Dr. Allaye Bah, cancérologue a l’hôpital forum médical de Torokorobougou : « Les préventions, première et secondaire aident »

Le cancer du col de l’utérus est une maladie grave qui atteint beaucoup de femmes dans le monde. Elle représente l’un des cancers féminins les plus fréquents. Mali Tribune s’est entretenu sur le sujet avec Dr. Allaye Bah, cancérologue à l’hôpital Forum Médical de Torokorobougou.

8 Avr 2026 - 11:59
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Dr. Allaye Bah, cancérologue a l’hôpital forum médical de Torokorobougou : « Les préventions, première et secondaire aident »
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Dr. Allaye Bah, cancérologue a l’hôpital forum médical de Torokorobougou : « Les préventions, première et secondaire aident »

Mali tribune : Qu’est-ce le cancer du col de l’utérus ?

Dr. Allaye Bah : Le cancer est une multiplication anarchique et incontrôlée des cellules malignes ; qui peuvent se développer au sein d’un organe. Maintenant, dans le cas du cancer du col, elle se développe au niveau du col de l’utérus. Après, ça peut envahir les organes des voisinages, tout ce qui est à côté et également, ça peut migrer à travers le sang pour aller coloniser d’autres organes à distance qui peuvent être soit : le foi, le poumon, les os ou bien le cerveau.

 Mali Tribune : Quelles en sont les causes principales ?

Dr. A. B. : La cause principale du cancer du col de l’utérus est l’infection virale à papillomavirus humain. Donc, c’est le papillomavirus qui est responsable à 99 % du cancer du col de l’utérus. Maintenant, le papillomavirus à plusieurs sous types : il y a environ 200 et parmi les 200, il y a 10 qui sont vraiment pathogènes qui peuvent infecter le col ; lorsque l’infection persiste et que l’organisme ne parvient pas à l’éliminer, elle continuera de persister, ce qui entraînera des liaisons pré- cancéreuses. S’ils ne sont pas traités avec le temps, ils vont évoluer vers le cancer environs dans 08 à 20 ans, si ce n’est pas traiter, ces liaisons vont évoluer et amènent le cancer.

Mali Tribune : Quelles sont les premiers signes ou symptômes de type de cancer ?

Dr. A. B. : D’abord, le premier signe : c’est une femme qui va commencer à ressentir des douleurs lors des rapports sexuels. Elle peut commencer par ces douleurs et ensuite elle peut évoluer et donner des pertes liquidiens par la suite, c’est une femme qui va saigner au niveau du vagin. Elle aura des saignements vaginaux mais après, ça peut évoluer et entraîner d’autres problèmes comme des difficultés urinaires et les difficultés à aller à la selle.

 Mali Tribune : A partir de quel âge, les femmes sont-elles le plus à risque ?

Dr. A. B. : Comme c’est une maladie qui est contractée par les femmes suite à un virus. Donc, l’infection même s’acquiert lors des rapports sexuels maintenant, c’est après quelques années d’évolution que ça va donner le cancer du col de l’utérus. Le dépistage proprement dit, est recommandé à partir de 25 jusqu’à 65 ans. Du coup, c’est à partir de 25 ans que les femmes doivent commencer à faire le dépistage.

Mali Tribune : Le cancer du col de l’utérus peut-il rendre une femme stérile ?

Dr. A. B. : On ne va pas dire que le cancer du col de l’utérus en tant que tel peut rendre une femme stérile, mais les différents traitements du cancer peuvent secondairement entraîner une stérilité. Ces traitements sont : la chimio, la radio thérapie ; suite à ces traitements, la femme peut avoir des difficultés à procréer après.

Mali Tribune : Quelles sont les traitements disponibles à ce jour contre cette maladie ?

Dr. A. B. : Les traitements sont essentiellement : la chirurgie qu’on peut faire dans les stades du début de la maladie. Maintenant, quand elle est un peu avancée, on fait recours à la radio thérapie associée à la chimio thérapie après, on a les thérapies ciblées et il y a aussi l’avènement des nouveaux traitements comme l’immunothérapie qui commence à faire son apparition pour le traitement du cancer du col de l’utérus.

Mali Tribune : Quelles sont les meilleures mesures de préventions ?

Dr. A. B. : La première prévention, c’est surtout la vaccination des jeunes filles et garçons à partir de 11 ans. La prévention secondaire consiste au dépistage de toutes les femmes de 25 jusqu’à 65 ans.

 

Mali Tribune : Quel rôle joue le papillomavirus humain(HPV) dans le développement de ce cancer ?

Dr. A. B. : Lorsque la femme contracte cette maladie sexuellement transmissible, dans 90 % des cas, la femme même parvient à éliminer l’infection et le problème est réglé. Chez certaines femmes, l’infection persiste ; les virus vont intégrer les cellules du col et les transformer. Ces cellules qui deviennent agressives, rebelles, n’obéissent plus au système de régulation du corps, ils agissent pour leur propre compte. Ils font se multiplier de façon anarchique, entraîner des liaisons, former une tumeur ; ils ont également la capacité de se détacher de la tumeur d’origine pour aller provoquer des dégâts à distance.

 Mali Tribune : Existe-t-il un vaccin efficace contre le cancer du col de l’utérus ; quelle est son importance ?

Dr. A. B. : Oui, bien sûre qu’il y a des vaccins, il y a plusieurs vaccins disponibles comme : le cervarix et le gardasil. C’est des vaccins qui ciblent les souches de virus qui sont pathogènes. Comme je l’ai dit, il y a plusieurs sous types de virus. Les papillomavirus sont plusieurs sous types, il y a certains qui sont très dangereux, qui sont susceptible d’entraîner le cancer. Par contre, il y a d’autres qui vont entraîner juste une simple infection. Les vaccins sont vraiment faits pour les virus dangereux qui ont la capacité d’entraîner le cancer.

Mali Tribune : Le dépistage est-il suffisant aujourd’hui au Mali, et quelles sont les obstacles ?

Dr. A. B. : Je pense que le dépistage n’est pas suffisant parce que, normalement, le dépistage doit être annuel. Il ne doit pas se limiter uniquement à Bamako, il doit aussi avoir les zones reculées que ça soit dans les régions, les villages et bien d’autres. Franchement, pour prévenir cette maladie qui est vraiment évitable, il faut que toutes les femmes aient accès au dépistage peu importe là où elle se trouve.

 

Mali Tribune : Y a-t-il des tabous ou idées reçues autour de cette maladie que vous aimeriez corriger ?

Dr. A. B. : Comme c’est une maladie qui atteint la féminité de la femme et généralement, on constate que ; quand la maladie commence, les femmes ont tendance à le cacher et après, quand elles viennent à l’hôpital, ça trouvera que la maladie a vraiment évolué Maintenant, il y a d’autres femmes qui pensent aussi que leur maladie est due à quelqu’un qui les a jetés un sort. C’est les différents tabous, il y a l’ignorance aussi ; c’est pour cela que le rôle des médias est très important pour la sensibilisation.

Ce que je conseille aux femmes, c’est de se faire vacciner et de vacciner les jeunes filles et garçons à partir de onze ans, c’est la prévention primaire. Et également, que toutes les jeunes filles et femmes à partir de 25 ans suivent régulièrement le dépistage, ça permet de sauver des vies et ça permet carrément d’éviter cette maladie parce que, le cancer du col de l’utérus est vraiment une maladie de la négligence. Quand la maladie commence, elle fait plusieurs symptômes durant des années avant que le cancer même apparaît. Donc, à toutes ces différentes étapes, si la femme vient à l’hôpital, le problème sera vite réglé, mais c’est le fait de négliger les symptômes qui aboutira au cancer alors que c’est une maladie qui est vraiment évitable.

Propos recueillis par

Kadia Founé Fofana

(stagiaire)