Lieutenant-Colonel de Police Mme Traoré Assitan Traoré : Un Combat Contre la Toxicomanie Féminine au Mali

« La toxicomanie est une maladie, tout comme le cancer ou toute autre affection. Les personnes dépendantes doivent être accompagnées, et non rejetées. » Telle est la conviction du Lieutenant-Colonel de Police, Mme Traoré Assitan Traoré, présidente de l’Association de Lutte contre la Toxicomanie Juvénile et Féminine (ATOFEJU

3 Mar 2026 - 10:11
3 Mar 2026 - 16:56
 4
Lieutenant-Colonel de Police Mme Traoré Assitan Traoré : Un Combat Contre la Toxicomanie Féminine au Mali
Lieutenant-Colonel de Police, Mme Traoré Aissata Traoré, présidente de l’Association de Lutte contre la Toxicomanie Juvénile et Féminine (APFJ).

Ayant exercé à l’Office Centrale des Stupéfiants, Mme Traoré Assitan  Traoré a observé une réalité préoccupante : « l’accompagnement et la prise en charge des consommateurs de drogues sont souvent banalisés, voire ignorés au Mali. » Elle souligne que la plupart des usagers interpellés sont envoyés en prison, ce qui, selon elle, favorise davantage la consommation de stupéfiants. C'est partant de cette triste réalité qu’est née l’association, en partenariat avec des acteurs civils.

Créée en 2016, l’Association de Lutte Contre la Toxicomanie Féminine, située à Moribabougou, se donne pour mission de « sensibiliser et former les citoyens sur les dangers de la toxicomanie, tout en assurant la prise en charge des personnes dépendantes ». Mme Assitan Traoré met un accent particulier sur le rejet dont souffrent souvent les consommateurs de drogues, ainsi que sur le manque de connaissance des jeunes concernant les effets néfastes des stupéfiants. « La drogue est la mère de tous les crimes, » déclare-t-elle, insistant sur le fait que chasser un jeune consommateur n'est pas la solution. Au contraire, il a besoin d'être accompagné pour se réinsérer dans la société, défend-elle.

Pour y parvenir, elle table sur l’approche communautaire. En effet, son association a fait de la lutte contre la toxicomanie son fer de lance. Aussi, travaille-t-elle à démystifier la toxicomanie en éduquant les jeunes sur les dangers de la drogue ; à faire comprendre aux parents qu'un enfant consommateur n'est ni « un délinquant », ni « un enfant maudit » à rejeter, mais plutôt « une victime » qui a besoin de soins adaptés.

Prise en Charge au sein de l’association

Selon Mme Traoré Assitan  Traoré, la prise en charge de la toxicomanie nécessite une démarche multi-acteurs comprenant le psychologue, le sociologue, un centre d’hébergement adapté, voire le psychiatre au besoin. En plus de ses activités de sensibilisation dans les écoles et autres espaces publics, l’ ATOFEJU au sein de son centre, procède à la prise en charge des toxicomanes. En moyenne, il reçoit environ deux patients (homme et femme) par mois pour des problèmes liés à la consommation de stupéfiants. Ils sont écoutés par différentes personnes, notamment le psychologue et la chargée de la désintoxication.

La Prise en Charge Psychosociale de l’ ATOFEJU

Cheick Oumar Sissoko, psychologue de l'Association des Jeunes Psychologues du Mali, explique que la consommation chronique de substances psychoactives entraîne des troubles psychologiques et neurologiques, et que les jeunes consommateurs souffrent souvent de problèmes relationnels dus à une carence de communication avec leurs familles, ce qui, selon lui, les mène à l'isolement et à des conflits. Aussi, il met en avant l'importance du dialogue entre le patient et son entourage pour faciliter la guérison.

Au centre, une approche psychosociale holistique est adoptée, visant à soutenir le consommateur. Faute de ressources, le centre n’a jusqu’à présent, pas la capacité d’héberger ses patients. Pour cela, il collabore avec d’autres structures comme le centre de désintoxication situé à Sébénikoro en commune IV du District de Bamako, où les patients sont internés, suivis psychologiquement et reçoivent leurs traitements.

Appel à la mobilisation

Mme Traoré appelle à une prise de conscience collective concernant la toxicomanie. « Les consommateurs doivent être protégés et non réprimés, » affirme-t-elle, plaidant pour une révision des lois en vigueur au Mali. Car, pour Mme Traoré, ces lois méritent d’être révisées  afin de prendre en compte l’évolution internationale, notamment les Résolutions 73/192 de 2018 et 75/201 de 2020, qui prônent des politiques de drogue plus humaines et axées sur la santé, notamment la fourniture de services de santé, d'éducation et de soutien aux personnes victimes des drogues.

 Par ailleurs, Mme Traoré insiste sur l'importance de l'éducation des parents et l'implication de la communauté dans la lutte contre la drogue. « Il faut avoir pitié des drogués, » crie-t-elle, ajoutant que ceux-ci doivent être considérés comme des malades nécessitant des soins spécifiques. Par ailleurs, elle invite à une mobilisation générale dans cette lutte, impliquant l'État, les communautés et, surtout, les femmes, qu’elle encourage à s’en approprier. « Je veux surtout que les femmes fassent de ce combat le leur. Toutes les femmes, les mères, doivent s'engager, » maintient-elle, déclarant : « ne chassons pas les drogués, mais accompagnons-les sur le chemin de la guérison ».

 

Khadydiatou SANOGO/maliweb.net