Flambée des prix de la viande : Une cumulation de facteurs

La perturbation des circuits d’approvisionnement et l’augmentation des coûts de transport ont provoqué une volatilité des prix de la viande. Une situation qui pèse sur le portefeuille des ménages et restaurateurs

09 Avr 2026 - 10:22
5
Flambée des prix de la viande : Une cumulation de facteurs

De 3.000 à 4.500, voire 5.000 Fcfa en quelques jours, les prix du kilogramme de la viande connaissent une flambée spectaculaire sur les marchés de Bamako et dans plusieurs régions du pays. Cette hausse, qui pèse lourdement sur le budget des ménages et fragilise les acteurs de la filière bétail-viande, s’explique par l’insécurité dans les zones de production, la fermeture de plusieurs marchés à bétail et la hausse des coûts de transport. Sur le terrain, consommateurs, bouchers et responsables du secteur se perdent en conjectures et tirent la sonnette d’alarme face à cette situation de plus en plus préoccupante.

Au marché de Djélibougou, l’ambiance est un peu morose. Les étals sont toujours bien garnis, mais les clients hésitent, négocient, repartent parfois sans achat. Mamadou Ballo, boucher réputé pour la qualité de sa viande, observe une baisse progressive de sa clientèle. « Aujourd’hui, nous vendons le kilo à 4.500 Fcfa, parfois jusqu’à 5.000 Fcfa pour la chair sans os. Avant, on était autour de 3.000 Fcfa. La différence est énorme pour les clients», explique-t-il. 

Derrière cette hausse, le boucher pointe du doigt un problème d’approvisionnement devenu structurel.  Il souligne une autre difficulté qui est liée cette fois à l’absence d’infrastructures de stockage adaptées. «Nous achetons en moyenne 7 à 8 têtes pour couvrir une semaine, mais faute d’espace, les animaux restent chez les vendeurs. Nous les récupérons progressivement. Cela complique la gestion et augmente les risques», confie Mamadou Ballo. 

Sur le marché du bétail, les prix sont désormais instables. «Une chèvre qui coûtait 27.500 Fcfa est aujourd’hui vendue à 35.000 Fcfa. Les moutons sont passés de 50.000 à plus de 80.000 Fcfa. Pour les bœufs, les prix peuvent varier fortement, selon la demande», explique notre interlocuteur. Cette situation réduit considérablement les marges bénéficiaires des bouchers. 

 La concurrence des étrangers-Du côté des consommateurs, la frustration est palpable. Au marché de l’Hippodrome I, Fanta Coulibaly, mère de six enfants, peine à contenir son indignation. «J’ai acheté aujourd’hui un kilo de viande à 4.500 Fcfa et la chair sans os à 5.000 Fcfa. Avec une famille nombreuse, c’est très difficile», explique-t-elle. Elle se souvient encore des prix récents, nettement plus abordables. «Il n’y a pas longtemps, on trouvait la viande à 3.000 ou 3.500 Fcfa. Aujourd’hui, avec le même budget, on achète moins», regrette-t-elle. Pour cette ménagère, la hausse des prix de la viande s’ajoute à celle d’autres produits de première nécessité, exacerbant les conditions de vie. «Auparavant, les dépenses pour la cuisine ne suffisaient pas. Maintenant, c’est encore plus compliqué. Les prix pratiqués aujourd’hui ne satisfont aucune femme », lâche-t-elle, visiblement dépassée. 

Les petits restaurateurs ne sont pas épargnés. Salimata Konaté, vendeuse de brochettes près d’un établissement scolaire, a dû suspendre son activité. « J’ai acheté 4 kilos de viande sans os à 20.000 Fcfa. En vendant les brochettes à 300 Fcfa au lieu de 200 Fcfa, je n’ai pas trouvé de clients. J’ai subi des pertes», explique-t-elle. Pour elle, la situation est intenable. «Les élèves ne peuvent pas comprendre nos difficultés. Si rien n’est fait, beaucoup d’entre nous vont mettre la clé sous le paillasson», prévient-elle. 

Du côté des structures de transformation, le constat est tout aussi préoccupant. Le directeur général de l’abattoir frigorifique de Sabalibougou, Dr Arouna Sangaré, évoque une baisse du volume d’abattage. «Les coûts d’abattage n’ont pas changé, mais nous abattons moins d’animaux qu’avant. Cela s’explique par la cherté du bétail et les difficultés d’approvisionnement», explique-t-il.

Selon lui, plusieurs facteurs se combinent. «L’insécurité dans les zones de production a entraîné la fermeture de nombreux marchés à bétail. Or, ce sont ces marchés qui alimentent Bamako», précise-t-il. Il évoque également la concurrence des acheteurs étrangers. « Des opérateurs venant de pays voisins proposent des prix plus élevés que les locaux. Par exemple, un animal négocié à 400.000 Fcfa peut être acheté à 500.000 ou 600.000 Fcfa par un étranger», souligne-t-il. 

DES MESURES INCITATIVES-Face à cette situation, Dr Arouna Sangaré préconise des mesures fortes, notamment la limitation des exportations de bétail sur pied et une concertation entre les acteurs pour encadrer les prix. «Il faut protéger le marché local et garantir l’approvisionnement des centres de consommation », insiste-t-il. Quant au président de l’interprofession de la filière bétail-viande, il met également l’accent sur l’insécurité. «Les attaques contre les éleveurs, les vols de bétail et la fermeture des marchés perturbent toute la chaîne d’approvisionnement », explique Mamoudou Abdoulaye Diallo.  Selon lui, certains éleveurs préfèrent se déplacer vers des pays voisins, ce qui réduit l’offre sur le marché national.

Toutefois, le président Diallo relativise le rôle des exportations. «Ce n’est pas la principale cause de la hausse. Le vrai problème, c’est l’approvisionnement», affirme-t-il, appelant à renforcer la sécurité dans les zones pastorales et à investir dans des infrastructures modernes. «Il faut transformer localement la viande au lieu d’exporter le bétail sur pied. Cela permettra de créer de la valeur ajoutée et de stabiliser les prix», plaide Mamoudou Abdoulaye Diallo. 

Pour le directeur national des Productions et des industries animales (DNPIA), Djakalia Ouattara, la situation actuelle résulte d’un ensemble de facteurs structurels. «L’insécurité dans les bassins de production, la hausse des coûts de transport liée au carburant et le déséquilibre entre l’offre et la demande expliquent cette flambée des prix», indique-t-il. Il précise que, malgré un cheptel estimé à plus de 14 millions de bovins, l’approvisionnement des grandes villes reste perturbé. 

Le directeur national de la DNPIA souligne également que les exportations peuvent accentuer la pression sur les prix, en raison de la concurrence qu’elles engendrent. «Les exportateurs sont souvent en mesure de proposer des prix plus élevés, ce qui désavantage les acteurs locaux», explique-t-il. Pour y faire face, plusieurs mesures ont été mises en place, notamment un fonds de soutien à l’embouche, la subvention des tourteaux de coton et des actions en faveur des éleveurs. À court terme, Djakalia Ouattara préconise la réouverture des marchés à bétail fermés, la réduction des coûts de production et une meilleure organisation des acteurs et surtout la suspension temporaire des exportations pourrait aussi contribuer à stabiliser les prix. 

Fatoumata KAMISSOKO

Makan SISSOKO

Quelle est votre réaction ?

Like Like 0
Je kiff pas Je kiff pas 0
Je kiff Je kiff 0
Drôle Drôle 0
Ouah Ouah 0
Triste Triste 0
Hmmm Hmmm 0

Commentaires (8)

User
Nfp
Nfp 7 mois
Petit Fanga, si tu veux savoir faire la différence entre un pseudo intello qui sait juste lire et écrire correctement et se servir d'un clavier PC, et un véritable intellectuel au contraire qui sait réellement analyser et réfléchir, relis un de tes propres posts et relis le post de KARATEKA ci-dessous ! TU VAS VOIR : CETTE DIFFÉRENCE VA TE SAUTER AUX YEUX !!
kan
kan 7 mois
Fanga ? Si il y a un seul minable sur ce forum, c'est toi . A te lire , tu considères que les maliens doivent retourner à l'âge de pierre ... comparer les difficultés de la vie chère (ou les abondances de biens) entre Europe et le Mali est d'une malhonnêteté intellectuelle que tu élèves à la puissance 10. Regardes juste cette photo et regarde la photo d'une boucherie européenne et tu verras l'abime entres vous et les pays d'Europe. Plus que jamais tu es un intellectuel dans ton quartier d’illettrés pauvre mec.
Fanga
Fanga 7 mois
Si les Maliens savaient combien de dizaines de millions de personnes ne se permettent pas d'acheter un morceau de viande tous les jours dans les pays dits riches d'Amérique du nord, d'Europe et dans la France des minables trolls français qui jubilent sur ce forum de la publication de cet article. / En Afrique comme en Amérique et en Europe, il faut simplement s'adapter à l'augmentation du coût de la vie. Manger moins de viande qui est par ailleurs dommageable pour la santé, privilégier d'autres aliments plus sains et moins chers, cultiver soi-même certains produits dans une ferme à la campagne ou dans un potager en ville. / Nos ancêtres ne se plaignaient pas du manque de nourriture. Ils produisaient tout eux-mêmes. Ils étaient autosuffisants et autonomes. Il faut désormais revenir en partie à ces valeurs et pratiques anciennes. C'est ça la souveraineté.
Fanga n'a pas mangé la viande
Fanga n'a pas mangé la viande 7 mois
Mais toi là ! on te dis que le kilo de viande avec os coute 4500 CFA et 5000 CFA sans os. Toi tu réponds que les gens en Amérique du Nord et en Europe ne se permettent pas d'acheter la viande. Mais ce n'est pas sérieux Quel est le rapport ? Dans les sociétés de grande consommation d'Amérique et d'Europe les gens se privent volontairement de certaines nourriture pour ne pas tomber malade d'excès. Au Mali on a peur de tomber malade de sous-alimentation. Il faut comparer ce qui est comparable toi aussi. Tu peux comparer la situation du Mali à celle du Burkina du Niger ou du Tchad mais pas aux USA au Canada à la Suisse ou à la Belgique. Tu es malade ou quoi ? As-tu mangé de la viande ces jours-ci ? La prochaine fois tu vas nous dire que si le sac de Riz est cher, il suffit de manger des caviar comme dans certains pays riche. Si dans certains quartiers de Bamako il n'y a pas d'eau potable, il suffit à ces habitants de boire du champagne. Tu es trop fort dèh
Cleanup
Cleanup 7 mois
Il n'y a vraiment qu'un troll russe pour sortir de telles conneries. Tu ne manges pas de viande mais tu ne dois pas manquer de vodka dans ton pays gelé.
Karatéka
Karatéka 7 mois
C'est le début du commencement. Après le courant, après le carburant, après l'eau, voilà le manque de viande. Le Mali souverain.. C'est la première fois depuis l'indépendance que les Maliens manquent de tout, c'est la première fois que la population est plongée dans la pauvreté. En 1972, la saison de pluie a été catastrophique. Les récoltes ont été mauvaises entrainant une grave difficulté alimentaire. Le Cheptel a été décimé par la sécheresse. Les Américains nous ont envoyé du mil rouge destiné aux chevaux. Cette aide a sauvé des vies. Plus de 50 ans après, la menace de rupture de produits alimentaires est réelle. La cause n'est pas naturelle. Des soldats irresponsables se sont accaparés de la direction du pays sans avoir ni la vision ni le savoir ni l'expérience élémentaire. Ce pouvoir facilement acquis par les armes a étourdis ces soldats. Partout où ils passaient, la population les célébrait et les soutenait croyant trouvé enfin ses héros. Les héros en question n'étaient que de piètres pantins. Pendant des années, les jeunes soldats ont cru que la gestion d'un pays consiste à parader en tenue militaire, à faire des communiqués incendiaires, à accuser des ennemis imaginaires, insulter nos partenaires, vociférer, manipuler l'opinion, museler la presse les partis politiques et emprisonner les leaders d'opinion. Leurs seule ambition est devenue la préservation de leurs pouvoir. Des promesses surréalistes sont quotidiennement faites. Le chef des putschistes s'est spécialisé dans la pose des premières pierres pour des usines factices, des centrales bidons et autres projets fumeux. Au bout de 6 ans, le Mali a fait un bond en arrière, un bond de 50 ans. La capitale est plongée dans l'obscurité. Dans les régions, l'électricité est un lointain souvenir. La population est désormais lassée d'applaudir. Les héros célébrés se sont révélés êtres des nains. Le Pays tombe en ruine. Les Maliens vont de déconvenue en défaite et de défaite en désastre. Rien ne va plus. La magie de la propagande n'opère plus, le mensonge ne trompe plus personne, il reste la prison. Les procureurs complices délivrent des mandats de dépôts avec une facilité déconcertante. La prison est devenue un marteau au dessus des têtes récalcitrantes. Seules les moutons bêlant en communion les louanges des généraux en pacotilles sont tolérés. Comme dit le poète, je cherche la nuit pour pleurer.
Nfp
Nfp 7 mois
TON COMMENTAIRE EST ABSOLUMENT MAGISTRAL !! BRAVO !
Nfp
Nfp 7 mois
Trop risqué en terme de sécurité : Les éleveurs désertent les marchés au bétail, et c'est compréhensible ! Trop risqué en terme de sécurité, beaucoup de chauffeurs refusent ou hésitent à prendre la route et augmentent leur prix de transport, et c'est compréhensible ! Malgré ces évidences, les nullards au pouvoir continuent à clamer bêtement qu'il n'y a pas d'insécurité chez nous et que tout le territoire est "sous contrôle" alors que l'insécurité est partout, comme l'ecrivaient objectivement les médias internationaux (que les plus cons d'entre nous accusaient de "diffamation malveillante" !) Quand un pays est d'une part dirigé par des bons à rien et d'autre part infesté par des terroristes, ça donne tout simplement...LE MALI ACTUEL !
Les commentateurs les plus actifs de la semaine:
  • Kinguiranke (138)
  • Nfp (63)
  • Kankan (42)
  • Citoyen du monde (28)
  • Sylla (23)