Mamadou Guediouma Coulibaly, PDG de la SIFMA-SA : «J'adhère à cette reconnaissance du Mali à la marocanité du Sahara»

"C'est une décision de paix et de développement pour l'Afrique"

18 Avr 2026 - 01:58
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Mamadou Guediouma Coulibaly, PDG de la SIFMA-SA : «J'adhère à cette reconnaissance du Mali à la marocanité du Sahara»
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Mamadou Guediouma Coulibaly, PDG de la SIFMA-SA : «J'adhère à cette reconnaissance  du Mali à la marocanité du Sahara»
Mamadou Guediouma Coulibaly

Entre enjeux diplomatiques, opportunités économiques et renforcement des liens avec le Maroc, le PDG de la société immobilière et foncière du Mali (Sifma-SA) livre une lecture engagée de la nouvelle orientation du Mali, qu'il considère comme un levier de paix, de coopération et de développement. Dans une interview qu'il a bien voulu nous accorder, Mamadou Guediouma Coulibaly, PDG de la Sifma-SA, l'un des leaders de l'immobilier au Mali et en Afrique de l'Ouest, livre ses impressions sur le retrait de la reconnaissance du Mali à la République arabe sahraouie démocratique (RASD), la suppression de l'AEVM (visa électronique entre le Maroc et le Mali) et l'augmentation du nombre de boursiers maliens au Maroc.

Aujourd'hui-Mali : Le gouvernement du Mali a pris une décision forte en retirant sa reconnaissance à la République arabe sahraouie démocratique. En tant qu'opérateur économique, quelle appréciation faites-vous de cette démarche?

Mamadou Guediouma Coulibaly : J'adhère à cette reconnaissance de la marocanité du Sahara. C'est une décision certes politique, mais surtout une décision de paix, d’intégration et de développement pour l'Afrique. Le Maroc est une puissance régionale. Quand on parle de puissance, certains pensent à l'aspect militaire, mais le Maroc est aussi une puissance économique et humaine, notamment par l'ouverture de ses populations sur l'Afrique. Quand vous êtes au Maroc, vous sentez réellement que vous êtes en Afrique. Les Marocains sont ouverts. Personnellement, je m'y rends au moins une fois tous les deux mois. Depuis plus de cinq ans, je voyage presque exclusivement avec Royal Air Maroc, que ce soit vers l'Europe ou l'Amérique du Nord. En revanche, je prends Ethiopian Airlines pour mes déplacements vers l'Asie. Juste vous dire que  tous mes voyages se font qu’avec ces deux compagnies africaines

Quels sont vos avis par rapport à la suppression de l'AEVM ?

Vous savez, l'AEVM était regrettable au regard de l'histoire et des relations entre nos deux pays. Sa suppression est une très bonne chose, car les Maliens voyagent beaucoup et entretiennent des liens forts avec le Maroc. Cela va favoriser et renforcer les échanges.

Royal Air Maroc assure déjà des vols réguliers, parfois deux par nuit. Cette mesure va accroître davantage l'ouverture du Maroc aux Maliens dans plusieurs domaines. Par exemple, ma société immobilière s'inspire actuellement d'un grand programme marocain : Zenata Eco City, situé entre Casablanca et Mohammedia. C'est un projet remarquable. J'ai l'ambition de développer un projet similaire au Mali. Nous avons déjà engagé des partenariats avec des bureaux d'ingénierie et d'architecture marocains. Le savoir-faire malien existe, mais il est toujours bénéfique de collaborer avec des partenaires expérimentés.

Quelle est la particularité de ce projet Eco City ?

C'est un projet écologique. Aujourd'hui, les enjeux environnementaux sont au cœur des préoccupations mondiales. Ce projet s'inscrit dans une logique de ville verte, avec plus d'espaces naturels que de constructions. Il relie des pôles importants comme Mohammedia, Rabat et Casablanca. Je suis impressionné par ce qui s'y réalise. C'est un modèle que nous avions envisagé à l'ACI-2000, mais qui a été dénaturé. Nous comptons créer un "Zenata"  à Bamako, avec l'appui de partenaires marocains, voire de bailleurs de fonds du Maroc.

Depuis quand entretenez-vous des relations avec le Maroc ?

Ma première visite remonte aux années 1995, alors que je me rendais en Tunisie. Il n'y avait pas de liaison directe, donc je passais par le Maroc avec Royal Air Maroc. Depuis, j'ai développé des relations solides avec des partenaires marocains. J'ai également plusieurs enfants qui ont étudié au Maroc. La dernière poursuit actuellement des études de droit à Casablanca. Elle était en France, à Bordeaux, mais elle a préféré continuer au Maroc, influencée par ses sœurs qui y avaient déjà étudié. Ce partenariat est-il réellement bénéfique pour vous ?

Absolument. Cela va bien au-delà de l'architecture. Par exemple, je fais souvent venir des mécaniciens marocains. Ils prennent un vol de nuit depuis Casablanca, interviennent à Bamako sur nos machines, puis repartent le lendemain. Cette proximité est exceptionnelle à l'échelle du continent africain.

Le Maroc a décidé d'augmenter le nombre de boursiers maliens à 300. Vos impressions ?

L'éducation et la formation professionnelle sont essentielles pour un pays en développement comme le Mali. Cette augmentation est une excellente initiative. Nous remercions le Maroc pour cet engagement.

Le Maroc dispose d'un savoir-faire reconnu. C'est un pays développé, proche de l'Europe. Ses universités sont respectées. A titre d'exemple, parmi les étudiants étrangers admis à Polytechnique en France, les Marocains figurent en tête. Cela témoigne du niveau élevé de leur système éducatif.

Votre mot de la fin ?

Je considère que la reconnaissance de la marocanité du Sahara par le Mali est une démarche de paix. Il existe d'ailleurs des résolutions des Nations unies allant dans ce sens. C'est une décision salutaire. Je souhaite également le retour de la paix au Mali et une meilleure connectivité terrestre entre Bamako et les grandes capitales africaines, notamment Casablanca. Je tiens à remercier le Roi Mohammed VI pour sa vision et son engagement en faveur du développement du Maroc et de son ouverture sur l'Afrique. Le Royaume a atteint un niveau remarquable, comparable à certains pays européens. Je note également que le Prince héritier a récemment inauguré la plus grande tour d'Afrique, symbole de cette ambition. Enfin, permettez-moi d'ajouter une note plus personnelle : j'ai un faible pour le thé et les jus d’orange marocains, que je considère parmi les meilleurs au monde.                                             

  Propos recueillis par Kassoum Théra