Lutte contre le mariage d’enfants au Mali : Une problématique toujours d’actualité

Selon le Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA), le mariage d’enfants constitue une violation grave des droits humains.

15 Déc 2025 - 03:04
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Lutte contre le mariage d’enfants au Mali : Une problématique toujours d’actualité

Adoptée en 1990 et ratifiée par le Mali, la Charte Africaine des Droits et du Bien-être de l’Enfant, dans son Article 2, définit « Enfant », tout être humain âgé de moins de 18ans. Dans une publication en date du 31 octobre 2019, l’Alliance mondiale Girls Not Brides (« Filles, pas épouses ») a classé cette pratique parmi les violences basées sur le genre (VBG).

Au Mali, malgré les engagements africains et internationaux souscrits par l’État, un décalage persiste avec la législation nationale en matière de mariage. Le Code des personnes et de la famille (Loi N°2011-087 du 30 Décembre 2011) fixe en effet l’âge légal du mariage des filles entre 15 et 16 ans, sous réserve de l’autorisation parentale. Pour de nombreuses organisations pour la promotion des droits de l’enfant et des droits humains, cette situation appelle une harmonisation urgente des textes nationaux avec les conventions internationales, notamment par le relèvement de l’âge légal du mariage à 18 ans. Cette revendication a été fortement exprimée lors des Assises nationales sur la situation de la femme au Mali, tenues en septembre 2025.

La problématique demeure d’autant plus actuelle qu’elle s’inscrit dans le contexte de la célébration des « 16 jours d’activisme » contre les violences basées sur le genre et de la Journée internationale des droits humains. Les données de l’Enquête Démographique et de Santé du Mali (EDSM 2018) illustrent l’ampleur du phénomène : 18 % des filles sont mariées avant l’âge de 15 ans, tandis que 53 % des femmes le sont avant 18 ans. Ces chiffres, particulièrement élevés en milieu rural, classent le Mali parmi les 25 pays au monde affichant les taux les plus élevés de mariage d’enfants, selon les rapports récents de l’UNICEF et de Girls Not Brides.

Pour Moussa Bagayoko, Secrétaire chargé des Relations publiques de la Coalition Malienne pour les Droits de l’Enfant, le mariage des enfants demeure une triste réalité au Mali, et ce, malgré les efforts consentis par les autorités publiques et les organisations de la société civile.

Recommandations des Assises nationales

Mme Fily Diallo, Administratrice de l’Action sociale, Spécialiste Genre et Santé de la reproduction, actuellement en poste à Plan International Mali, estime que les Etats généraux sur la femme, l’enfant et la famille ont accordé une place centrale à la protection de l’enfant et à la lutte contre les violences basées sur le genre, en tenant compte des besoins spécifiques des filles et des adolescentes au sein des communautés.

Elle rappelle plusieurs recommandations phares issues de ces assises, notamment : le renforcement du cadre juridique et institutionnel à travers l’application stricte des dispositions du nouveau Code pénal et du Code de procédure pénale réprimant les VBG ; l’harmonisation de la législation nationale avec les Conventions internationales relatives aux droits des filles (CEDEF, CADBEE, CDE, entre autres) ; ainsi que l’accès équitable à l’éducation.

À ces recommandations s’ajoute la Stratégie nationale de réalisation effective des droits de l’enfant, élaborée en 2021 et officiellement lancée le 21 juillet 2023 par le gouvernement, avec l’appui des partenaires techniques et financiers. Cette stratégie vise notamment à mettre fin au mariage d’enfants au Mali à l’horizon 2030.

Ces positions sont corroborées par Ramata Coulibaly, Militante des droits humains et Coordinatrice nationale d’une organisation de défense des droits de l’enfant. Selon elle, les Assises nationales ont permis d’établir un diagnostic clair des violations et des insuffisances qui entravent l’épanouissement des filles et compromettent l’égalité des chances et l’accès aux opportunités de développement, objectifs pourtant affirmés par le Mali dans ses engagements nationaux et internationaux.

Elle estime que les conclusions des Etats généraux, récemment transmises aux plus hautes autorités, devraient servir de levier pour renforcer les actions déjà engagées dans la lutte contre le mariage d’enfants et les autres formes de violences basées sur le genre. La célébration de la Journée internationale de la fille, le 11 octobre 2025, a également constitué une occasion de relancer le plaidoyer. À cette occasion, une note de plaidoyer en faveur de l’interdiction du mariage des filles avant 18 ans a été remise aux autorités. Pour Mme Fily Diallo, cette démarche s’inscrit pleinement dans la continuité des recommandations issues des Etats généraux.

Plaidoyer

Selon les experts engagés dans la protection des droits de l’enfant, plusieurs facteurs expliquent la persistance du mariage précoce au Mali. Parmi les principaux déterminants figurent la pauvreté des ménages, la perception du statut de la fille à travers le prisme des traditions et de certaines interprétations religieuses, la méconnaissance des droits de l’enfant, la non-harmonisation des textes nationaux avec les engagements internationaux ratifiés par le pays, ainsi que la faible application des lois existantes.

À ces facteurs s’ajoute l’influence croissante de la religion, exacerbée par l’insécurité persistante, notamment dans les régions du centre et du nord du pays.

Pour Mariam Maïga, Représentante du Parlement des Enfants du Mali, il est impératif de s’appuyer sur les recommandations des Etats généraux pour mettre un terme au mariage précoce. Elle plaide pour le renforcement des lois interdisant cette pratique, la révision du Code des personnes et de la famille, ainsi qu’un plaidoyer soutenu auprès du Conseil National de la Transition (CNT) en faveur d’une législation plus protectrice.

Elle insiste par ailleurs sur la nécessité d’intensifier les actions de sensibilisation au sein des communautés, en particulier auprès des leaders religieux, afin de porter l’âge légal du mariage des filles à 18 ans au Mali.

Khadydiatou SANOGO/maliweb.net

Ce reportage est publié avec le soutien de Journalistes pour les Droits Humains (JDH) au Mali et NED