George Weah, de la pauvreté au Ballon d'Or avec l'AC Milan : "La misère et la faim, on ne les oublie pas" Voici comment le football l'a sauvé
Une histoire unique, sur et en dehors des terrains
George Weah est considéré comme l'un des plus grands footballeurs africains de l'histoire. Attaquant de légende, il a marqué les esprits en France sous les couleurs de Monaco et du PSG , puis en Italie avec l' AC Milan , avant de clore sa carrière à Manchester City et à Al-Jazira .
Ses origines au Libéria sont pourtant marquées par la faim, la pauvreté et une enfance terriblement difficile, comme il l'a rappelé une fois de plus dans une interview récente, où il a souhaité retracer les étapes les plus marquantes de sa vie.
Les origines, la pauvreté et la faim
"L'odeur de la misère, on ne l'oublie pas. Elle vous colle à la peau. Elle pénètre vos poumons. Elle vous marque au fer rouge. Nous ne vivions pas, nous survivions. Nous étions quatorze entassés dans une pièce qui n'était pas une maison, mais une prison sans barreaux"
"Ma grand-mère Emma trônait sur l'unique lit comme une reine sans royaume, tandis que nous treize, nous étions allongés à même le sol, les uns contre les autres, comme des sacs de viande portant un nom."
"Mes parents avaient disparu, dissous dans le néant de propres choix. Ce qui nous tenaient leurs ensemble, c'était elle, ma grand-mère, qui louait le moindre recoin de la maison pour nous mettre quelque chose dans l'estomac. Et ce "quelque chose", c'était toujours pareil, du riz. Rien que du riz. On ne le mange pas, on l'avale. On l'accepte. On le déteste."
"La faim n'est pas une simple gêne. La faim est un animal qui vit en vous et vous ronge l'âme. Je n'ai jamais volé. Mais si j'avais eu une bouchée sous les yeux et que mon estomac hurlait, peut-être l'aurais-je fait. La faim est capable de transformer n'importe qui."
Le football comme sauveur
"Puis, le football. Pas une passion, une échappatoire à ma condamnation. À l'AC Milan, à Milanello, je voyais mes coéquipiers passer le temps entre cartes, billard et journaux. Ils vivent dans leur bulle, dans le ballon. Ils respirent football."
"Moi, non. Au coup de sifflet final, je me vidais. Le football s'arrêtait, et la guerre recommençait dans ma tête. Chaque match était un anesthésiant de 90 minutes. Et quand l'effet se dissipait, les fantômes revenaient, les morts de la guerre civile au Libéria. Des amis, des cousins, des enfants qui avaient grandi avec moi et qui n'étaient plus là."
"Le ballon m'a sauvé, mais il ne m'a jamais guéri. Et ce même Liberia qui m'avait tout pris, m'a un jour fait président."
"Du sol froid d'une pièce remplie de désespoir au palais du pouvoir : ce n'est pas un miracle, c'est la preuve que rien ne peut arrêter celui qui refuse de se rendre."
Une histoire unique, faite de souffrance, de pauvreté, de faim, mais aussi de revanche sociale et du VRAI sens du mot résilience, un garçon qui n'avait rien, si ce n'est la force de sa volonté et l'envie de se battre, et qui, grâce au football et à ses valeurs, est devenue le symbole de toute une nation.
L'année 1995 reste inoubliable : en décembre, il a reçu le Ballon d'Or , la première année où le prix fut ouvert aux joueurs non européens. George Weah est ainsi devenu le premier footballeur non-européen à remporter le trophée le plus convoité au monde.