GOOGA TAN : Sahel : l'heure des partenaires, la fin des tuteurs

Le vent a tourné. Depuis quelques années, un mot revient avec insistance dans les discours officiels, les débats diplomatiques et les aspirations populaires : la souveraineté.

11 Juillet 2026 - 02:42
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GOOGA TAN :  Sahel : l'heure des partenaires, la fin des tuteurs

Ce n'est plus seulement une revendication politique, mais un choix assumé. Au cœur de cette dynamique, le Sahel affirme qu'il entend désormais définir lui-même son destin, choisir ses alliances et conduire son développement sans subir les injonctions d'intérêts extérieurs.

L'idée selon laquelle "le Sahel a besoin de partenaires, non de tuteurs" résume à elle seule cette nouvelle séquence historique. Loin d'être un slogan de circonstance, elle traduit une rupture avec plusieurs décennies durant lesquelles les politiques de développement et de sécurité ont trop souvent été conçues ailleurs, financées de l'extérieur et évaluées selon des critères qui ne répondaient pas toujours aux réalités locales.

Pendant longtemps, le développement du Sahel a été pensé comme ça. Les conférences internationales se succédaient, les programmes d'aide se multipliaient, les financements étaient annoncés avec solennité, tandis que les populations continuaient d'attendre les dividendes de cette générosité proclamée. Peu à peu, une conviction s'est imposée : aucune aide, aussi importante soit-elle, ne peut remplacer une gouvernance responsable, des institutions solides et une vision nationale portée par les peuples eux-mêmes.

Le véritable partenariat commence lorsque chacun assume sa part de responsabilité. C'est là que prend tout son sens cette affirmation : "Un partenaire construit avec vous ; un tuteur décide pour vous." Toute la différence réside dans cette nuance. Le partenaire respecte les priorités de son interlocuteur, accompagne ses choix et partage les risques. Le tuteur, lui, impose ses orientations, conditionne son soutien et entretient, parfois malgré lui, une relation de dépendance.

Cette évolution est aujourd'hui particulièrement visible au sein de l'Alliance des États du Sahel (AES). Le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont fait le choix d'assumer pleinement leur souveraineté politique, diplomatique et sécuritaire. Que l'on adhère ou non à chacune de leurs décisions, une réalité s'impose : ces trois États revendiquent désormais le droit de définir eux-mêmes leurs alliances, leurs priorités et leur stratégie de développement. Ils expriment une aspiration profonde de leurs peuples : être maîtres de leur destin.

Cette volonté de réappropriation de la souveraineté dépasse toutefois le seul espace sahélien. Le Rwanda, sous l'impulsion de Paul Kagamé, a démontré qu'une vision stratégique, une administration exigeante et une lutte résolue contre la corruption pouvaient transformer durablement un pays. Sans prétendre offrir un modèle universel, cette expérience montre qu'une gouvernance rigoureuse peut produire des résultats tangibles.

Le Botswana demeure une référence en matière de stabilité institutionnelle et de gestion des ressources naturelles. Maurice a construit une économie résiliente fondée sur la diversification et la bonne gouvernance.

Ces trajectoires démontrent qu'il n'existe pas de modèle unique. Chaque nation avance selon son histoire, ses ressources et ses priorités. En revanche, toutes les réussites reposent sur des fondements communs : une gouvernance exigeante, des institutions crédibles, une vision de long terme et une responsabilité assumée.

Le Sahel ne réclame ni privilège ni assistance permanente. Il aspire à une relation d'égal à égal avec ses partenaires. Une coopération où les investissements prennent le pas sur l'assistanat, où le transfert de compétences vaut davantage que les promesses, et où le respect mutuel remplace les rapports de dépendance.

La jeunesse sahélienne incarne cette ambition. Elle ne demande pas que son avenir soit écrit ailleurs. Elle souhaite entreprendre, produire, innover et participer pleinement à la transformation économique de ses pays. C'est cette génération qui donnera tout son sens à la nouvelle philosophie des partenariats.

L'avenir du Sahel dépendra moins du volume de l'aide internationale que de la qualité de ses institutions. Les États prospères ne se construisent pas grâce aux subventions, mais grâce au travail, à l'éducation, à la justice, à la sécurité et à la confiance entre les citoyens et leurs dirigeants.

Le Sahel entre ainsi dans une nouvelle étape de son histoire : plus exigeant envers lui-même, plus sélectif dans ses alliances et plus déterminé à défendre sa souveraineté. Cette évolution ne traduit pas un repli sur soi ; elle exprime la volonté d'établir des relations internationales fondées sur le respect réciproque.

Car le Sahel ne refuse pas la coopération. Il refuse simplement que celle-ci se transforme en tutelle.

Le XXIè siècle consacrera les peuples qui auront choisi d'être les acteurs de leur propre développement plutôt que les spectateurs des décisions prises pour eux.

                                                                  

DICKO Seydina Oumar

Journaliste- Historien- Écrivain