baker (The New York Times) et Susan Glasser (The New Yorker), en 2021, comme le rappelait Newsweek dans un article l’année dernière.
« Prenez une carte. Je suis promoteur immobilier. Je regarde un coin de rue et je me dis : “il me faut absolument ce magasin pour l’immeuble que je suis en train de construire”. Ce n’est pas si différent », imageait tout d’abord Donald Trump, avant de s’épancher sur sa vision expansionniste dans l’hémisphère nord : « j’adore les cartes. Et j’ai toujours dit : “regardez la taille de ça (le Groenland, NDLR) ! C’est immense ! Ça devrait faire partie des États-Unis !” ».
Dans un article publié par CNN mardi 20 janvier, on note encore que dès le milieu de son premier mandat (2019), Donald Trump était obsédé par la taille du Groenland, selon ses conseillers.
Mais là où le président fait fausse route, c’est quand il se base sur la projection Mercator, en vigueur sur l’immense majorité des planisphères et cartes du monde - et notamment Google Maps -, qui agrandit démesurément presque tous les pays de l’hémisphère nord. À commencer par le Groenland, qui bénéficie sans doute de l’effet de zoom le plus biaisé, qui le fait par exemple apparaître aussi grand que l’Afrique. Alors même que sa superficie n’est que de 2,166 millions de km², contre 30,37 millions de km² pour le continent africain.
Une carte conçue pour la navigation maritime
Un point historique s’impose ici, sur celui qui inventa cette mise à échelle qui peut paraître incongrue. Gerardus Mercator était un géographe, cartographe, philosophe et théologien né en Flandres en 1512. Sa carte du monde, dévoilée en 1569, a été conçue pour la navigation maritime et fait référence.
Sa « projection » (représentation plane de la sphère terrestre) conserve les formes et angles des différents continents, permettant ainsi aux marins de tracer des itinéraires en ligne droite à travers les océans. Mais elle ne respecte donc pas les échelles. Européo-centrée, elle étire les zones proches des pôles tout en rétrécissant les régions équatoriales, rendant des régions comme l’Europe et l’Amérique du Nord bien plus grandes qu’elles ne le sont réellement. Cent km² en Norvège apparaissent ainsi quatre fois plus grands que la même superficie au Kenya.
L’exemple de l’inversion du Mexique et du Groenland en projection Mercator est assez édifiant, comme on peut le voir sur l’animation ci-dessous. Quelque peu ironique aussi quand on connaît l’aversion de Donald Trump pour son voisin d’Amérique centrale.
Si l’on schématise, plus on s’éloigne de l’équateur, plus le coefficient d’étirement explose de façon exponentielle, ce qui donne notamment cette forme particulière au Groenland.
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