Dr. Alphonse Zozime Tamekamta à propos du 1er anniversaire de la fête de l'unité au Maroc : "Au plan diplomatique, la résolution 2797 a renforcé le consensus international et amplifié une dynamique multilatérale
"Avec la Résolution 2797, toutes les ambiguïtés entretenues depuis des décennies sont irrévocablement écartées au profit de l'autonomie sous souveraineté marocaine"
A l'occasion du premier anniversaire de l'adoption de la Résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations unies, Dr. Alphonse Zozime Tamekamta analyse la portée politique et diplomatique de ce texte. Professeur d'histoire des relations internationales à l'université de Yaoundé, au Cameroun, et responsable du Comité scientifique du Centre marocain de recherche sur la globalisation (NejMaroc), il revient sur les perspectives de négociation et les prochaines étapes susceptibles de conduire à un règlement durable de la question du Sahara marocain.
Aujourd'hui-Mali : Le 31 octobre 2025, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté la Résolution 2797 relative au Sahara. Un an après, quelle est, selon vous, la portée politique et diplomatique majeure de cette résolution pour le Maroc ?
Dr. Alphonse Zozime Tamekamta : Le vote de cette résolution, intervenu dans un contexte marqué par la célébration du 50e anniversaire de la Marche Verte, a couronné plusieurs décennies d'actions graduelles menées à toutes les échelles de la diplomatie internationale par les autorités marocaines, sous la conduite de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Il a consacré une nouvelle étape, longtemps attendue par les partenaires du Maroc et la communauté internationale.
De façon non exhaustive, plusieurs pays africains ont accueilli avec une grande satisfaction l'adoption historique de la Résolution 2797 par le Conseil de sécurité. C'est notamment le cas du Niger, du Ghana, de la Sierra Leone, du Malawi et de la Gambie. Par ailleurs, les maires de Montpellier et de Perpignan, Michaël Delafosse et Louis Aliot, issus de bords politiques opposés, ont également salué publiquement ce qu'ils considèrent comme une avancée décisive en faveur du Royaume.
Sur le plan politique, la Résolution 2797 a permis de redéfinir le cadre des négociations en consacrant le plan d'autonomie proposé par le Maroc en 2007 comme base de discussion. De même, l'hypothèse d'un référendum, jugée inapplicable, est écartée au profit d'un compromis présenté comme réaliste et pragmatique, sous souveraineté marocaine.
Sur le plan diplomatique, la Résolution 2797 a renforcé le consensus international et amplifié une dynamique multilatérale. Le résultat du vote en dit long : 11 voix pour (Corée du Sud, Danemark, États-Unis, France, Grèce, Guyana, Panama, Royaume-Uni, Sierra Leone, Slovénie et Somalie), trois abstentions (Chine, Pakistan et Russie), aucune voix contre et une non-participation, celle de l'Algérie.
Les trois abstentions témoignent de la persistance de certains déséquilibres et divergences géopolitiques au sein du Conseil de sécurité, même si ceux-ci semblent moins marqués. Il est également utile de rappeler que la Résolution 2797 identifie clairement les quatre parties concernées par le différend - le Maroc, l'Algérie, la Mauritanie et le Front Polisario - et les appelle à s'engager dans des discussions directes, sans conditions préalables. Enfin, cette résolution a prolongé jusqu'au 31 octobre 2026 le mandat de la Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental (Minurso).
Cette résolution met en avant le plan d'autonomie proposé par le Maroc comme base de négociation. En quoi cette orientation constitue-t-elle une évolution importante dans les efforts internationaux visant à parvenir à un règlement politique de la question du Sahara ?
La Résolution 2797 du 31 octobre 2025 constitue une évolution importante parce qu'elle établit un nouveau cadre opérationnel et politique. Elle marque une rupture historique en fermant la porte aux ambiguïtés du passé entretenues par certains pays, en redéfinissant les parties impliquées dans le conflit et en inscrivant la souveraineté marocaine dans une continuité étatique que l'histoire, la sociologie et le droit, entre autres disciplines, viennent étayer.
Désormais, avec la Résolution 2797, toutes les ambiguïtés entretenues depuis des décennies sont irrévocablement écartées au profit de l'autonomie sous souveraineté marocaine, considérée comme l'unique base de négociation pour parvenir à une solution politique réaliste, placée sous le signe du compromis.
Au-delà de sa portée diplomatique, quelles sont les prochaines étapes que le Royaume du Maroc doit privilégier pour traduire cette dynamique onusienne en avancées concrètes vers une solution durable ?
Trois étapes essentielles et complémentaires, engagées depuis quelques mois, doivent, à notre avis, être maintenues afin de renforcer la dynamique onusienne et de concrétiser les avancées obtenues. D'abord, l'élaboration d'une vision intégrée, actualisée et détaillée de l'initiative d'autonomie au Sahara marocain, dans le cadre de la souveraineté marocaine, conformément à la proposition présentée par le Maroc au secrétaire général de l'ONU le 11 avril 2007.
Avant-gardiste dans son approche, le Roi a appelé à agir avec célérité, en ces termes : "Dans le droit fil de la résolution onusienne, le Maroc procédera à l'actualisation et à la formulation détaillée de la proposition d'autonomie en vue d'une soumission ultérieure aux Nations unies. En tant que solution réaliste et applicable, elle devra constituer la seule base de négociation".
Cette volonté royale a rapidement commencé à se traduire dans les faits, notamment à travers la réunion du 10 novembre 2025 au Cabinet royal, présidée, sur ordre du Souverain, par ses conseillers MM. Taib Fassi Fihri, Omar Azziman et Fouad Ali El Himma. Cette rencontre a réuni les chefs des partis nationaux représentés dans les deux Chambres du Parlement, en présence du ministre de l'Intérieur et du ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l'étranger.
Autrement dit, la nouvelle résolution réoriente formellement le processus onusien en plaçant les négociations dans le cadre du plan d'autonomie marocain. Cette victoire diplomatique, longtemps espérée, ouvre une nouvelle séquence, plus exigeante, plus engageante et moins visible : celle de la mobilisation des énergies, des volontés et des expertises autour de l'ingénierie juridique, du détail institutionnel et de l'élaboration d'un projet concret et actualisé.
Ce travail d'envergure s'inscrit dans la continuité des missions assignées au Corcas, une instance formelle fondée sur plusieurs principes : la représentativité, l'équilibre tribal, l'inclusion de la nouvelle élite, l'association de la société civile ainsi que l'implication des jeunes et des femmes.
Ensuite, le maintien du format des tables rondes quadripartites, conformément à l'approche préconisée par les Nations unies. Rabat doit continuer à récuser toute approche bilatérale et exclusive, qui serait inefficace, et insister sur la participation active et de bonne foi des quatre parties reconnues par l'ONU : le Maroc, l'Algérie, la Mauritanie et le Front Polisario.
Les cadres de négociation et les discussions diplomatiques, comme celles organisées sous l'égide des Etats-Unis à Madrid, les 8 et 9 février 2026, puis à Washington, les 23 et 24 février 2026, doivent être multipliés. Des cadres similaires méritent d'être mis en place avec la collaboration de l'envoyé personnel du secrétaire général des Nations unies.
Enfin, la poursuite et la consolidation du développement local dans les provinces du Sud. Depuis plusieurs années, des investissements importants y sont réalisés, faisant de ces territoires un pôle économique dynamique, multipolaire et intégré, et contribuant à illustrer la viabilité du projet d'autonomie.
L'ampleur des investissements engagés pour promouvoir le développement, moderniser les infrastructures et renforcer la connexion de ces territoires à leur environnement africain est considérable. Ces investissements contribuent à relier les économies, à faciliter les échanges et à renforcer l'intégration de l'Afrique de l'Ouest et du Sahel.
Le port atlantique de Dakhla, les infrastructures énergétiques et le gazoduc Afrique-Atlantique illustrent cette dynamique.
La question du Sahara demeure au cœur des débats diplomatiques régionaux. Selon vous, comment le Maroc entend-il poursuivre le dialogue avec les différentes parties concernées, dans le respect du cadre des Nations unies, afin de favoriser un règlement politique ?
En attendant la prochaine résolution, dont le vote doit intervenir ce vendredi 30 octobre 2026, le Maroc entend poursuivre le dialogue en vue du règlement politique de la question du Sahara, en s'appuyant principalement sur son plan d'autonomie actualisé, désormais présenté comme l'unique base réaliste de négociation consacrée par l'ONU.
À la lumière du résultat du vote de la Résolution 2797 du 31 octobre 2025, adoptée par 11 voix, avec trois abstentions et aucune voix contre, une évidence se dégage : la quasi-totalité des membres du Conseil de sécurité a approuvé le texte, dans un contexte d'adhésion internationale croissante au projet marocain d'autonomie. Il faut donc passer à l'étape suivante.
Dans cette perspective, le Maroc entend, conformément aux orientations de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, exprimées dans son adresse à la nation du 31 octobre 2025, qui rappelait qu'il y aurait un avant et un après le 31 octobre 2025, engager une rupture stratégique renforcée. Il s'agit de dépasser la simple gestion du conflit pour évoluer vers son règlement définitif, selon l'approche défendue par Omar Hilale. Autrement dit, il faut passer d'une gestion indéfinie du différend à une dynamique résolument orientée vers son règlement définitif.
Propos recueillis par El Hadj A. B. HAIDARA
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