Perspectives en baisse, risque de crise institutionnelle et tensions énergétiques : La démocratie sénégalaise à l'épreuve des difficultés économiques

Le gouvernement du Premier ministre Mouhamed Al-Amin Lô a présenté à l'Assemblée nationale un projet de Loi Rectificative de Finances qui tire à la baisse la croissance désormais attendue à 2,7 %, contre une prévision initiale de 5 %.

26 Sep 2026 - 02:37
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Perspectives en baisse, risque de crise institutionnelle et tensions énergétiques : La démocratie sénégalaise à l'épreuve des difficultés économiques

C'est la première conséquence de la thérapie de choc envisagée pour soigner les finances publiques malades d'un endettement trop lourd. Reste à savoir maintenant les conséquences sociales de ce plan de redressement à mettre en œuvre dans un contexte de tensions énergétiques, de risques climatiques et surtout de menace de crise institutionnelle.

Lors de son passage devant les députés pour sa Déclaration de politique générale, le Premier ministre Mouhamed Al-Amin Lô est parvenue à faire passer la pilule, si amère soit-elle. En effet, malgré les passes d'armes entre lui et les députés de la majorité sous le contrôle du président de l'Assemblée nationale, Ousmane Sonko, les mesures de redressement de l'économie sénégalaise sont inévitables pour éviter de tomber dans une restructuration économique tant redoutée, surtout si l'on sait que cela poussera le Sénégal dans les griffes des institutions de Bretton Woods.  Une unanimité s'est donc dégagée sur la nécessité de gérer en priorité la dette par la mise en place de mesures d'austérité budgétaire accompagnées de plus de rigueur et de transparence dans la gestion des finances publiques. "Aucun de nos grands projets ne peut être mis en œuvre pour cette année, l'essentiel de nos efforts étant tournés vers la gestion de la dette qui est une priorité", avait déclaré le Premier ministre devant les députés.

Dans cette foulée, il a saisi l'Assemblée pour le vote d'une Loi Rectificative de Finances (LRF) qui va adapter les prévisions et objectifs à la nouvelle donne qu'est la politique de restructuration de la dette, à ne pas confondre avec la restructuration économique, comme précisait le Premier ministre aux députés.

Comme indiqué par l'exposé général des motifs de cette LRF, le Sénégal revoit ses ambitions de croissance pour l'année 2026 car la progression de l'activité économique devrait s'établir à 2,7 %, soit une révision à la baisse de 2,3 points par rapport au cadrage initial.

Conformément à l'alerte des experts de l'UMOA en ce qui concerne les contraintes aux performances économiques des Etats de la sous-région, le gouvernement du Sénégal place cette dégradation des perspectives, d'une part sous l'effet de la crise énergétique mondiale due aux tensions géopolitiques ayant provoqué une hausse rapide du cours du Brent, et d'autre part sous les conséquences des bouleversements climatiques entrainant un déficit pluviométrique. Deux raisons évoquées pour justifier la remise en cause des hypothèses sur lesquelles reposait la loi de finances initiale.

En effet, la conjoncture actuelle et les tendances qui s'annoncent affectent à la fois les recettes et les dépenses publiques. L'État devra faire face une situation incommode caractérisée par plus de dépenses en contrepartie de moins de recettes prévues. En effet, il faut supporter un coût accru des subventions énergétiques, tandis que plusieurs recettes attendues du Plan de redressement économique et social sont aussi révisées à la baisse.

Cette austérité est d'autant plus une exigence que le Plan de redressement économique et social (PRES) en cours présente déjà un déficit prévisionnel de 451,4 milliards de FCFA de recettes attendues. Cette chute de près de 59 % des recettes du programme initial pèse sur les finances publiques et amène donc à reconsidérer les paradigmes pour adapter le PRES aux nouvelles réalités. Par exemple, la LFR pointe du doigt la forte réduction du rendement attendu des jeux de hasard et l'absence de recouvrement de recettes budgétaires prévues par plusieurs autres mesures du PRES qui était défendu en son temps devant l'Assemblée nationale par l'ex-Premier ministre devenu président de l'Assemblée nationale, notamment Ousmane Sonko.  Des ajustements présentés par la LFR, il en ressort que les recettes attendues du Plan de redressement économique et social sont ramenées à 311,5 milliards de FCFA, contre 762,9 milliards initialement. Un gap énorme qui donne une idée précise sur les souffrances que devront endurer les Sénégalais en termes de sacrifices pour accompagner la mise en œuvre de ce plan.

Des sacrifices, le Premier ministre d'alors, Ousmane Sonko, en avait demandé aux Sénégalais en défendant le PRES qui est son initiative. Des propos mal accueillis en son temps par les Sénégalais qui ne pensaient pas se battre contre le régime de Macky Sall pour espérer un changement qui commence à tourner à la déception, tant on les avait nourris de promesses qui devaient faire du Sénégal un eldorado en peu de temps.

De toute façon, avec les tensions énergétiques combinées à la cherté de la vie qui fait crier les Sénégalais, en plus de l'atmosphère de campagne électorale permanente imposée par le duel Sonko-Diomaye et laissant apparaître un risque de crise institutionnelle, la démocratie sénégalaise est vraiment à l'épreuve des difficultés économiques. Comment s'en tirera-t-elle ? That is the question !

A.B.NIANG, journaliste et Consultant, correspondant depuis Dakar