La valorisation des patrimoines culturels africains était le week-end dernier au cœur d’un colloque international que notre pays vient d’abriter. Occasion d’aborder les défis qui se posent à ces structures sur le continent à travers des thèmes riches et variés.
Le Centre international de conférences de Bamako (ex Palais des congrès) a abrité avant-hier et hier un colloque international dédié à la valorisation des patrimoines culturels africains. Organisé en clôture du projet intitulé «Afrique : Musées et patrimoines pour quels publics », il a vu la participation d’éminents conférenciers venus d’Afrique et d’Europe. Deux jours durant, les participants ont échangé autour de thèmes touchant entre autres les aspects anthropologiques, historiques et sociologiques des musées sur le continent.
L’un des temps forts du colloque a été l’intervention du directeur du musée national du Mali, Samuel SIDIBE. Entrant dans le vif du sujet, le conférencier relèvera que les défis qui se posent aux musées ont pour nom essentiellement de situer leurs actions auprès du public et de veiller à maintenir la fidélité en plus de renouveler sans cesse les visiteurs. Dans la même veine des difficultés, il a évoqué la faiblesse structurelle liée à l’absence de véritables politiques culturelles nationales, le manque de professionnalisme et la rareté des moyens financiers. A cela s’ajoute, note le conférencier, la méconnaissance du rôle véritable des musées, leur principale clientèle étant constituée de touristes étrangers.
Face à ces écueils persistants, Samuel SIDIBE a rappelé les pistes balisées par les rencontres internationales des musées à Accra et Cotonou en 1981 avec comme thème : « Quels musées pour l’Afrique ? Patrimoine en devenir ». A l’occasion, il avait été préconisé : l’autonomie des musées, la collaboration régionale entre musées, la formation spécialisée pour les conservateurs, les techniciens et les éducateurs de musées. Pour ce qui est de l’orientation pour l’avenir, le musée africain du futur est défini comme un outil pour l’éducation du public, une entreprise plus ouverte qui, en plus du souci historique de sauvegarder le patrimoine traditionnel, devra prendre de nouvelles initiatives en matière de recherche, de documentation, de constitution de collections, de conception d’expositions... Dès lors, estime le conférencier, le débat n’est pas quel modèle de musée européen ou africain, mais surtout quels patrimoines ? Et pour qui ? Les réponses à ces questions étant les seuls fondements du projet de musée où que l’on se trouve.
Parlant du cas spécifique du musée du Mali, à l’instar d’autres en Afrique de l’Ouest, il a été mis en place en 1953 en étant le reflet de la vision que l’ethnographie avait des cultures africaines. Les principes étant : une vision restrictive des cultures limitées aux objets religieux ou de pouvoir, une approche de la culture avec comme critère de tradition et l’authenticité, une catégorisation ethnique des productions culturelles. Toutes choses qui ont eu comme conséquence de susciter un certain désintérêt chez nos compatriotes qui voient dans le musée «l’endroit où l’on conserve les vieilles choses ». En vue de corriger ce dysfonctionnement, dira M. SIDIBE, des actions sont en cours en termes de constitution d’une importante documentation audiovisuelle sur les diverses traditions et des collections thématiques sur les textiles, la poterie, le patrimoine musical ; toutes productions directement en relation avec la vie quotidienne des populations. L’objectif final étant que l’offre culturelle réponde à la diversité des attentes.
Des thèmes portant entre autres sur le musée post colonial et la coopération internationale ; le concept et mode de transmission du patrimoine chez les bambara ; le public et muséographie ; quels musées pour les jeunes, ont été également débattus au cours du présent colloque. A noter que le présent projet bénéficie du soutien financier du programme « Culture 2000 » de la Commission européenne ainsi que de l’appui technique de nombreuses structures nationales et étrangères.
Par Bertin DAKOUO