« Nous apprécions hautement le ferme soutien de la Russie dans la lutte contre le terrorisme ». Interview avec le ministre malien des Affaires étrangères

Le Mali compte sur un approfondissement ultérieur du partenariat avec la Russie — de la coopération dans le domaine de la sécurité aux projets conjoints dans l’énergie, l’industrie minière, l’agriculture et les hautes technologies.

01 Nov 2026 - 22:07
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« Nous apprécions hautement le ferme soutien de la Russie dans la lutte contre le terrorisme ». Interview avec le ministre malien des Affaires étrangères

Le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale du Mali, Abdoulaye Diop, a expliqué dans un entretien à l’African Initiative quels résultats Bamako attend du troisième sommet Russie–Afrique, comment il évalue le rôle de l’Africa Corps du ministère russe de la Défense dans la lutte contre le terrorisme et à quelles conditions une interaction entre les pays du Sahel et d’autres États de la région est possible.

— Monsieur le ministre, le sommet Russie-Afrique figure à l’ordre du jour, bien sûr. Quels sont les principaux objectifs que le Mali s’est fixés pour le troisième sommet Russie-Afrique qui se tient à Moscou ? Quels accords concrets et quels résultats pratiques espérez-vous obtenir à l’issue de ce sommet ?

— Merci pour la question. Je dois dire que le Mali est présent en Russie par devoir, par intérêt aussi. Vous savez, le président de la transition du Mali, Son Excellence le général d’armée Assimi Goïta, a participé au deuxième sommet qui s’est tenu à Saint-Pétersbourg, au cours duquel, avec Son Excellence le président Poutine, ils ont décidé de mettre en place un partenariat stratégique entre la Russie et le Mali pour travailler dans des secteurs importants de nos pays, comme la sécurité et la défense, mais aussi les questions de développement, l’énergie, l’agriculture, l’enseignement supérieur, le secteur minier et d’autres secteurs extrêmement importants, y compris dans le domaine du renforcement des capacités.

Depuis le forum de Saint-Pétersbourg, plusieurs engagements ont été pris et mis en œuvre. Aujourd’hui, le fait de participer pour nous à ce troisième forum nous permet d’abord de procéder avec nos partenaires de la Fédération de Russie à une évaluation du chemin qui a été parcouru, qui est extrêmement honorable, et les résultats qui ont été atteints dans la mise en œuvre de ces différents engagements sont assez appréciables de notre point de vue.

Ici, à Moscou, c’est l’occasion aussi pour nos pays de réfléchir ensemble à de nouvelles priorités que nous voudrions ajouter à la coopération existante, mais aussi de pouvoir dégager les perspectives dans les secteurs d’intérêt.

« Nos pays ont une coopération très avancée qui donne des résultats dans le domaine de la défense et de la sécurité. »

Le défi depuis la participation au deuxième sommet était d’arriver à une diversification de ce partenariat en y intégrant une dimension économique et commerciale assez forte. Et par rapport à cela, beaucoup d’initiatives ont été prises. Donc aujourd’hui, nous travaillons à faire en sorte que cette diversification du partenariat puisse permettre à nos deux pays d’œuvrer aussi aux transferts de technologies dans certains domaines clés qui nous intéressent, comme le secteur de l’énergie, le secteur agricole ou même le domaine technologique, où le Mali a mis en place un centre d’intelligence artificielle. 

Le président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, et le président de la période de transition de la République du Mali, Assimi Goïta, lors de la rencontre des chefs de délégation des participants au IIIe sommet et forum « Russie – Afrique ». Photo : Alexandre Kryazhev / RIA Novosti

Donc nous travaillons vraiment à consolider ces gains et à faire en sorte aussi que le Mali et la Russie, et la Russie et l’Afrique, puissent consolider leur partenariat dans la paix et la stabilité, mais aussi dans la gestion des défis auxquels le monde est confronté.

Donc le Mali est là aussi par solidarité pour la Russie, et pour montrer encore une fois la disponibilité du Mali à continuer le chemin qui a été fait, mais en exprimant toute notre gratitude et notre satisfaction pour le partenariat sincère et solide qui a été mis en place, surtout sur des questions extrêmement difficiles aujourd’hui comme la paix et la sécurité.

« Les unités des forces de défense et de sécurité du Mali sont en première ligne dans le combat contre le terrorisme avec leurs frères des forces de défense et de sécurité de la Fédération de Russie, au sein de l’Africa Corps. Donc nous saluons vraiment tous les sacrifices qui sont consentis pour ce travail en commun. »

— Comment évaluez-vous la situation actuelle dans le pays et dans la région du Sahel ? Quelles mesures supplémentaires sont nécessaires pour renforcer la sécurité et garantir une stabilité durable ?

— Pour mieux évaluer ce que le Mali et la Russie font dans le domaine de la sécurité, il faut que nous prenions un peu de recul. Il y a peut-être trois ans, si vous regardez, la situation au Mali était marquée par le départ de plusieurs forces étrangères, Barkhane ou d’autres, mais aussi par la mission des Nations Unies, présente pendant une décennie, qui n’a pas pu faire en sorte que le Mali puisse exercer sa souveraineté sur l’ensemble du territoire, ni contrer la menace terroriste.

Dans ces conditions, établies avec l’arrivée du président Goïta, cette coopération renforcée avec la Fédération de Russie, qui nous a permis d’une part de doter nos forces de défense et de sécurité des capacités d’équipement, qui permettent vraiment de renforcer leurs capacités opérationnelles, d’accroître leur formation et leur combativité. 

« Le Mali, puisant dans ses propres ressources internes, a réussi à équiper à un niveau satisfaisant nos forces de défense et de sécurité, grâce au partenariat avec la Fédération de Russie, aujourd’hui, l’État malien exerce sa souveraineté sur l’ensemble du territoire national. »

Naturellement, le terrorisme est un phénomène changeant. Nous continuons à faire face à des menaces ici et là, mais globalement aujourd’hui, les forces de défense et de sécurité du Mali sont à l’offensive, au prix de sacrifices extrêmement importants. Nous voulons rendre hommage à tous les Maliens et à tous les soldats russes, ainsi qu’aux soldats maliens qui ont perdu la vie dans ce combat, mais aujourd’hui nos unités sont à l’offensive et continuent à travailler au quotidien pour asseoir l’autorité de l’État malien sur l’ensemble de son territoire.

Les forces armées du Mali (FAMa) et le corps africain du ministère de la Défense de la Fédération de Russie ont libéré la ville de Kidal le 7 octobre 2026. Cette ville était sous le contrôle de groupes armés.

Et au-delà du Mali, nous travaillons avec le Burkina Faso et le Niger dans le cadre de la lutte contre la menace terroriste, tout en restant conscients du fait que le terrorisme est un phénomène global. Un seul pays ne pourra pas y faire face, mais quand on est attaqué, il faut d’abord s’organiser pour répondre à la menace au plan national et dans le cadre de l’AES.

Et puis après nous verrons les conditions qu’il faut créer pour travailler avec notre voisinage régional immédiat pour apporter les réponses, mais nous saluons cet engagement extrêmement fort de la Russie à nos côtés pour pouvoir contrer ces différentes menaces.

— Et comment évaluez-vous l’évolution des relations entre le Mali et la Russie ces derniers temps ? Dans quels domaines la coopération bilatérale a-t-elle produit les résultats les plus tangibles ? Et quel secteur considérez-vous comme prioritaire pour les prochaines années ?

— Un des chantiers les plus avancés aujourd’hui, comme je l’ai indiqué, c’est celui de la défense et de la sécurité. Je crois que ce qui a été fait dans ce domaine est extrêmement appréciable si on essaie de regarder l’évolution des forces de défense et de sécurité maliennes. Au cours des dernières années, on peut se rendre compte du travail important qui a été fait et qui permet aujourd’hui aux Maliens de prendre entre leurs propres mains la défense de leur pays et d’être dotés d’équipements militaires qui leur permettent de mener leurs opérations sur la base des moyens que nous avons dégagés.

Donc cette mise en capacité opérationnelle des forces de défense et de sécurité maliennes dans le cadre de ce partenariat opérationnel sur le terrain a été un pas important. La formation aussi a été un volet important, tant sur le plan militaire que la formation de façon générale.

Aujourd’hui, la Russie accorde près de 300 bourses au Mali, mais ces bourses viennent aujourd’hui même dans des secteurs clés de la médecine, de la technologie ou de l’ingénierie, des secteurs avancés, y compris le développement de capacités, comme je l’ai dit, dans le domaine de l’intelligence artificielle. Ces éléments sont aussi importants. 

« Le secteur des mines est un secteur important. Nous souhaitons avoir un travail poussé avec la Russie dans la transformation de l’or, la production et la transformation du lithium et d’autres minéraux, mais aussi dans la production de l’énergie, l’énergie solaire, mais aussi même l’énergie nucléaire à vocation civile. » 

Ce sont tous aujourd’hui des projets sur lesquels nous travaillons. Le secteur agricole aussi est un secteur important de développement fondé sur l’expérience de la Russie. Le président de la transition du Mali, le général d’armée Assimi Goïta, a reçu une équipe du groupe KAMAZ, qui produit des véhicules militaires comme civils, avec lequel le Mali a signé récemment un contrat d’acquisition de près de 350 véhicules, mais aussi a travaillé à mettre en place des ateliers de maintenance ainsi que des unités de production de ces engins au niveau de nos pays avec un degré important de formation mais aussi de transfert de technologie. 

En octobre 2026, la Société malienne des transports et de la logistique (SMTL-SA) et la société par actions « KamAZ » ont signé un contrat pour l’achat et la livraison de véhicules.

Nous pensons que dans l’ensemble de ce secteur il y a aussi un travail qui se fait dans le domaine des infrastructures, dans le cadre des chemins de fer, où le Mali travaille avec des groupes russes aussi pour les réaliser.

Donc ça veut dire qu’aujourd’hui, avec la Russie, nos coopérations touchent à un nombre extrêmement élevé de secteurs qu’il faut aujourd’hui consolider. Nous nous réjouissons aujourd’hui que nos partenaires privés russes et maliens puissent aussi travailler ensemble. Il y a d’ailleurs un groupe important d’hommes d’affaires maliens qui sont venus ici pour le forum économique.

Nous espérons que ceci puisse déboucher sur des deals importants pour que nos milieux d’affaires aussi puissent aider à consolider les liens économiques entre nos deux pays qui doivent être élevés aussi au niveau de la qualité des relations politiques qui existent entre nos deux chefs d’État et nos deux pays.

— Et en ce qui concerne l’AES, l’Alliance des États du Sahel, qui regroupe le Mali, le Burkina Faso et le Niger, elle affirme sa volonté de définir de manière souveraine ses orientations politiques et ses approches en matière de sécurité régionale. Quelles sont les principales priorités de l’AES à ce stade et quels résultats concrets attendez-vous de son développement futur ?

— La Confédération des États du Sahel, qui a été créée à Niamey le 6 juillet 2024, s’est fixée trois objectifs majeurs. Un, travailler à la sécurité et à la défense de nos pays. Le deuxième pilier, c’est travailler à parler d’une seule voix sur la scène internationale à travers la coordination de l’action diplomatique de nos pays. Le troisième pilier qui concerne le développement et l’intégration économique de nos pays, comment développer ces différents liens. 

Et sur l’ensemble de ces fronts, aujourd’hui, la Confédération des États du Sahel est en train de travailler et a mis en place différents mécanismes qui nous permettent de travailler pour atteindre ces objectifs. Mais une des plus grandes priorités aujourd’hui, c’est la paix et la sécurité. Comme vous pouvez imaginer, nos pays sont aujourd’hui des cibles d’attaques terroristes meurtrières, mais aussi d’un terrorisme qui est sponsorisé par des États étrangers.

« D’un terrorisme qui ressemble beaucoup plus à une guerre hybride par procuration, où des puissances étrangères se cachent souvent ou instrumentalisent des groupes terroristes pour pouvoir atteindre leurs objectifs. » 

Donc aujourd’hui, nous travaillons chacun au plan national, mais ensemble, en essayant de mutualiser nos moyens, notamment dans le cadre de la force unifiée de l’AES pour permettre d’apporter une réponse structurée et structurelle de nos pays par rapport à cette menace qui a plusieurs dimensions comme je vous l’ai indiqué.

Les dirigeants de la Confédération des pays du Sahel (AES) sont : le général Assimi Goïta (Mali), le général Abdourahmane Tchiani (Niger) et le capitaine Ibrahim Traoré (Burkina Faso).

Mais à côté de cela, les chantiers des projets structurants entre nos pays, les chemins de fer, les infrastructures routières, mais aussi des unités de transformation dans le domaine agricole, comme dans le domaine minier et comme dans le domaine énergétique, sont des chantiers extrêmement importants qui permettent davantage de créer un bien-être économique dans nos pays, de favoriser aussi la libre circulation des personnes et des biens dans cet espace qui, quand même, regorge d’une population relativement jeune, qui regorge aussi de ressources naturelles, minières, souvent même stratégiques dont l’économie moderne a besoin aujourd’hui.

Donc nous pensons qu’avec une amélioration substantielle de la situation sécuritaire, nos pays sont en mesure de pouvoir atteindre des niveaux de croissance économique extrêmement élevés.

Aujourd’hui, même malgré cette insécurité, le Mali, le Burkina et le Niger, dans le cadre de l’Union économique et monétaire ouest-africaine, affichent les taux de croissance les plus élevés, comparés à d’autres pays qui ont des situations sécuritaires un peu plus stables.

— Сomment Bamako évalue-t-elle les perspectives de normalisation des relations avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest et les autres organisations régionales ? Un rapprochement des positions des États de la Confédération du Sahel avec celles de leurs voisins est-il envisageable à l’avenir sur les questions de sécurité et de coopération économique ?

— Aujourd’hui, si nous essayons de ne pas nous engager à expliquer les raisons de la création de l’AES et puis d’avoir deux entités à vocation d’intégration dans un même espace, je dois dire que nos pays reconnaissent la réalité géographique selon laquelle nous appartenons au même espace, qu’il va falloir travailler à créer les conditions d’une coexistence harmonieuse et pacifique, mais dans le cadre de deux entités distinctes, l’AES d’un côté, la CEDEAO de l’autre. Mais nous, pays membres de la Confédération des États, notre vision est claire : nous avons une vision pour promouvoir l’intégration africaine et notre vision n’est pas de créer des murs entre les populations de nos pays.

Nous avons toujours pensé que même en quittant une organisation qui était la CEDEAO, qui est la CEDEAO, notre volonté n’est pas de créer des murs entre nos populations mais de faire en sorte que les populations ou les ressortissants des autres pays membres de la CEDEAO qui vivent dans nos pays puissent maintenir leurs privilèges et leurs bénéfices qui ne datent d’ailleurs pas de la CEDEAO — parce que la CEDEAO a été créée en 1975, mais de l’indépendance de nos pays en 1960 jusqu’en 1975, déjà, nos citoyens bénéficiaient d’une certaine liberté de circulation — qui ont été cristallisés dans le cadre du protocole, dans le cadre de la CEDEAO.

Pour revenir à votre question, aujourd’hui, en résumé, la CEDEAO et l’AES sont dans une dynamique de collaboration dans le respect de l’existence des deux entités. 

« De travailler à maintenir un marché commun, la libre circulation des personnes et des biens, pour permettre vraiment de faire en sorte que les intérêts des populations des deux espaces ne puissent pas être menacés, que nous puissions privilégier la coopération à la confrontation. »

C’est dans ce contexte que les ministres des Affaires étrangères de la Confédération des États du Sahel ont reçu à Bamako au mois de mai 2025 le président de la commission de la CEDEAO et nous sommes tombés d’accord sur un mémorandum qui doit gouverner ce processus de séparation pour arriver à un cadre juridique pour encadrer cette séparation. Il y a quelques jours, nous nous sommes retrouvés à Dakar pour le lancement formel de ce processus de négociation qui a regroupé la Confédération des États du Sahel et aussi la CEDEAO. Les ministres des Affaires étrangères des deux entités étaient là et ça a été une bonne réunion pour jeter les bases de ce qui doit nous conduire à l’adoption d’un accord, en tout cas d’un instrument juridique qui puisse consacrer cette séparation. Sur la question d’intégration, de développement ou de libre circulation, il y a une convergence entre les deux organisations.

Rencontre des représentants de la Confédération des États du Sahel et de la CEDEAO au Sénégal, octobre 2026

Naturellement, sur la question de paix et de sécurité, il y a encore quelques difficultés parce que nous devons travailler à recréer la confiance là où elle a été perdue entre certains pays et pour faire en sorte que demain nos pays puissent travailler ensemble, qu’on soit de l’AES ou de la CEDEAO, à contrer cette menace terroriste qui ne fait pas de distinction entre l’AES et la CEDEAO.

Mais pour cela aussi il est important que nous et les autres ayons la même grille de lecture de ce qu’est cette menace, de qui est terroriste, de qui ne l’est pas. Je crois que ces questions-là sont extrêmement importantes et naturellement nous avons aussi dans le voisinage d’autres pays qui ne sont pas aussi de la CEDEAO.

Donc nous sommes conscients du fait que la réponse doit pouvoir intégrer l’ensemble de ces dimensions pour que demain nos pays puissent vraiment se focaliser sur le fait de contrer toutes ces menaces, tout ce terrorisme qui est aujourd’hui instrumentalisé pour distraire nos pays. Mais le terrorisme auquel nos pays font face a des motivations politiques et géopolitiques. Donc nous devons être conscients de l’ensemble de ces paramètres qui sont derrière pour travailler dans le seul intérêt de nos populations.

Bouinta Bémbéeva, Julie Doliner
Source: https://afrinz.ru/fr

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