L’Ambassade du Mali au Caire : Entre irrégularités financières et opacité : plus de 625 millions FCFA à justifier
Les autorités de la transition continuent la traque des bandits à col blanc. Et tous les secteurs de l’Etat sont concernés, y compris celui des diplomates.
C’est dans ce cadre que la gestion de l’Ambassade du Mali au Caire (en Egypte) a fait l’objet d’une vérification financière de la part du Bureau du Vérificateur général (BVG). Le constat est accablant. Très accablant.
Non-comptabilisation et non-reversement des gains de change pour un montant total de 361 066 488 FCFA ; paiement de dépenses fictives, d’année en année, pour un montant total de 222 317 960 de nos francs et l’octroi d’avantages indus au personnel pour un montant total de 8 648 172 FCFA. Auxquels s’ajoutent, le paiement de dépenses indues pour un montant total de 26 349 695 FCFA ; le paiement d’indemnités indues de déplacement et de mission pour un montant total de 3 078 000 FCFA; la minoration des recettes issues de la délivrance des visas et de la vente des timbres fiscaux pour un montant total de 667 199 FCFA et le non-reversement de recettes perçues pour un montant total de 3 810 667 FCFA FCFA… Autant de méthodes outrancières décelées par le Bureau du Vérificateur Général dans la gestion de l’Ambassade du Mali au Caire et qui sont à l’origine des irrégularités financières de plus de 625 millions FCFA (625 938 181F) pendant les exercices 2022, 2023, 2024, 2025 et 2026 (31 mars).
Des irrégularités financières à la pelle
Portée sur les exercices 2022, 2023, 2024 ; 2025 et 2026 (31 mars), la vérification a fait ressortir des irrégularités financières qui s’élèvent à des centaines de millions de nos francs. Une période au cours de laquelle, l’actuel Ambassadeur du Mali au Rwanda, le Général de Brigade Boubacar Diarra, était à la tête de la représentation diplomatique du Mali au Caire, en tant qu’Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire en République arabe d’Egypte. Aussi, il a assuré la représentation diplomatique du Mali auprès d’autres pays comme l’Irak.
Par la suite, le poste d’Ambassadeur du Mali en Egypte a été confié à Samba Alhamdou Baby, actuellement aux commandes. Ce dernier après avoir reçu sa feuille de route stratégique des mains du Président Assimi, en fin novembre 2025, a officiellement présenté ses lettres de créance au président égyptien, le 1er juillet 2026. C’est dire que sa gestion est épargnée par le rapport d’enquête des exercices 2022, 2023, 2024, 2025 et 2026 (31 mars).
En clair, le Général de Brigade Boubacar Diallo, bombardé Ambassadeur du Mali à Kigali et l’ancien Secrétaire Agent Comptable (SAC) Ebbatna Ould Abderahamane, sont liés, de prêt ou de loin, aux irrégularités financières relevées dans la gestion de la représentation diplomatique du Mali au Caire, pendant les périodes 2022, 2023, 2024, 2025 et 2026 (31 mars).
Et coup de théâtre, aujourd’hui, le Général Boubacar Diallo, est l’actuel Ambassadeur du Mali au Rwanda. Et c’est le 6 mars 2026 qu’il a présenté ses lettres de créances au Président rwandais, après avoir reçu sa feuille de route stratégique des mains du Président Assimi, le 29 janvier 2026.
Néanmoins, que dit le rapport de vérification financière? D’après les limiers du BVG, les 625 millions FCFA sont des irrégularités financières qui sont liées, entre autres, à des dysfonctionnements internes. S’y ajoutent, l’octroi d’avantages indus au personnel et des paiements de dépenses fictives. Ainsi que le non-reversement de recettes perçues et le non-reversement des gains de change. Le montant global au détriment du trésor public malien s'élève à 625 938 181 FCFA, un dossier désormais transmis au Procureur du Pôle National Economique et Financier.
Une diplomatie à la dérive
A en croire le rapport d’enquête, l’Ambassadeur malien au Caire, pendant les exercices 2022, 2023, 2024, 2025 et 2026 (31 mars) et le Secrétaire Agent Comptable, ont accordé et payé des avantages indus au personnel de la chancellerie. Ils ont payé mensuellement, en numéraire, des sommes forfaitaires au titre d’heures supplémentaires au personnel contractuel de l’Ambassade, sans justificatifs attestant l’exécution effective desdites heures. De plus, le paiement des heures supplémentaires forfaitaires ne figure pas dans les contrats de travail des agents concernés et lesdites heures ont été payées sur les ressources destinées au paiement des cotisations de sécurité sociale. Ils ont également procédé au paiement, sans base légale, sur les mêmes ressources, de prestations de garde aux agents des services de sécurité égyptiens chargés de la garde de la Chancellerie, pour un montant total de 3 025 568 FCFA. Le montant total des dépenses indues s’élève ainsi à 26 349 695 FCFA.
Par la suite, l’Ambassadeur et son Secrétaire Agent Comptable ont effectué des dépenses fictives. Ils ont décaissé, au titre des loyers, des montants supérieurs à ceux fixés par les contrats en cours. Le montant total de cette majoration irrégulière s’élève à 51 190 829 FCFA. Ils ont également décaissé des fonds pour l’hébergement du Secrétaire d’Ambassade pour la période de janvier à septembre 2024, alors que celui-ci occupait l’appartement situé au 5ème étage du bâtiment de l’Ambassade et ne supportait donc pas de charges locatives. De même, ils ont payé, pour l’appartement de l’Attaché militaire, des loyers supérieurs au loyer forfaitaire symbolique annuel fixé. Le montant total des frais de location fictifs s’élève à 21 962 190 FCFA. Plus grave encore, ils ont pris en charge des frais scolaires pour des enfants du personnel diplomatique qui n’étaient pas inscrits dans des établissements scolaires en Égypte au titre des années scolaires 2023 2024 et 2024-2025. Ils ont, en outre, décaissé des frais scolaires pour des montants supérieurs à ceux communiqués à l’équipe de vérification à la suite de la circulairerisation des écoles concernées. Le montant des frais de scolarité fictifs s’élève à 65 618 866 FCFA au titre de l’année scolaire 2023-2024 et à 83 546 075 FCFA pour l’année scolaire 2024 2025, soit un montant total de plus de 149 millions de nos francs (149 164 941 FCFA). Le montant total des dépenses fictives s’élève à 222 millions (222 317 960 FCFA).
Une gestion comparable à celle d’une épicerie
Autres irrégularités relevées dans la gestion de la chancellerie du Mali en Egypte, l ’Ambassadeur et le Secrétaire Agent Comptable ont effectué des paiements indus d’indemnités de déplacement et de mission. Ils ont payé au personnel diplomatique, lors des missions effectuées dans les autres pays de la juridiction, des indemnités de déplacement et de mission à des taux supérieurs aux taux réglementaires, entraînant une déperdition financière de 3 078 000 FCFA. Pendant ce temps, le Secrétaire Agent Comptable a minoré des recettes issues de la délivrance des visas et de la vente des timbres fiscaux. Du coup, les enquêteurs sont tombés des nues. Ils ont décelé que 24 visas ordinaires ont été délivrés, durant les mois de mai et juin 2025, au prix unitaire de 1 900 Livre Egyptien (LE) au lieu du tarif réglementaire de 2 840 LE fixé par la Décision n°11/AMC-SAC-25 du 10 avril 2025, engendrant une minoration de 22 560 LE. De plus, 500 timbres fiscaux de 500 FCFA ont été vendus au prix unitaire de 1,4 LE au lieu de 14 LE, occasionnant une minoration de 6 300 LE. Le montant total des recettes minorées s’élève à 28 860 LE, correspondant à 667 199 FCFA.
Et comble de la mauvaise gouvernance à l’Ambassade du Mali au Caire, le Secrétaire Agent Comptable n’a pas reversé des recettes perçues. En bloc, il n’a pas reversé la totalité des recettes de chancellerie encaissées ni en banque ni en caisse. Ainsi, durant la période sous revue, il n’a pas tenu de journal de caisse pour l’enregistrement des encaissements de recettes de chancellerie. Aussi, au titre des exercices 2022 (du 21 juin au 31 décembre), 2023 et 2025, sur des recettes encaissées, suivant les quittances émises, d’un montant total de 507 246 LE, il n’a reversé, sur le compte en monnaie locale, que 11 900 LE, soit un montant non reversé de 495 346 LE. Sur ce montant, l’équipe de vérification a déduit 322 611,29 LE au titre des autorisations d’autoconsommation approuvées par la Paierie Générale du Trésor. Le montant des recettes non reversées et non justifiées s’élève à 172 734,71 LE, soit 3 810 667 FCFA sur la base des taux de chancellerie applicables durant la période concernée. Et ce n’est pas tout. Loin s’en faut.
Même le Secrétaire Agent Comptable n’a ni comptabilisé ni reversé les gains de change réalisés à l’occasion de retraits de fonds sur le compte en euros de l’Ambassade. En effet, durant la période sous revue, il a procédé directement à des retraits sur le compte en euros de l’Ambassade et au paiement des dépenses en LE. Ces dépenses ont été comptabilisées aux taux de chancellerie, sans faire apparaître les écarts de change résultant des opérations de conversion. Et le hic qui titille, c’est que le SAC n’a pas fourni à l’équipe de vérification les bordereaux ou reçus attestant de la conversion en LE des montants retirés en euros. Ainsi, les rapprochements et recalculs effectués par l’équipe de vérification, sur la base des taux de change publiés par la Banque Centrale d’Égypte, ont fait ressortir des gains de change non comptabilisés et non reversés d’un montant total de 361 066 488 FCFA. Autant d’entorse à l’orthodoxie financière et qui sont à l’origine des irrégularités financières de plus de 625 millions de nos francs (625 938 181 FCFA) à l’Ambassade du Mali au Caire, pendant les périodes 2022, 2023, 2024, 2025 et 2026 (31 mars).
Les responsables baragouinent, sans convaincre
Lors de la procédure contradictoire, l'Ambassadeur sortant du Mali au Caire, le Géneral de Brigade Boubacar Diallo et le Secrétaire Agent Comptable sortant, Ebatna Ould Abderahamane, ont contesté la majorité des constatations à travers des mémoires explicatifs transmis en juillet 2026. Ils ont évoqué la légitimité des coûts de sécurité, des divergences d'interprétation des textes statutaires, ou encore l'absence de prise en compte des frais annexes de scolarité (transport, manuel).
En revanche, n'ayant pas apporté les pièces probantes indispensables pour annuler les faits reprochés, leurs arguments ont été écartés. D’où des dénonciations de faits par le Vérificateur général au Président de la Section des Comptes de la Cour Suprême et au Procureur de la République du Pôle National Economique et Financier.
Jean Pierre James
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