À l'ONU, le Mali réclame une organisation "refondée" et dénonce le soutien de l'Ukraine aux groupes terroristes
Porté à la tribune de la 81e Assemblée générale des Nations unies par le ministre Diop, au nom du président Assimi Goïta, le message du Mali a mêlé plaidoyer pour un multilatéralisme réformé, accusations directes contre l'Ukraine et l'OTAN, et défense d'une souveraineté qualifiée de "non négociable".
C'est devant un parterre de chefs d'État et de gouvernement que le ministre Diop a délivré, au nom du général d'armée Assimi Goïta, la déclaration de la République du Mali à la 81e session de l'Assemblée générale de l'ONU. Après avoir félicité le président de la session, salué son prédécesseur et remercié le secrétaire général António Guterres pour ses dix années à la tête de l'Organisation, le chef de la diplomatie malienne a rappelé un clin d'œil de l'histoire : c'est un 28 septembre 1960, six jours après son indépendance, que le Mali, conduit par Modibo Keïta, avait été admis aux Nations unies.
Pour un multilatéralisme "réformé" et une ONU "refondée"
Partant du thème de la session, « Restaurer la confiance, accompagner les transformations », le Mali a réaffirmé son attachement à un multilatéralisme fondé sur le strict respect de la Charte des Nations unies : égalité souveraine des États, respect de l'intégrité territoriale, interdiction du recours à la force et non-ingérence.
Le ministre a estimé que la confiance des citoyens du monde dans les institutions internationales avait été entamée par les violations du droit international, son application sélective et la politique de "deux poids deux mesures". Le Mali a, dans ce cadre, appelé à la levée des mesures coercitives unilatérales, qu'il juge attentatoires à la souveraineté des États et dangereuses pour les populations d'une trentaine de pays.
Sahel : l'OTAN en Libye et l'Ukraine dans le viseur
C'est sur la crise sécuritaire au Sahel que le discours a été le plus offensif. Selon le ministre, elle découle notamment de l'intervention militaire de l'OTAN en Libye en 2011, qui aurait considérablement aggravé la situation sécuritaire et favorisé la propagation du terrorisme dans la région. Le Mali a néanmoins salué le processus de revue stratégique du Bureau régional des Nations unies pour l'Afrique de l'Ouest et le Sahel.
Le gouvernement malien a par ailleurs réitéré sa condamnation du terrorisme international et de ses "sponsors étatiques étrangers". Il a directement mis en cause l'Ukraine, accusée par Bamako d'apporter un appui assumé à des groupes terroristes opérant au Sahel, en s'appuyant sur des déclarations ukrainiennes de 2024 et sur ce qu'il présente comme des sources indépendantes. Le ministre a appelé la communauté internationale, et en particulier l'Afrique, à ne pas garder "un silence coupable" face à ces agissements, qu'il décrit comme la partie visible d'une entreprise de déstabilisation visant à briser la volonté d'émancipation des pays du Sahel.
Ces accusations sont formulées par les autorités maliennes et n'ont pas été étayées dans le discours par des éléments détaillés.
Un terrorisme "sous trois formes"
Le ministre a décrit un terrorisme entretenu et soutenu, qui se manifesterait sous trois formes : armée, contre les populations et les forces de défense ; économique, visant à asphyxier les pays concernés ; et médiatique, à travers une désinformation organisée que Bamako impute à certains médias "nostalgiques d'un passé colonial".
Il a cité les attaques complexes et coordonnées des 25 avril et 4 juillet 2026, qui ont fait de nombreuses victimes, comme preuve d'une "connexion dangereuse", évoquant le retour du scénario de 2012 avec une coalition entre groupes terroristes et groupes séparatistes.
L'AES, la Russie et la "main tendue"
Face à ce constat, le Mali a défendu la création de la Confédération des États du Sahel (AES), décidée le 6 juillet 2024 à Niamey par le capitaine Ibrahim Traoré, le général Assimi Goïta et le général Abdourahamane Tiani. Le ministre a indiqué que les forces maliennes combattaient le terrorisme seules, dans le cadre de la Force unifiée de l'AES et avec l'appui de la Fédération de Russie, tout en saluant les partenaires qui continuent de soutenir le pays. "Il n'y a pas de bon ou de mauvais terroriste", a-t-il insisté.
L'AES reste, selon lui, ouverte à tous les partenaires respectueux de la souveraineté et des choix stratégiques de ses membres : "nous n'avons pas d'injonction à recevoir", a-t-il déclaré, appelant à un partenariat fondé sur le respect mutuel.
Le ministre a rendu hommage aux victimes du terrorisme et aux forces de défense et de sécurité, saluant en particulier la mémoire du général d'armée Sadio Camara, ministre d'État chargé de la Défense. Il a aussi réaffirmé que l'État gardait "la main tendue" à ceux qui déposent les armes, indiquant que des milliers d'ex-combattants avaient déjà rejoint les forces de défense ou des fonctions civiles, conformément à la Charte nationale pour la paix et la réconciliation nationale.
Souveraineté économique et développement endogène
Sur le plan intérieur, le discours a martelé que la souveraineté du Mali est "non négociable" et ne se limite pas à la défense du territoire : elle implique de maîtriser ses choix économiques, de valoriser ses ressources naturelles et de créer des opportunités pour la jeunesse. Le gouvernement a réaffirmé son attachement à la Vision Mali Kura 2063 et à la Stratégie nationale pour l'émergence et le développement durable 2024-2033.
Le ministre a plaidé pour une mobilisation accrue des ressources intérieures, estimant que l'aide internationale, "aussi utile soit-elle, n'a jamais développé un pays", et appelant à des financements "non avilissants", exempts de considérations géopolitiques. La transformation locale des ressources naturelles a été présentée comme une priorité.
Un monde multipolaire, l'IA et le climat
Le Mali a décrit un ordre international "à l'heure du grand basculement", appelant à une coopération plutôt qu'à la confrontation entre les pôles d'un monde multipolaire. Son objectif affiché est l'autonomie stratégique du Mali, de l'AES et de l'Afrique, présentée non comme une rupture mais comme un moyen de faire du continent un partenaire crédible.
Le ministre a également abordé plusieurs dossiers thématiques : le changement climatique et la désertification, qui menacent à la fois l'agriculture et la paix au Sahel ; l'intelligence artificielle, qui doit devenir "une technologie que nous maîtrisons" et non seulement consommons, avec la mention du Centre d'intelligence artificielle et de robotique du Mali ; et la migration, présentée comme "une richesse" et non une menace. Il a en outre réaffirmé le soutien total du Mali au peuple palestinien.
Un appel à une ONU plus juste et plus représentative
En conclusion, le Mali a plaidé pour une Organisation "refondée, plus juste, plus représentative", condition de la restauration de la confiance des États membres, avec une voix de l'Afrique davantage entendue dans les instances de décision. Il a réaffirmé sa disposition à contribuer à un monde "en paix, plus sûr, plus juste, plus prospère et plus solidaire".
La rédaction de Maliweb.net
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