Flop du football sénégalais en coupe du monde 2026 : Colère, déballage et chasse à l'homme
La sortie par la petite porte de l'équipe nationale du Sénégal lors de cette coupe du monde alimente actuellement tous les débats au pays de la Téranga.
On cherche à savoir ce qui a vraiment grippé la machine à gagner de la sélection nationale de football. Pour une équipe qui ambitionnait de figurer dans le top 10 mondial, la piètre prestation, malgré la pléthore de talents, fait jaser. Colère de jeunes joueurs de la sélection sur fonds de frustration, déballage, accusations et de dénigrements, voilà ce qui se passe après le flop de la participation à la Coupe du monde 2026. C'est suffisamment grave pour nécessiter la mise en place d'une commission d'enquête parlementaire.
Pour les Sénégalais, l'élimination prématurée de leur équipe nationale à la Coupe du monde FIFA en cours ne peut être considérée comme un simple échec. Vu la manière, c'est une humiliation pour un champion d'Afrique en titre. En effet, au-delà du résultat d'une équipe qui ambitionnait d'atteindre au moins les quarts de finale, il y a moult questions que l'on doit se poser, notamment sur le coaching, le comportement du staff technique, la gestion de la sélection fissurée par une lutte de clans, l'environnement dégradé autour de l'équipe nationale dont des joueurs étaient obligés, pour bien manger, de commander des repas hors de l'hôtel.
S'y ajoutent des tensions entre des membres de l'encadrement et des joueurs ayant frôlé l'affrontement physique ; la gestion administrative et financière de la Fédération sénégalaise de football dont les membres sont accusés de se servir plus qu'ils ne servent l'équipe nationale ; la réduction au strict minimum du nombre de techniciens pour privilégier des amis, membres de la famille et autres connaissances qui grossissent inutilement la délégation officielle ; bref tous les éléments pour un cocktail explosif qui a finalement détonné.
En tout cas, le monde sera étonné d'apprendre que le Sénégal a failli jouer son match contre la Norvège sans son coach, notamment Pape Bouna Thiaw, lequel avait fait ses valises six heures avant la rencontre pour rentrer à Dakar. Il en avait marre d'être balloté entre la Fédération sénégalaise de football et le ministère des Sports, en ce qui concerne le renouvellement de son contrat échu depuis la finale de la dernière CAN au Maroc.
Pape est donc allé aux Etats-Unis en restant six mois sans salaire et aussi avec le souci d'être rassuré de la signature de son contrat en suspens. Pour le motiver quelques jours avant le démarrage de la Coupe du monde, il lui a été promis que toutes les dispositions allaient être prises pour régulariser sa situation. Mais après le match contre la France, apprenant que rien n'avait évolué, Pape Thiaw avait décidé donc d'abandonner l'équipe nationale, considérant qu'il n'avait plus sa place de coach avec pareils faits.
C'est donc un Pape Thiaw pas du tout bien dans sa tête qui est allé au Mondial et les résultats sur le terrain ne l'ont pas chouchouté. Pour une équipe qui encaissait très peu de buts, en prendre neuf en trois matches, c'était alarmant. Et encore, les encaisser de quelle manière ! C'est suffisamment grave pour nécessiter de secouer le cocotier de la gestion de l'équipe nationale de football, disent les Sénégalais très amers.
Justement, cette gestion du football national, actuellement au cœur de toute la polémique, parlons-en ! En tout cas, ceux qui soutiennent que l'on ne change pas une équipe qui gagne ont raison. On commence à se souvenir, avec des pincements au cœur, de la période Augustin Senghor que l'on a évincé de la Fédération après avoir remporté la Coupe d'Afrique au Cameroun. Un trophée sanctionnant une victoire sans équivoque. Suivez mon regard ! L'histoire retient, en tout cas, que c'est sous sa gestion que le Sénégal, après avoir été finaliste à la CAN, a accroché la première étoile à son maillot à l'édition suivante. Une période de gloire qui a fait la notoriété de cette équipe devenue subitement la risée en 2026, malgré toutes les stars qu'elle aligne.
La question du coaching revient, certes ! Et à ce niveau, il y a des questions sans réponse dont celle-ci, très pertinente : en dehors de pape Thiaw, que font toutes ces personnes qui tournent autour de l'équipe nationale dont plusieurs stars de l'équipe finaliste en 2002 à la CAN du Mali. El hadj Diouf, Kalilou Fadiga, Tony Silva et autres. Et d'anciens joueurs d'une génération plus récente, comme Cheikhou Kouyaté. En plus de Mayacine Mar, ancien directeur technique national (DTN) déchu et remplacé, mais qui continue d'être présent, faisant même ombrage à son successeur.
Il y a u n problème de fond en ce qui concerne la gestion technique de l'équipe nationale partie en coupe du monde avec un seul analyste vidéo, son assistant étant laissé en rade pour, dit-on, réduire le nombre de personnes de la délégation. Même si cette délégation a fini par être pléthore sans que l'on sache pourquoi.
A l'hôtel où logeaient les Lions, les repas servis n'étaient pas adaptés, le chef cuisinier de l'équipe nationale étant absent. Les joueurs commandaient des repas servis en dehors de l'hôtel. Il a fallu que des stars de l'équipe tapent du poing sur la table pour que les dirigeants du football sénégalais se décident, enfin, à trouver rapidement un chef cuisinier.
Par ailleurs, il a été déploré la pléthore de la délégation sénégalaise dont les rangs étaient remplis de gens inutiles, au détriment de personnes ressources abandonnées sur place au Sénégal. Dans l'hôtel des Lions, chaque nuit était quasiment une soirée de gala pour des membres de cette délégation dont les fastes ont été dénoncés, pendant que les joueurs, privés de primes de matches depuis la fin de la phase de qualification en Coupe du monde, avaient même haussé le ton, menaçant de ne pas continuer la compétition, s'ils ne rentraient pas dans leurs droits.
Où est donc passé la manne financière constituée de la cagnotte de la dernière Coupe d'Afrique des nations et celle de la CAN précédente ? Près de vingt milliards de nos francs dont la gestion rigoureuse et rationnelle ne devait permettre, aucunement, le surgissement de quelques problèmes notés et qui ont finalement vicié l'atmosphère autour de l'équipe nationale, elle-même cassée en deux à cause d'une guéguerre entre le clan dit "des cadres" - qui semble avoir de l'ascendant sur le staff technique - et celui des novices. Ironie de l'Histoire, ceux qu'on appelle "cadres" ont été les plaies de cette équipe. La prestation des jeunes loups aux dents longues vient de les projeter dans une retraite internationale inévitable.
Il faut aussi noter des problèmes d'ordre administratif et financier, comme les difficultés de paiement des terrains d'entrainement et surtout, l'oubli, par la Fédération, de chercher des visas d'entrée multiples pour des personnes ressources ainsi empêchées de pouvoir se déplacer tout le temps avec l'équipe nationale. En effet, la Coupe du monde se déroulant dans trois pays à la fois, il était nécessaire d'avoir des visas d'entrée multiple aux Etats-unis pour pouvoir se déplacer d'un lieu des compétitions à un autre. Ce qui n'a pas été fait pour des membres du staff technique et d'encadrement.
Rappelons que lors de la Coupe d'Afrique des nations remportée par le Sénégal au Cameroun, les joueurs et le staff technique ne logeaient qu'avec cinq membres de la Fédération dont la présence aux côtés de l'équipe était nécessaire. Tous les autres membres de la délégation vivaient donc loin de cette équipe. C'était une exigence du sélectionneur d'alors, Aliou Cissé, qui était très rigoureux sur la discipline de groupe et n'acceptait aucune interférence ou perturbation du bureau fédéral. Et le président de la Fédération sénégalaise de football d'alors, Me Augustin Senghor, était en parfaite intelligence avec lui pour respecter ces principes. Tout le contraire du bureau fédéral actuel qui entretient, selon des indiscrétions mises sur la place publique, une certaine dualité entre le président et le secrétaire général, un ancien compagnon d'Augustin Senghor qui a été un des artisans de l'arrivée du nouveau président. Quand on met sur la place publique le fait que l'une des réunions récentes du bureau fédéral s'est terminée par des injures entre deux personnalités, cela devient inquiétant.
Nous reviendrons sur ce flop des Lions à la Coupe du monde 2026, en expliquant, dans les détails, le piège dans lequel la Fédération actuelle a entrainé le sélectionneur Pape Thiaw conduit à l'échec, pour pouvoir se débarrasser de lui, en ayant Hervé Renard comme cible pour le remplacer.
Mais en attendant, retenons que l'échec retentissant à la Coupe du monde 2026 est devenu une affaire d'Etat puisque, déjà, deux députés ont proposé la création d'une commission parlementaire d'enquête. Cette commission entendra toutes les personnes ressources proches de la sélection dont des joueurs de l'équipe nationale qui commencent à manifester publiquement leur frustration. Certains dénoncent un encadrement technique et administratif non propice à leur épanouissement en équipe nationale. Certains d'entre eux ont même, d'ores et déjà, suspendu leur participation en équipe nationale tant que le même staff sera en place. C'est le cas de Pape Guèye qu'on a même vu, dans une vidéo devenue virale, pousser violemment l'ancien DTN, après un échec verbal musclé, près du banc de touche.
Amadou Bamba NIANG
Journaliste et Consultant indépendant, Correspondance depuis Dakar
Limogeage de Pape Thiaw et du staff technique des lions :
La FSF en séance d'explication
A l'issue d'une longue réunion de crise qui a duré 14 heures d'horloge pour se terminer tard dans la nuit, le 11 juillet dernier, la Fédération sénégalaise de football a rendu publique une déclaration annonçant le limogeage de Pape Thiaw du poste de sélectionneur des Lions. La même mesure reste valable pour tout son staff technique.
Un représentant de la Fédération, à l'issue de 14 heures de réunion, informe dans une courte déclaration : "La Fédération sénégalaise de football informe l'opinion publique qu'à l'issue de la réunion du comité exécutif tenue ce samedi 11 juillet 2026, il a été décidé d'engager une procédure de cessation de fonction du sélectionneur national, Monsieur Pape Thiaw. Ainsi que de l'ensemble de son staff technique".
Il fallait s'y attendre, notamment après le flop de la participation du Sénégal à la Coupe du monde où sa sélection nationale nourrissait de grandes ambitions. "Après une évaluation approfondie des résultats sportifs et des perspectives de la sélection nationale, le comité exécutif a estimé nécessaire d'engager une procédure. Dans l'intérêt supérieur du football sénégalais.", précise la Fédération dans la déclaration.
Mais c'est surtout à travers une conférence de presse tenue lundi dernier dans l'après-midi que la Fédération s'est longuement expliquée sur cette mesure avec un argumentaire construit autour des points suivants : des difficultés pour trouver un accord aboutissant à la signature d'un contrat entre la Fédération et le sélectionneur national ; les relations tendues entre les membres de la Fédération et Pape Thiaw même pendant la Coupe du monde ; et naturellement, la responsabilité technique de Pape Thiaw et tout le staff technique sur le flop de la Coupe du monde.
Concernant cette mesure, les Sénégalais restent partagés car d'aucuns pensent que c'est la Fédération elle-même qui doit être remise en cause au lieu de faire de Pape Thiaw et son staff technique les agneaux du sacrifice. Nous y reviendrons.
ABN depuis Dakar