Courses hippiques : Les parieurs maliens vibrent au rythme de Casablanca
Les courses marocaines trouvent leur public au Mali
Dans les "Points courses en direct" (PCD) de Bamako, et partout à l'intérieur du Mali, les écrans s'allument dès la mi-matinée, vers 10 heures. Les parieurs, dont certains sont là depuis 9 heures, entrent dans les salles de jeu, retirent les programmes du jour, prennent places sur les bancs et chaises, et fixent les nombreux écrans où les noms des chevaux fusent dans un mélange de français, de bambara, de sonrhaï et d'argot turfiste. Pourtant, ce ne sont plus seulement les hippodromes français et européens qui captent l'attention. Depuis quelque temps, les regards sont aussi tournés vers le Maroc, où se disputent des courses devenues familières aux parieurs maliens.
e partenariat entre PMU-Mali et la Sorec, la Société royale d'encouragement du cheval, marque un tournant discret mais réel dans les habitudes de jeu au Mali. Les courses marocaines, diffusées en direct, se sont progressivement imposées comme une alternative crédible, plus proche culturellement et géographiquement, et surtout mieux adaptée aux rythmes locaux.
Une offre plus accessible, une appropriation rapide des turfistes
Dans l'agence PCD de Niamakoro (ex-agence Petro Golf) de Bamako, Habib, parieur régulier, explique : "Avant, on attendait surtout les réunions françaises, notamment le Quinté du jour. Mais parfois les horaires ne nous arrangeaient pas. Les courses marocaines, particulièrement le Quinté, tombent mieux dans la journée. On peut jouer tranquillement, suivre en direct et encaisser nos sous".
Ce décalage horaire plus favorable n'est pas un détail. Les réunions marocaines se disputent souvent en plein après-midi, pile au moment où les points de vente sont les plus fréquentés. Résultat : une fréquentation accrue et un chiffre d'affaires qui se maintient même entre les grandes réunions européennes.
Pour le PMU-Mali, l'enjeu est clair : diversifier l'offre tout en
conservant l'engouement populaire pour les paris hippiques.
Au fil du temps, les noms des hippodromes marocains sont entrés dans le vocabulaire des parieurs : Casablanca, Settat, Meknès, Anfa, etc. Certains parlent de plus en plus "d'étudier les chevaux marocains" comme ils le font pour les quintés français.
"Au début, on jouait au hasard parce qu'on n'avait pas de programme, ni aucune donnée sur les courses. Il n'y avait même pas d'écrans dédiés aux courses marocaines. On jouait les yeux bandés, en quelque sorte", reconnaît Barry, un habitué des quintés. "Maintenant, on regarde les performances, les entraîneurs, les jockeys. On a nos favoris. Le seul handicap à signaler, c'est que les commentaires à l'écran sont faits en langue arabe". Cette appropriation progressive montre que les parieurs ne consomment pas seulement un produit, ils construisent une culture du jeu. Les discussions s'animent autour des côtes, des surprises, des arrivées serrées. Les tickets gagnants circulent comme des trophées improvisés.
L'économie relancée
Au-delà du jeu, c'est tout un micro-écosystème qui en bénéficie. Entre propriétaires et gérants des PCD, guichetiers, vendeurs de programmes, petits vendeurs d'eau, d'arachide, de brochette, de cigarette, de boisson, la diffusion plus fréquente de courses maintient l'activité tout au long de la journée.
"Depuis l'avènement des courses marocaines, on vend plus de tickets", confirme une gérante de point courses à Tabacoro. "Les clients restent, rejouent, discutent. L'ambiance est meilleure". Dans un contexte économique parfois tendu, cette régularité constitue un souffle non négligeable pour ces petits commerces.
Vers une nouvelle habitude turfiste
Si les grandes compétitions françaises gardent leur prestige, les courses marocaines semblent désormais solidement ancrées dans le quotidien des parieurs maliens. Une habitude née, presque naturellement.
A mesure que les écrans diffusent les départs depuis Casablanca ou Rabat, les applaudissements et les exclamations ne connaissent plus de frontières. Pour beaucoup, l'hippisme marocain n'est plus un produit étranger : il fait désormais partie du paysage. Et dans les points courses de Bamako, quand un cheval surgit à la corde dans les derniers mètres, qu'il soit français ou marocain, l'émotion reste la même : celle du pari qui peut tout changer.
El Hadj A.B.HAIDARA