FONCIER A BAMAKO ET ENVIRONS : A Niamana, des vivants envahissent le domaine des morts

La question du foncier devient de plus en plus une équation à mille inconnues dans la capitale et ses alentours. A cheval entre Yirimadio et Niamana, un espace, réservé au cimetière, a été morcelé et vendu. A Bamako, les vivants commencent à chasser les morts...

6 Sep 2006 - 20:50
6 Sep 2006 - 20:50
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La question du foncier devient de plus en plus une équation à mille inconnues dans la capitale et ses alentours. A cheval entre Yirimadio et Niamana, un espace, réservé au cimetière, a été morcelé et vendu. A Bamako, les vivants commencent à chasser les morts de leur habitat.

La nature, dit-on, a horreur du vide. Lors du lotissement de Niamana, à quelque 20 km de Bamako sur la route de Ségou, dans la Commune rurale de Kalabancoro en 1978, un emplacement avait été réservé au cimetière. Mais depuis, informe-t-on, les populations n’arrivent pas à enterrer leurs morts sur le site au motif qu’il est rocailleux. Dans la pratique, elles ont fait recours à un autre emplacement pour les inhumations.

Plus de 20 ans après, au lieu que l’espace reste vacant, des populations ont demandé et obtenu de la mairie de Kalabancoro son changement de vocation. Autrement dit, le transformer en lots à usage d’habitation.

« Ce sont les villageois eux-mêmes qui ont émis le vœu de voir le site du cimetière transformé en parcelles à usage d’habitation. Nous, au niveau du conseil et en pareilles circonstances, on ne peut que délibérer pour demander le changement de vocation. C’est ce que le conseil a fait. Le conseil communal a délibéré pour changer la vocation du cimetière. Compte tenu de la nature du sol, les populations ne pouvaient pas s’en servir comme cimetière. De 1978 à maintenant, l’espace n’a pas été utilisé. C’est ainsi qu’après notre délibération, nous avons demandé à la préfecture de changer la vocation du site », explique Lamine Sangaré, 1er adjoint au maire de la commune de Kalabancoro.

Toutefois, il affirme que la mairie n’a pas encore vendu un centimètre carré du site. « Nous n’avons pas attribué de parcelles à Niamana. Le transfert n’est pas arrivé à ce stade. Les attributions effectuées à Kalabancoro sont des attributions du préfet de Kati. Notre part de responsabilité, s’il faut s’assumer, c’est d’avoir délibéré sur le changement de vocation », ajoute M. Sangaré.

Usurpation ?

Selon lui, la vente de l’espace réservé au cimetière n’est pas mal en soi. « Un seul individu pourrait s’accaparer de la parcelle. Il y avait beaucoup de velléités sur le site en question. Le fait de le morceler a été une bonne chose. Tous les actes posés par la mairie ont été inspirés des actes réglementaires et législatifs ».

A Niamana, le maire délégué, Amadou Sacko affirme ne pas être au courant des choses. « Je ne gère pas les rumeurs. Nous gérons simplement l’état-civil, délivrance des actes de naissance, déclaration de mariage, certificats de décès et de vie collective ».

Même son de cloche du côté du chef de village, Hamidou Traoré qui estime qu’il n’est impliqué ni de près ni de loin à cette vente de parcelles sur le site réservé au cimetière. « Personne n’est venue me demander mon point de vue. Je n’ai aussi rien demandé à quelqu’un. Comme beaucoup d’ailleurs, j’ai été surpris de voir des géomètres sur le terrain. Je ne suis pas le seul à mourir et c’est irréfléchi que l’espace réservé pour notre dernière demeure soit utilisé à d’autres fins », s’indigne-t-il.

Aujourd’hui, à Niamana, les morts sont enterrés sur l’espace réservé au marché. Des résidents, à l’instar de Modibo Coulibaly, cultivateur ne cachent pas leur amertume et parlent de trahison. « Nous ne trouvons pas sérieux ce comportement des autorités. Une chose est sûre, ceux qui ont vendu et acheté ces parcelles vont enterrer leur mort dans leur coffre ».

En attendant, nos investigations auprès des autorités communales et des populations n’ont pas permis de savoir combien de lots ont été vendus et le coût de cession de la parcelle.

Mohamed Daou