Immatriculation des engins à deux et trois roues : Vers la sécurisation plus de 1,5 million de motos
Plus de 10 000 cartes grises délivrées en moins d’un mois, 14 000 plaques déjà produites et 33 centres d’enrôlement déployés sur l’ensemble du territoire.
Voilà, déjà, les résultats de l’opération spéciale d’immatriculation des engins à deux et trois roues, lancée par le Gouvernement de la Transition il y a seulement quelques semaines. Derrière cette campagne d’envergure se dessine une ambition loin d’une simple formalité administrative. Il s’agit de renforcer la sécurité nationale, protéger les usagers et moderniser durablement la gouvernance du transport routier au Mali.
Dans les rues de Bamako comme dans les villes de l’intérieur, les motos sont les principaux moyens de déplacement de millions de personnes. Rapides, accessibles et économiques, elles constituent aujourd’hui un maillon essentiel de la mobilité urbaine et rurale. Elles assurent le transport des personnes, soutiennent les activités commerciales et permettent à de nombreux jeunes de gagner leur vie. Cette expansion spectaculaire s’est faite sans un véritable encadrement.
Selon les estimations de la Direction générale des Transports, le Mali compte désormais plus de 1,5 million d’engins à deux et trois roues, dont une très grande majorité circule sans immatriculation. Une situation qui complique considérablement l’identification des propriétaires en cas d’accident, de vol ou d'utilisation à des fins criminelles. Cette campagne d’immatriculation intervient dans un contexte où les défis sécuritaires demeurent importants. Terrorisme, criminalité organisée, trafics transfrontaliers et enlèvements, figurent parmi les menaces auxquelles le pays est confronté. Les motocyclettes, en raison de leur mobilité, sont régulièrement utilisées pour faciliter les déplacements rapides de groupes criminels ou la commission d'actes délictueux.
Face à cette réalité, les plus hautes autorités de l'État ont décidé de mettre en œuvre une vaste opération nationale d'identification des deux et trois roues. L'initiative s'inscrit dans les orientations du Président de la Transition et est encadrée par l'Instruction interministérielle n°2026-0001/MTI-MEF-MATD-MSPC-SG du 12 juillet 2026, signée conjointement par les ministres chargés des Transports et des Infrastructures, de l'Économie et des Finances, de l'Administration territoriale et de la Décentralisation, ainsi que de la Sécurité et de la Protection civile. Officiellement lancée le 15 juin 2026 par la ministre des Transports et des Infrastructures, Dembélé Madina Sissoko, cette campagne constitue l'une des plus importantes opérations d'identification de véhicules jamais engagées au Mali.
Une organisation déployée sur tout le territoire
Pour relever ce défi, la Direction générale des Transports a mobilisé d'importants moyens humains, logistiques et techniques. Sous la conduite de son Directeur général, Mamadou Thierno Sow, 33 centres d'immatriculation ont été ouverts à travers le pays, dont 17 à Bamako et Kati, afin de rapprocher les services administratifs des populations. Ainsi, les propriétaires de motos peuvent accomplir leurs formalités contre un paiement unique de 12 000 FCFA, effectué via TRESORPAY à travers Orange Money, Moov Money ou Sama Money. Le dossier comprend notamment une pièce d'identité (carte nationale biométrique, passeport, carte NINA, fiche individuelle ou carte consulaire pour les ressortissants étrangers résidant au Mali), un certificat de résidence ainsi que la facture d'achat de la moto ou, à défaut, une vignette en cours de validité.
À peine un mois après son lancement, la campagne affiche des résultats significatifs. Selon les chiffres communiqués par la Direction générale des Transports, 9 450 cartes grises ont déjà été saisies, validées, imprimées, signées puis remises à leurs propriétaires. Parallèlement, 13 986 plaques d'immatriculation ont été fabriquées et acheminées vers les différents centres afin de répondre à une demande en constante augmentation. Ces performances témoignent de la montée en puissance du dispositif mais aussi de l'adhésion progressive des populations à cette opération d'intérêt national.
Au cours de plusieurs visites effectuées dans les centres d'enrôlement, le Directeur général des Transports, Mamadou Thierno Sow, a constaté le bon déroulement des opérations. Il a salué le professionnalisme des agents, l'implication des jeunes cadres mobilisés, ainsi que l'appui des autorités administratives locales et des Forces de défense et de sécurité, dont l'accompagnement contribue au succès de la campagne. Pour lui, l'immatriculation dépasse largement le cadre d'une simple obligation administrative. «L'immatriculation d'un engin n'est pas qu'une simple formalité administrative. C'est un acte de responsabilité, de sécurité et de citoyenneté. J'invite chaque propriétaire à se faire enrôler sans attendre. Ensemble, faisons de cette opération une réussite nationale», a-t-il affirmé. Au-delà de l'attribution d'une plaque, cette opération permettra à l'État de disposer pour la première fois, d'une base de données fiable sur le parc national des deux et trois roues. Chaque engin sera désormais associé à son propriétaire, facilitant les enquêtes judiciaires, la lutte contre le vol, la réduction des fraudes et le renforcement de la sécurité routière. À terme, ces informations constitueront également un précieux outil d'aide à la décision pour les politiques publiques en matière de transport, d'aménagement urbain et de mobilité. L'État a mis en place un dispositif simplifié, accessible et sécurisé. Le succès de cette campagne dépend désormais de la mobilisation des centaines de milliers de propriétaires de motos qui ne sont pas encore enregistrés. Faire immatriculer son engin, c'est protéger son patrimoine, faciliter son identification en cas de vol, contribuer à la sécurité collective et participer à la modernisation du système national des transports. Les premiers résultats démontrent que la dynamique est engagée. Reste désormais à transformer l'essai afin que chaque motocyclette circulant sur le territoire national puisse être identifiée avec précision. Car, au-delà des chiffres, cette opération traduit une volonté de l'État de concilier mobilité, sécurité et modernisation au service de tous les Maliens.
Par Drissa Togola