81ème session de l’Assemblée générale des Nations unies : Le Ministre DIOP délivre le message fort du Président Assimi GOITA
- Monsieur le Président de l’Assemblée générale,
- Excellences Mesdames et Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement,
- Monsieur le Secrétaire général,
- Mesdames et Messieurs,
C’est pour moi un insigne honneur de prendre la parole devant cette auguste Assemblée pour délivrer, au nom de Son Excellence Le Général d’Armée Assimi GOITA, Président de la Transition, Chef de l’État, la déclaration de la République du Mali.
Je vous adresse, Monsieur le Président, les chaleureuses félicitations de la délégation du Mali pour votre brillante élection à la présidence de la 81ème session de l’Assemblée générale et je vous assure de la coopération de la délégation malienne tout au long de votre mandat.
Je saisis également cette occasion pour rendre hommage à votre prédécesseur pour la conduite remarquable des travaux de la 80ème session de l’Assemblée générale.
Enfin, je tiens à adresser nos vifs remerciements à Son Excellence Monsieur António GUTERRES, Secrétaire général des Nations Unies, pour son engagement, durant les dix dernières années à la tête de notre Organisation commune, au service de la paix, du développement et des droits humains à travers le monde.
- Excellences,
- Mesdames et Messieurs,
Il y a 66 ans, jour pour jour, le 28 septembre 1960, soit 6 jours après son accession à l’indépendance, le Mali, sous la conduite de Son Excellence le Président Modibo KEITA, a été admis à l’ONU avec notamment le soutien de la République de Tunisie et celle de Ceylan, actuel Sri Lanka.
Le Mali se félicite du thème de la 81ème session ordinaire de l’Assemblée générale, à savoir « Restaurer la confiance, accompagner les transformations : une Organisation des Nations Unies au service de tous ».
Ce thème est pertinent et d’actualité, car au-delà de la réflexion qu’il suscite sur la manière dont notre Organisation peut retrouver sa crédibilité et son efficacité dans un contexte international de crises multiples et de remise en cause du multilatéralisme, il appelle surtout à restaurer la confiance entre les États Membres pour trouver des solutions communes et adaptées aux nombreux défis de notre temps.
Comment y arriver ?
Pour sa part, le Mali réaffirme son attachement indéfectible à un multilatéralisme réformé, fondé sur le strict respect des buts et des principes de la Charte des Nations Unies, notamment l’égalité souveraine des Etats, le respect de l’intégrité territoriale des Etats, l’interdiction du recours à la force, le respect mutuel et la non-ingérence dans les affaires intérieures des États.
En nous éloignant de ces principes, nous nous rapprochons inéluctablement de cycles conflictuels.
Nous le savons tous : les violations flagrantes du droit international, son application sélective, la persistance de la politique de deux poids deux mesures dans la gestion des crises à travers le monde, et le recours abusif à la force, à la menace, les politiques d’hégémonie, d’assujettissement et de domination, en violation de la Charte de notre Organisation, ont considérablement entamé la confiance des citoyens du monde dans les institutions internationales, en particulier les Nations Unies.
Aussi, le Mali appelle-t-il à la levée des mesures coercitives unilatérales, qui portent atteinte à la souveraineté des Etats et mettent en danger la vie et le bien-être des populations de la trentaine de pays à travers le monde affectés par ces sanctions.
A toutes ces pratiques qui fragilisent la gouvernance mondiale actuelle, s’ajoute la lenteur d’anticipation des Nations Unies qui l’oblige, à posteriori, à jouer impuissamment les observateurs des crises qui secouent le monde.
C’est le cas du Sahel, qui est, depuis plus d’une décennie, confronté à une crise sécuritaire, provoquée notamment par l’intervention militaire de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) en Libye en 2011. Aventure militaire aux risques non maîtrisés, l’action militaire de l’OTAN en Libye a considérablement aggravé la situation sécuritaire, politique, humanitaire et des droits humains dans notre région, notamment par la propagation du terrorisme et de l’extrémisme violent.
Face à ce sombre tableau, il est légitime de s’interroger sur l’efficacité des leviers dont dispose notre Organisation. C’est pour cela que nous avons accueilli favorablement le processus de revue stratégique du Bureau régional des Nations Unies en Afrique de l’Ouest et au Sahel, qui doit aboutir à un schéma plus conforme aux réalités et préoccupations des populations concernées.
Le Gouvernement du Mali réitère sa ferme condamnation du terrorisme international et de ses sponsors étatiques étrangers, qui financent, arment, fournissent la logistique et les renseignements à ce crime transnational organisé.
Après les premières déclarations de l’Ukraine, qui dès 2024 assumait son soutien aux groupes terroristes opérant au Sahel, ce pays a réitéré publiquement, au Sommet de l’Etat, son ingérence en Afrique.
Au-delà de nos Etats, d’autres sources indépendantes, corroborent aujourd’hui ces agissements inacceptables de l’Ukraine. Voici là un pays qui prétend défendre son intégrité territoriale et qui, sous d’autres cieux, notamment en Afrique et au Sahel, apporte un appui clair et assumé à des groupes terroristes et à d’autres groupes mafieux pour porter atteinte à l’intégrité territoriale de notre pays.
Face à l’histoire, la communauté internationale, et particulièrement l’Afrique, ne peuvent continuer à garder un silence coupable face aux agressions de l’Ukraine, aux conséquences énormes pour les pays africains et bien au-delà. Nous ne sommes pas dupes, l’Ukraine n’est que la partie visible de l’iceberg de la déstabilisation de nos pays afin de briser leur volonté d’émancipation d’une tutelle coloniale à jamais révolue.
Le terrorisme, entretenu et soutenu, se manifeste essentiellement sous trois formes.
D’abord une forme armée qui s’attaque aux populations civiles et à nos Forces de Défense et de Sécurité ; une forme économique qui vise à asphyxier nos pays ; et une forme médiatique à travers la désinformation organisée et systématique de la part de certains médias dont nos pays sont victimes de certains médias nostalgiques d’un passé colonial révolu.
Les attaques complexes et coordonnées des 25 avril et 04 juillet 2026 dans plusieurs localités au Mali, ayant causé de nombreuses victimes, constituent la preuve d’une connexion dangereuse dont nous devons être de plus en plus conscients.
Sans surprise, le scénario déroulé en 2012 se reproduit, avec des groupes armés terroristes et des groupes armés soi-disant séparatistes, formant une coalition terroriste assumée contre les Institutions et les populations maliennes.
Les réponses régionale et internationale, y compris le déploiement de forces internationales, n’ont pas permis d’endiguer ces crises sécuritaires complexes et les massacres des populations sahéliennes.
C’est la raison pour laquelle Leurs Excellences le Capitaine Ibrahim TRAORE, Président du Faso, Chef de l’État et Président de la Confédération des Etats du Sahel (AES), Le Général d’Armée Assimi GOITA, Président de la Transition, Chef de l’État de la République du Mali et le Général d’Armée Abdourahamane TIANI, Président de la République du Niger, Chef de l’Etat, ont pris la décision historique de créer, le 06 juillet 2024 à Niamey au Niger, la Confédération des Etats du Sahel, afin de prendre en main le destin de nos pays.
De sa création à nos jours, la Confédération AES a permis de réaliser des progrès réels et encourageants dans ses différents périmètres d’action.
Je réaffirme ici la détermination de nos trois Chefs d’Etat à poursuivre et à intensifier cette lutte contre le terrorisme, sous toutes ses formes et manifestations.
La délégation du Mali adhère pleinement au discours qui sera prononcé par Son Excellence Monsieur Karamoko Jean-Marie TRAORE, Ministre des Affaires étrangères du Burkina Faso, au nom de la Confédération des États du Sahel (AES), regroupant le Burkina Faso, la République du Mali et la République du Niger.
Les Forces maliennes, seules, et dans le cadre de la Force Unifiée de l’AES, ainsi qu’avec l’appui de la Fédération de Russie, sont aujourd’hui sur le front de la lutte contre un terrorisme imposé, une guerre hybride par procuration dont l’enjeu dépasse notre espace et menace d’autres régions.
Je salue également l’ensemble des partenaires qui continuent de soutenir le Mali et les pays du Sahel dans ce contexte difficile.
La victoire contre le terrorisme, cette menace existentielle globale, appelle à la mutualisation des efforts et des moyens, mais aussi et surtout à une compréhension partagée du phénomène terroriste, car contrairement à ce que l’on veut nous faire croire, il n’y a pas de bon ou de mauvais terroriste.
Pour conforter cette dynamique, les trois pays membres de la Confédération AES restent ouverts à la coopération avec tous les partenaires qui le souhaitent et qui respectent les principes cardinaux qui gouvernent désormais l’action publique de nos pays, à savoir le respect de la souveraineté, et de l’intégrité territoriale de nos États, le respect de nos choix stratégiques et de partenariats, ainsi que la prise en compte des intérêts de nos populations. Nous n’avons pas, à cet égard, d’injonction à recevoir, nous attendons plutôt une collaboration et un partenariat sains et sincères dans le respect mutuel.
Dans cette dynamique, le Mali, conformément aux principes et buts de sa politique extérieure, continuera d’inscrire son action diplomatique dans la dynamique de promotion des relations de bon voisinage, de respect de la souveraineté, de respect mutuel, de non-ingérence dans les affaires intérieures d’autres Etats et de règlement pacifique des différends.
Je saisis cette occasion pour m’incliner devant la mémoire de toutes les victimes de la lâche barbarie terroriste, et qui sont héroïquement tombées au champ d’honneur.
En outre, je rends un vibrant hommage à nos Forces de défense et de sécurité pour leur courage, leur professionnalisme et leur engagement sans faille à défendre la souveraineté et l’intégrité territoriale de nos pays et à protéger nos populations civiles.
Je tiens particulièrement à saluer la mémoire du Général d’Armée Sadio CAMARA, Ministre d’Etat, Ministre de la Défense et des Anciens Combattants, dont l’héritage empreint de patriotisme, de courage et de sacrifice, continuera d’inspirer de nombreuses générations de maliens et de Sahéliens.
- Monsieur le Président,
Pour renforcer les mesures sécuritaires indispensables au retour durable de la paix au Mali, le Gouvernement s’attèle résolument à la mise en œuvre d’une stratégie globale, intégrée et cohérente de stabilité et de prospérité du pays.
A la faveur de cette stratégie, l’État garde la main tendue à tous ceux qui sont prêts à déposer les armes et à rejoindre la République, conformément aux conclusions du Dialogue Inter-Maliens et à la Charte nationale pour la paix et la réconciliation nationale. Déjà, des milliers d’excombattants qui remplissent les conditions, ont soit rejoint les rangs de nos Forces de défense et de sécurité soit intégré des fonctions civiles.
La souveraineté du Mali nous est chère et n’est pas négociable. Elle ne se limite pas à la défense du territoire mais doit également permettre à notre pays de maîtriser ses choix économiques, de contrôler et valoriser ses ressources naturelles, de renforcer son économie productive et de créer davantage d’opportunités pour sa jeunesse.
C’est dans cet esprit que le Gouvernement demeure engagé pour la mise en œuvre de la Vision Mali Kura 2063 et de la Stratégie nationale pour l’émergence et le développement durable (SNEDD 2024-2033).
Ces deux programmes, tant ambitieux que structurants, visent à répondre, de manière cohérente et durable, aux aspirations légitimes des populations maliennes. Ils constituent le pacte des générations et traduisent la volonté de bâtir un Etat souverain, une économie compétitive, une société juste et un pays où chaque citoyen pourra se réaliser et s’épanouir dans la dignité.
Le Gouvernement a placé, au cœur de son action, la relance économique et le bien-être des populations, maillons indispensables à l’atteinte de la paix et de la stabilité durables.
Ainsi, à travers des réformes appropriées, outre la gouvernance politique, le Gouvernement a considérablement amélioré la gouvernance économique, notamment la gestion efficiente des affaires publiques et la mobilisation accrue des ressources intérieures et je dois le dire, nos pays travaillent ardument pour pouvoir générer en notre sein des ressources nécessaires car nous restons convaincus que l’aide internationale, aussi utile soit-elle, n’a jamais développé un pays.
Quand nous comparons les niveaux de l’aide internationale par rapport aux besoins de financement de nos pays, la prise en charge des millions de jeunes gens qui arrivent sur le marché du travail au Mali, au Burkina, au Niger et en Afrique, nous constatons que l’aide au développement ne nous permettra jamais d’inverser la tendance. Il nous faut générer des ressources en notre sein, il nous faut avoir confiance en nous-mêmes et générer des nouveaux types de financement non avilissants, sans considérations géopolitiques qui mettent nos pays en retard. Nos pays continueront donc à compter sur eux-mêmes pour pouvoir se développer tout en gardant ouverte la porte à ceux qui souhaitent travailler avec nous.
Les dépenses publiques sont désormais orientées vers les investissements structurants dans des secteurs productifs et en soutien au meilleur accès des populations aux services sociaux de base, à la formation et à l’emploi des jeunes et des femmes.
Cette ambition implique également de renforcer la transformation locale de nos ressources naturelles, de développer les capacités nationales de production et de faire de la jeunesse malienne un acteur majeur de notre transformation économique et sociale.
Le Mali entend poursuivre sa Refondation nationale, afin de garantir durablement la sécurité, la justice et le bien-être pour l’ensemble de ses filles et de ses fils.
- Monsieur le Président,
Aux plans régional et international, le Gouvernement du Mali reste très attentif à l’évolution de la situation en Afrique et dans le reste du monde.
A ce titre, le Mali encourage les efforts en vue de la résolution rapide et durable des différents conflits sur le Continent.
En ce qui concerne la situation au Moyen-Orient, le Mali réaffirme son soutien total au peuple palestinien frère dans sa lutte légitime d’exister en tant qu’Etat de plein droit.
Rendons-nous à l’évidence : l’Ordre international est à l’heure du grand basculement et de profondes mutations. L’ignorer nous éloignera davantage des solutions les mieux adaptées.
La question n’est plus de savoir si nous nous dirigeons vers un monde multipolaire, mais plutôt quels seront les acteurs majeurs des différents pôles et comment ces acteurs entendent coopérer pour répondre aux aspirations des Peuples de la planète que nous avons en partage.
Nous parlons bien de coopération et non de confrontation ni de loi du plus fort pour régenter le monde.
Dans ce nouvel environnement international complexe et tumultueux, le Mali entend poursuivre une politique extérieure fondée sur l’égalité souveraine des Etats, la diversification de ses partenariats, la défense de ses intérêts nationaux et un engagement constructif pour la paix et la prospérité du monde.
Notre objectif est d’atteindre l’autonomie stratégique du Mali, de l’AES et de l’Afrique, tant dans le domaine de la sécurité que du développement. Cette autonomie stratégique n’est pas synonyme de rupture mais vise plutôt à faire de l’Afrique un partenaire crédible et indispensable pour la stabilité et la prospérité du monde.
Le changement climatique et la désertification constituent pour le Mali et pour le Sahel un facteur de vulnérabilité économique, sociale et environnementale qui, non seulement affecte directement les activités agricoles et les moyens de subsistance mais constituent également une menace à la paix et à la sécurité.
Ainsi, le Mali invite les États membres à mettre l’accent sur l’adaptation, l’accès aux financements climatiques et aux technologies endogènes, ainsi que sur les solutions adaptées aux réalités sahéliennes.
Nous plaidons pour une meilleure articulation entre lutte contre la désertification, sécurité alimentaire, gestion de l’eau, prévention des risques et des conflits et résilience des territoires.
Le monde connait des avancées technologiques exceptionnelles, au nombre desquelles, l’Intelligence artificielle générative, un autre défi au cœur des débats passionnants de nos jours. Elle constitue une technologie stratégique qui offre des possibilités considérables et présente également des risques.
Mais nous devons être lucides : l’IA ne doit pas être uniquement une technologie que nous consommons. Elle doit devenir une technologie que nous maitrisons, que nous adaptons à nos réalités et que nous contribuons à développer.
Cette ambition implique de définir nos priorités et de mettre en place un environnement juridique et éthique adapté.
Pour le Mali, la souveraineté numérique et technologique constitue désormais une dimension essentielle de la souveraineté nationale.
Nous devons notamment investir dans les compétences, la recherche, l’innovation et les infrastructures nécessaires pour que nos jeunes puissent participer pleinement à cette transformation. C’est pourquoi le Chef de l’État a mis en place le Centre d’Intelligence artificielle et de Robotique du Mali, qui favorise la souveraineté numérique du pays.
Sur les questions de migration internationale, le Mali, à la fois pays d’origine, de transit et d’accueil de migrants, renouvelle son attachement à la coopération internationale et estime que la mobilité humaine est une richesse pour l’humanité.
Dans cette salle, il est important de le dire, pour nous, les mouvements ne constituent pas une menace, ils ont toujours constitué une richesse. Tous les pays présents dans cette auguste Assemblée ont bénéficié de la migration, même s’il faut en gérer certains aspects.
Le Mali appelle donc au respect des droits des migrants, conformément aux dispositions pertinentes des conventions internationales.
- Monsieur le Président,
Pour conclure, le Mali rappelle que notre cadre multilatéral, incarné par l’Organisation des Nations Unies, est à la croisée des chemins.
Le temps est venu pour nous d’assumer notre responsabilité commune et partagée pour une Organisation des Nations Unies réformée, je dirais même une Organisation refondée, plus juste, plus représentative et véritablement au service de l’ensemble des peuples, sans distinction. C’est la condition essentielle pour restaurer la confiance des États Membres et des Peuples dans l’Organisation.
Cela implique notamment de renforcer la représentativité au sein des institutions multilatérales et de faire davantage entendre la voix de l’Afrique dans les instances où se prennent les décisions qui engagent l’avenir de notre monde.
Le Mali réaffirme sa disposition à contribuer aux efforts communs de la communauté internationale pour un monde en paix, plus sûr, plus juste, plus prospère et plus solidaire.
Je vous remercie de votre aimable attention.
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