GOONGA TAN : L'ombre d'un voisin vacille dans les flammes du 25 avril au Mali
Le 25 avril 2026 restera, dans la mémoire nationale, comme une journée de douleur, mais aussi comme une date de révélation.
Le 25 avril 2026 restera, dans la mémoire nationale, comme une journée de douleur, mais aussi comme une date de révélation.
Car ce qui s'est joué ce jour-là sur le territoire malien dépasse de loin la brutalité immédiate des attaques terroristes. Ce fut une épreuve infligée non seulement aux hommes, mais également aux certitudes, aux discours convenus et aux lectures superficielles de la crise sahélienne.
Par leur simultanéité, leur coordination méthodique et leur précision tactique, ces attaques ont révélé une réalité que beaucoup, comme moi, préféraient encore contourner, pour se rendre compte qu'au Sahel, rien n'est jamais totalement isolé. Derrière les groupes armés visibles se dessinent des influences plus diffuses, des intérêts plus vastes, des calculs plus anciens. J'avoue pour ma part avoir été surpris par ce côté "main invisible" posée sur le Mali ce jour funeste du 25 avril dernier.
Avec le recul, certains observateurs avertis invitent aujourd'hui à regarder au-delà de l'émotion légitime et du récit immédiat. "Ils rappellent que les violences sahéliennes ne sauraient être réduites à l'action mécanique de bandes fanatisées errant dans le désert." Effectivement, le 25 avril a permis de révéler que le Sahel est devenu un théâtre où se croisent ambitions régionales, rivalités d'influence et luttes pour le contrôle des espaces et des équilibres.
Dans cette perspective revient, avec une insistance de plus en plus perceptible, la question du rôle d'un puissant voisin du Nord. Non point sous la forme d'une accusation brutale ou irréfléchie, encore moins d'un verdict prématuré, mais comme une interrogation politique née des tensions récentes et des bouleversements géostratégiques en cours. Car ce voisin du Nord, l'Algérie, pour ne pas la nommée, fut longtemps l'un des pivots diplomatiques du dossier malien. Il s'était imposé comme médiateur incontournable, gardien autoproclamé d'un fragile équilibre régional. Mais l'Histoire enseigne qu'aucune puissance n'accepte aisément l'effacement progressif de son influence. Or, depuis plusieurs années, Bamako affirme une souveraineté plus tranchée, redéfinit ses alliances et se détache peu à peu de certains schémas hérités du passé.
Dans les grandes recompositions géopolitiques, les crispations sont rarement proclamées ; elles s'expriment davantage dans les zones grises, dans les ambiguïtés calculées, dans les influences indirectes. Le Sahel, avec ses frontières poreuses, ses réseaux transnationaux et ses groupes armés aux fidélités mouvantes, offre précisément le terrain idéal à ces manœuvres obscures où les responsabilités deviennent difficiles à établir, mais où les effets, eux, demeurent terriblement concrets.
La guerre moderne, désormais, ne ressemble plus aux conflits classiques d'autrefois. Elle ne se déclare plus officiellement ; elle s'infiltre. Elle avance masquée. Elle mêle acteurs étatiques et forces irrégulières dans une même brume. Les attaques sont visibles ; les commanditaires supposés demeurent dans l'ombre. Et cette ombre elle-même devient une arme et finit par se révéler au grand jour.
Les analyses des observateurs ont au moins le mérite de rappeler une vérité fondamentale : la naïveté d'avant n'est plus permise au Mali dans la lecture des crises sahéliennes. Derrière chaque explosion peut se dissimuler une stratégie ; derrière chaque silence, un calcul ; derrière certaines postures diplomatiques, des intérêts moins avouables qu'ils ne paraissent.
Mais il serait tout aussi périlleux de sombrer dans l'excès inverse, celui d'une suspicion sans preuve où chaque tragédie deviendrait automatiquement l'expression d'un complot. Une telle dérive obscurcirait davantage encore la compréhension des réalités sahéliennes et finirait par servir ceux qui prospèrent précisément dans le désordre, la confusion et la manipulation des perceptions.
Une chose, néanmoins, apparaît avec netteté : les événements du 25 avril ne peuvent être dissociés du contexte global dans lequel ils surgissent. Un contexte marqué par la compétition des influences régionales, la redéfinition des alliances et la lutte pour le contrôle des espaces sahéliens. En affirmant sa souveraineté avec une vigueur nouvelle, le Mali dérange ces équilibres anciens et suscite inévitablement des réactions, qu'elles soient visibles ou souterraines.
Face à cette réalité, une seule exigence s'impose : la lucidité. Lucidité dans l'analyse, afin de ne pas céder aux simplifications. Lucidité dans les mots, afin de nommer sans accuser à la légère. Lucidité enfin pour comprendre que la bataille décisive du Sahel ne se joue pas seulement sur les champs d'opérations militaires, mais également, dans l'union, dans les récits, les influences invisibles et les guerres de perception. Le 25 avril n'est donc pas seulement une date de douleur nationale. Il est une date de vérité. Car c'est seulement au prix de cette clairvoyance que l'épreuve pourra devenir conscience, et que la conscience pourra devenir souveraineté véritable.
DICKO Seidina Oumar
Journaliste -Historien- Écrivain