Secteur minier : "L'audit des sociétés minières a permis de recouvrer 761 milliards de F CFA d'arriérés"
Lors d'un point de presse consacré à l'assainissement du secteur minier, le ministre des Mines, Pr. Amadou Kéita, a présenté les principales réformes engagées par le Mali en matière de souveraineté, de transparence et de partenariat avec les investisseurs.
Il a notamment annoncé le recouvrement de 761 milliards de F CFA d'arriérés à la suite de l'audit des sociétés minières, tout en réaffirmant la volonté des autorités de faire respecter les textes en vigueur. "L'assainissement du secteur minier au Mali : souveraineté, transparence et partenariat gagnant-gagnant". Tel était le thème de cette rencontre organisée par le ministre des Mines, Pr. Amadou Kéita. L'occasion pour lui de présenter les nombreuses réformes et les acquis du secteur minier.
D'entrée de jeu, le ministre a tenu à préciser qu'assainir ne signifie pas fermer la porte, mais plutôt la laisser ouverte à ceux qui respectent les règles. Selon lui, depuis 2023, le Mali s'est doté d'un nouveau Code minier et d'une loi relative au contenu local. Leur objectif tient en une phrase : faire en sorte que la richesse du sous-sol malien profite d'abord aux Maliens, sans décourager les investisseurs qui la valorisent.
La participation des intérêts maliens peut désormais atteindre 35 % du capital des projets, avec une part réservée aux investisseurs nationaux.
A l'en croire, un audit des sociétés minières a permis de recouvrer 761 milliards de F CFA d'arriérés. "Depuis le 28 novembre 2022, nous avions suspendu le traitement des demandes de titres afin de nettoyer le cadastre minier, un travail de fond que nous menons à son terme", a-t-il révélé.
Pour le conférencier, trois principes guident cette démarche : "La souveraineté : le sous-sol appartient au peuple malien, et l'Etat en est le garant (article 42 de la Constitution de 2023). La transparence : nous publions les chiffres, nos décisions et leurs motifs, et nous les soumettons à la lecture de l'Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE-Mali). Le partenariat gagnant-gagnant : une société qui investit au Mali doit pouvoir gagner de l'argent et le Mali doit en tirer sa juste part". "Ces trois principes ne s'opposent pas. Ils se tiennent", a précisé le ministre Kéita. Il a également indiqué qu'en octobre 2025, 90 permis de recherche dont les titulaires n'avaient pas produit les documents exigés par les textes en vigueur avaient été annulés.
"D'autres annulations suivront. La vérification des titres se poursuit et les permis dont les titulaires ne remplissent pas leurs obligations seront annulés dans les mêmes conditions, dans les semaines et les mois qui viennent. Ces décisions ne visent ni une nationalité ni un secteur. Elles visent l'inaction et le non-respect des textes nationaux en la matière", a martelé le conférencier.
Les chiffres clés de 2025 et de 2026
Le conférencier a présenté plusieurs chiffres clés relatifs à la production aurifère. "En 2025, la production industrielle d'or a reculé de 22,9 % : 42,2 tonnes, contre 54,8 tonnes en 2024. L'explication est connue : le complexe de Loulo-Gounkoto, notre premier site, n'a produit que 5,5 tonnes, contre 22,5 tonnes un an plus tôt. Mais la valeur a tenu. En 2025, nos exportations d'or ont atteint 2750 milliards de F CFA, contre 1 610 milliards en 2024.
Les sociétés minières ont versé à l'Etat 940 milliards de F CFA, un record, pour la quantité d'or produite (42 tonnes), contre 978 milliards de F CFA pour 55 tonnes. Les impôts en représentent un peu plus des deux tiers et les dividendes de nos participations près d'un quart", a soutenu le conférencier.
Pour 2026, a-t-il poursuivi, la production est repartie à la hausse au premier semestre. La production industrielle d'or atteint 23,5 tonnes, contre environ 18 tonnes un an plus tôt, soit une progression de plus de 30 %, supérieure à la prévision de 21,2 tonnes.
"Fekola a produit 8,85 tonnes. Loulo a produit 6,9 tonnes, soit déjà plus que sur toute l'année 2025. Notre objectif pour 2026 est de 43,2 tonnes, et nous sommes en bonne voie pour l'atteindre. Le lithium a rejoint l'or. Goulamina exporte depuis juin 2025. La mine de Bougouni, inaugurée le 3 novembre 2025, a expédié son premier chargement le 1er décembre 2025 et a produit 53 195 tonnes de concentré de spodumène de janvier à juin 2026. Ensemble, ces deux mines nous portent vers une capacité de 590 000 tonnes de concentré en 2026", a indiqué le ministre Kéita.
Le ministre des Mines a également présenté les chiffres clés du Fonds minier de développement local, alimenté par les contributions des titulaires de titres d'exploitation et des exploitants industriels de carrières. Ce fonds a enregistré plus de 18,4 milliards de F CFA au titre de l'exercice 2025.
Selon le ministre, le Fonds de financement des infrastructures énergétiques, hydrauliques et de transport, alimenté par les contributions des sociétés minières, a mobilisé 109,14 milliards de francs CFA entre le 1er janvier 2025 et le 30 juin 2026. Ces ressources contribuent au financement des routes, des voies ferrées et des infrastructures énergétiques du pays. Aux sociétés minières installées au Mali, le ministre a adressé un message de confiance.
Dans son intervention, le ministre a expliqué que le Code minier de 2023 a créé le Commissariat chargé des activités minières (CCAM), placé auprès du chef de l'Etat. Son rôle consiste à coordonner, suivre et évaluer la mise en œuvre de la politique minière, ainsi qu'à éclairer les décisions des plus hautes autorités. Son comité technique se réunit trois fois par an. Il examine les dossiers techniques et stratégiques, favorise la concertation entre les administrations concernées et transmet ses recommandations au Conseil stratégique présidé par le chef de l'Etat. "Toute société qui estime qu'une décision lui porte un préjudice peut saisir le ministère, qui répondra par écrit et motivera sa position. Nous connaissons vos contraintes. Les difficultés logistiques et sécuritaires pèsent sur la production, et nous ne les sous-estimons pas. Elles restent suivies avec les autorités compétentes, dans un échange régulier avec vous", a rappelé le chef du département des Mines.
Au cours de cette rencontre, un message de fermeté a été adressé à tous ceux qui exploitent l'or ou d'autres substances minérales sans titre minier, sans autorisation requise, en violation des périmètres autorisés ou en dehors de toute réglementation.
Le Mali, une destination minière sûre
Le ministre Kéita a poursuivi en affirmant que notre pays est une destination sûre et figure parmi les grands producteurs d'or du continent. "Avec Goulamina et Bougouni, [le Mali est devenu] un acteur du lithium. Des projets sont lancés : le permis d'exploitation de Ménankoto, accordé à B2Gold, doit porter Fekola Régional à plus de 150 000 onces additionnelles par an à partir de 2028. Kobada, porté par Toubani Resources, vise sa première production d'or en 2027, avec environ 162 000 onces par an. Et plus de vingt permis de recherche viennent d'être renouvelés : le cadastre se rouvre", a déclaré le ministre.
Il a également annoncé la création d'une Ecole des mines et du pétrole, destinée à former les compétences dont le secteur a besoin, ainsi que d'une Agence pour la recherche et le développement des ressources minérales, chargée d'approfondir la connaissance de la géologie du pays.
Le conférencier a rassuré les investisseurs, les explorateurs et les sociétés de services, en affirmant que le Mali leur offre un potentiel géologique réel, un cadre légal clair et des règles identiques pour tous. Le Mali, a-t-il assuré, est un Etat qui honore ses engagements. Le département prévoit d'organiser ce rendez-vous avec la presse chaque trimestre.
Kassoum Théra
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