Maître Mountaga Tall: «Je préfère un report de quelques mois à un conflit post-électoral "à l’ivoirienne"»

05 Avr 2013 - 07:04
Mis à jour: 14 ans
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Maître Mountaga Tall est l'un des enfants de la révolution malienne de 1991. A la tête du Congrès national d'initiative démocratique, le CNID, il se prépare pour l'élection présidentielle prévue en juillet prochain. Mais aura-t-elle vraiment lieu à la date prévue ?
[caption id="attachment_137689" align="alignleft" width="310"]Maître Mountaga Tall du CNID (Congrès national d'initiative démocratique), candidat à la prochaine élection présidentielle malienne prévue en juillet 2013. AFP/HABIBOU KOUYATE Maître Mountaga Tall du CNID (Congrès national d'initiative démocratique), candidat à la prochaine élection présidentielle malienne prévue en juillet 2013.
AFP/HABIBOU KOUYATE[/caption]
Après l’attaque de Tombouctou le week-end dernier par un commando jihadiste, est-ce que le calendrier de retrait des troupes françaises n’est pas compromis ? Non. Nous sommes dans une guerre asymétrique et on ne peut pas confondre libération des territoires occupés et sécurisation totale. Le retrait des troupes françaises est bien prévu. Le relais sera pris par les troupes africaines et par les troupes maliennes en formation, ou déjà disponibles. Si vous votez en juillet, est-ce que les jihadistes ne risquent pas d’attaquer les bureaux de vote ? Nous ne devons pas aller à une élection pour aller à une élection. Nous devons travailler à réunir toutes les conditions afin que ces élections soient les plus inclusives possibles, c’est-à-dire avec la participation des populations déplacées ou réfugiées. Il faut que le futur président de la République ait une légitimité incontestable avec une très forte participation. Donc, la présidentielle en juillet, vous n’y croyez pas ? Je ne voudrais pas considérer cette date comme une fin en soi. Il faudrait mieux, de mon point de vue, décaler les élections de trois mois que d’avoir à gérer dix ans de crise. Je préfère un report de quelques mois à un conflit post-électoral "à l’ivoirienne" qui a duré quand même dix ans, avec des milliers de morts. Sur cette date de juillet prochain, « je serai intraitable », dit le président français François Hollande. Est-ce que ce n’est pas un mot autoritaire, un mot surprenant dans la bouche d’un homme qui dit vouloir respecter l’Afrique ? On aurait pu trouver un mot autre que « intraitable ». Le président Hollande a, jusqu'ici, fait un parcours sans faute au Mali. Nous n’allons pas nous arrêter à un petit mot ou à des péripéties. Mais « intraitable », ça vous a choqué ? J’aurais préféré un autre terme. L’un des défis à relever, c’est la réconciliation entre Maliens. Quand les forces maliennes vont se déployer dans le Nord, est-ce que les populations arabes et touarègues ne risquent pas d’être victimes des représailles ? La Mali est et demeure une nation. Il n’y a pas de problème entre des populations de peau blanche ou de peau noire, il n’y a pas au Mali un problème touareg. Des narcoterroristes se sont alliés avec des gens illuminés. Vous prenez les Touaregs, ils ne reconnaissent en aucun cas ceux qui parlent aujourd’hui en leur nom une quelconque légitimité. C’est une hyper minorité. Vous savez bien qu’à Tombouctou par exemple, la plupart des Arabes et des Touaregs ont fui et que parmi ceux qui sont restés, il y a eu des disparitions, voire des assassinats ? Nul ne saurait de façon honnête et raisonnable contester le fait que les premières vingt-quatre heures ou quarante-huit heures ont donné lieu à des règlements de comptes compréhensibles mais pas justifiables de la part des populations qui ont subi l’enfer pendant une année. Mais immédiatement après, les autorités politiques et militaires ont lancé des appels à la retenue, appels qui ont été entendus par ces populations qui aujourd’hui doivent être félicitées au lieu d’être stigmatisées. A Kidal, il n’y a pas de soldats maliens. En revanche, il y a d’anciens rebelles touaregs du Mouvement national de libération de l'Azawad, le MNLA, aux côtés des soldats français et tchadiens. Qu’est-ce que vous en pensez ? C’est fâcheux, il faut corriger au plus tôt cette situation que les Maliens n’acceptent pas et que les Maliens ne comprennent pas. Est-ce que le nouveau président de la Commission dialogue et réconciliation, l’ancien ambassadeur Mohamed Salia Sokona, vous semble capable de mener cette réconciliation ? Je pense que le président de la République a eu la main particulièrement heureuse en choisissant Sokona qui est épaulé également par deux autres personnes qui peuvent être considérées comme constituant un équilibre réel. Notamment du point de vue ethnique puisque l’un de ces deux adjoints est une personne touarègue, n’est-ce pas ? Sokona d’abord n’a rien à voir avec le Nord. Il est de Ségou, comme moi. La première vice-présidente est ressortissante du Nord, sédentaire. Le deuxième vice-président est ressortissant du Nord, nomade. Il y a là un équilibre et une main heureuse pour gérer cette question. Il y a un an, on ne vous a pas entendu condamner le coup d’Etat du capitaine Sanogo. Que répondez-vous à ceux qui disent que vous êtes complaisant avec la junte ? Je l’ai condamné par écrit quarante-huit heures après le coup d’Etat. Ceux qui le disent mènent un combat politique sur la base du faux et de la falsification des faits. Vous vous voulez à équidistance entre les pro-putsch et les anti-putsch, mais n’est-ce pas déjà une forme de compromission avec les putschistes ? Non. Ceux qui se prétendent anti-putsch sont ceux qui ont validé le putsch parce que quand ils ont dit « retour à l’ordre constitutionnel », ils ont dit « sans le président déchu et sans le gouvernement déchu ». A l’inverse, j’ai vu les affrontements venir et j’ai souhaité, tout de suite, avant tout le monde, que les Maliens se retrouvent, que nous parlions en dehors des prises de position catégoriques. C’est la raison d’être de la convergence pour sauver le Mali, qui d’ailleurs est le développement le plus important sociologiquement parlant. Est-ce que tout cela vous amène à être candidat à la prochaine élection présidentielle ? J’étais déjà candidat à l’élection présidentielle en 1992, à 35 ans, avec un bon score. Vous étiez arrivé deuxième ? Deuxième, déclassé en troisième position. J’ai un message. J’ai un parcours et je voudrais en faire profiter et le Mali et les Maliens. Donc vous serez candidat ? Je suis candidat. Visiblement tout le monde veut y aller à cette élection. Est-ce que parce que le parti au pouvoir, l'Alliance pour la démocratie au Mali (Adéma), est un peu moins fort qu’avant et que le jeu est plus ouvert qu’avant ? L’espoir cette fois-ci, c’est que cette élection ne sera pas organisée que par ceux qui ont été à l’origine de la « faute » depuis vingt ans. Cette élection sera organisée avec le concours de la communauté internationale. Et nous aurons une élection plus transparente, plus ouverte… Ce n’est pas très gentil pour l’Adéma ce que vous dites. Je ne parle pas de l’Adéma, je parle de ceux qui ont organisé les élections depuis vingt ans. Est-ce que ce ne sont pas justement les gens de l’Adéma ? Je ne cite pas l’Adéma, qui reste un parti ami du CNID.   RFI

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Commentaires (16)

User
koba
koba 14 ans
Vraiment, ce propos est decevant et irresponsable de la part d'un cadre de ce pays qui na aucune ambition pour ce pays. Malgré tout ce que nous venons de vivre, s'il se permet de s'exprimés de la sorte sans mentir, c'est vrai apatrid.
HAKETO
HAKETO 14 ans
Il faut le dire, n'est-il pas mieux pour toi de taire pour qu'on vous prenne pour un con que de parler pour qu'on ne doute plus que vous en êtes un. Ce n'est pas parce que vous vous ne voyez pas la ressemblance(par ce que vous vous portez sur des personnes au lieu des situations) qu'il n'y pas de ressemblance. Vous fourrez tout et du coup ne comprenez rien. Une raison de plus pour reporter les élections afin de mieux préparer des gens de votre calibre sur avant, pendant et après élections.C'est en cela que le gagne.
Il faut le dire
Il faut le dire 14 ans
J'ai juste pris un element pour etre terre a terre avec des gens comme vous. Je ne parlerai pas des situations comme vous, mais je dirai que les contextes sont tout a fait differents pour qu'om fasse le racourci entre les elections en RCI et les futures elections au Mali. Ceci dit, je me mets au dessus des injures derriere les claviers ce n'est pas mon education tout simpelement... Cordialement
Il faut le dire
Il faut le dire 14 ans
Des gens comme Mountaga savent déjà ce qu'ils vont faire parce qu'ils ont moins de chance de gagner une élection présidentielle. Croyez-moi, même si on reporte les élections, ce sont des gens qui sont toujours dans des prédispositions pour contester les résultats. Sinon je ne vois pas en quoi le scenario malien ressemble au cas ivoirien.Dioncounda n'est pas un Laurent Gbagbo et tous les candidats vont a égalité de chance... Donc arrêtons d’être pessimiste tout le tenps et de voir le mal partout....La préparation des opinions pour éviter une crise post-électorale fait aussi partie de la préparation des élections.
Bazouka
Bazouka 14 ans
Bien dit. Tall et son parti moribond le CNID ne seront jamais prêt pour une élection. IL sait qu'il n'a aucune chance d'été élu même comme député cette fois-ci, alors il s'accroche à la prolongation de la transition.Tant qu'il n'y aura pas d'élection, le Mali continuera dans l'anarchie semé et entretenu par les bandits armées du Camp soundiata de Kati. Arrêtons donc d'être des prophètes de malheur et que chacun joue sa partition pour la réussite des prochaines joutes électorales aux dates prévues pour que vive un nouveau Mali digne.
Perou
Perou 14 ans
Ce que Tall dit,je l'avais dit dans un sens encore plus horrifiant:Est-ce qu'une election baclee ne fait pas partie du plan de destabilisation et de prise sous controle du Mali.Ce pays a toujours eu des crises post-electorales.Le parti battu n'a jamais accepte sa defaite.Il a touijours fallu l'intervention des familles fondatrices de Bamako, des religieux ,etc.Le President Wade Abdoulaye a accepte gracieusement sa defaite.Je l'en felicite.Pour nous qui avons etudie en profondeur les faits economiques et sociaux, qui avons vu les crises liberiennes,Ethiopiennes ,Ivoiriennes venir, nous estimons que les partis politiquesdu Mali devraient se comporter avec beaucoup de circonspection et de sagesse.Des forces exterieures sont pretes a exploiter nos desaccords et a imposer un candidat qui leur offrira tout sur une plateau d'or.Ayons a cette heure d'instabilite le sens du consensus.Tout a son temps.Le temps des batailles electorales viendra.Maintenant il faut sauver ce pays,assurer sa survie
Houssein Faradji Abdelmoumen
Houssein Faradji Abdelmoumen 14 ans
Constate qu'au nord Mali les membres du CNID sont plus conséquents et intègres que tous ceux des autres partis politiques entre lesquels naviguent les véreux au gré des opportunités ...
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