Ouolofobougou-Bolibana : La population, vent debout, contre l’implantation d’un point de vente de carburant
A la surprise générale, un chantier d’implantation de point de vente de carburant s’est ouvert en plein centre du quartier populaire de Ouolofobougou-Bolibana dans l’Arrondissement III du District de Bamako.
Une situation incompréhensible et inacceptable pour les habitants du quartier eu regard aux risques qu’une telle structure pouvaient causer non seulement à l’environnement, mais également à la santé de la population environnante. D’où la vive protestation des leaders, élus locaux et paisibles citoyens dudit quartier face à ce projet. Ils appellent tous à l’arrêt immédiat du chantier. Ce qui ne semble pas encore le cas, car le promoteur, un grand promoteur des hydrocarbures aurait déjà réussi à soudoyer par des propositions alléchantes certaines voix autorisées. Enquête.
Ce n’est pas dosé, mais osé. L’attitude de ce gros magnan des hydrocarbures (dont nous garderons pour l’instant l’identité sous anonymat) à vouloir implanter en plein centre de ce vieux quartier de plein centre de Bamako, une station d’essence. C’est bien la manœuvre savamment montée et intelligemment mise en œuvre, à coup sûr, avec espèces sonnantes et trébuchantes qui est butée au refus catégorique des habitants de Bolibana. Lesquels ont vite compris le mode opérandes de ces nouveaux fortunés de la ‘’Rue-publique’’. A savoir : acquérir à coups de dizaines de millions une vieille parcelle (dans la plupart des cas, un héritage au centre d’une querelle familiale), puis introduire une demande d’autorisation de construire de bâtiment commercial au niveau de la Direction régionale de l’urbanisme, en même temps se procurer d’une autorisation d’implantation de point de vente de carburant au niveau de la Direction régionale de l’assainissement et du contrôle des pollutions et des nuisances, pour ensuite construire une essencerie….Tout cela dans l’espoir de pouvoir soudoyer les cupides d’argent parmi les autorités municipales, coutumières et responsables de développement local du quartier concerné.
Concernant le cas de Ouolofobougou Bolibana, la manœuvre semble échouer. Alors qu’au début des travaux, personne ne redoutait que cela pouvait s’agir d’une station d’essence, sachant que d’autres chantiers de même nature ont été voués à l’échec. Lesquels, qui n’avaient même pas pourtant de telle proximité avec des concessions comme ceci. Comme une trainée de poudre, la nouvelle s’est propagée dans le quartier. Ce faisant, les plus vigilants après s’être convaincus qu’il s’agit d’un chantier de station, au regard des puits de cuves de carburant creusés ont vite alerté à travers des plateformes digitales d’information de la population du quartier. C’est ainsi que les réactions de protestation se sont multipliées. D’abord sur ces plateformes, ensuite par le biais des différentes associations et organisations locales, même celle de la diaspora de Ouolofobougou-Balibana. Sur tous les bouts de lèvres, une déclaration identique : « on n’est pas d’accord ».
Le samedi 22 Août, le Bureau de la Jeunesse de Ouolofobougou-Bolibana a tenu une réunion sur la question. A l’issue de la rencontre, les leaders de jeunesse de tous les quatre secteurs du quartier ont exprimé leur désapprobation totale à la réalisation dudit projet et ont demandé la suspension des travaux dans l’attente de la clarification de la situation administrative et de la présentation des autorisations requises.
Le niet catégorique des habitants
Sur ce sujet, les habitants du quartier ne sont pas restés muets face à la situation. Aguibou Somé Coulibaly qui a sa maison à proximité du chantier et représentant des Chefs de famille du quartier a exprimé son désaccord. Selon lui, ils ont été surpris de voir le terrain en construction après avoir appris qu’il a été vendu. « On pensait que la construction avait pour vocation d’habitation comme ça l’était. Soudain, la nouvelle s’est répandue qu’il s’agit d’installation d’un point de vente de carburant. Nous ne sommes pas d’accord vu que l’emplacement n’est pas opportun. Ici, c’est un quartier populaire et le risque est visible. Nous sommes contre ce projet et on n’en veut pas dans notre quartier pour notre sécurité. Qu’ils pensent à un projet à d’autre vocation, pas celui-ci » a-t-il manifesté et appelé les autorités à réagir pour surseoir à cette idée.
Pour Bekaye Koné, Président de la Jeunesse de Ouolofobougou-Bolibana après avoir entendu l’échos de ce projet de point de vente ou de station-service par l’entremise des riverains, ils ont vérifié d’abord l’information avant d’entamer quoique ce soit. Une fois l’information confirmée, qu’ils ont averti la chefferie et le maire local qui est Kassim Touré.
« Le maire Touré avait pris acte de l’information auparavant et dit avoir effectué des actions pour pouvoir faire arrêter éventuellement les travaux dudit chantier…Il nous a aussi fait part qu’il a informé aussitôt le service technique de la Mairie dans le but d’émettre une convocation pour stopper la construction. Chose qui a été faite plusieurs fois, malgré tous les travaux n’ont pas été interrompus. C’est pourquoi la jeunesse a pris sa responsabilité en adressant une correspondance à la Mairie pour la mettre au courant de l’inquiétude des riverains et qu’ils ne veulent pas que ce projet soit un point de vente de carburant ou d’une station-service. Parce que c’est dangereux d’installer des produits d’hydrocarbures à proximité des habitations. On ne doit pas voir venir une catastrophe et ne pas faire quelque chose pour prévenir surtout dans un quartier populaire comme le nôtre » a prévenu le Président Koné. Sans manquer d’affirmer qu’il n’y a aucune autorisation de construction visible au sein du chantier. Selon lui, cela doit être normalement affiché conformément aux textes en la matière. Ce qui sous-entend que le propriétaire n’a pas d’autorisation officielle pour même faire de la construction, à fortiori, installer un point de vente de carburant.
Une pétition déposée à la mairie pour protester contre le projet
Djibril Bouba Traoré est habitant de Ouolofobougou-Bolibana depuis au moins 50 ans. Après avoir été informé du projet, il a mené ses propres investigations avant d’avoir la certitude qu’il s’agit de la construction d’un point de vente de carburant. A ses dires, il a informé le Chef du quartier, Moctar Koureichy tout en signifiant le danger pouvant découler de sa réalisation. Que celui-ci a indiqué qu’il n’est au courant de rien. « Qu’il n’en a pas connaissance. Que personne ne l’avait saisi et ça n’a pas été débattu en conseil du quartier…Les conseillers à leur tour ont soutenu qu’ils vont se réunir sur le sujet et nous revenir. Jusque-là, rien ! Nous les riverains, on a pris notre responsabilité en se concertant entre nous. On est tombé d’accord à ce qu’on fasse une pétition…On a fait circuler la pétition à l’intérieur du quartier que tout le monde a signé et on l’a déposée à la mairie de l’Arrondissement III... » a expliqué M. Traoré. Avant d’informer qu’ils préparent d’autres correspondances pour faire intervenir les services techniques de l’Etat comme l’Urbanisme, l’Environnement, la Protection Civile et d’autres…
Une seule voix discordante
Quant au Président du Comité de Développement de Ouolofobougou-Bolibana, Ali Badra Koné, contrairement à la population majoritaire du quartier, il soutient le projet. Et appelle les jeunes et toutes les parties s’opposant au projet de savoir raison garder et de respecter la légalité. Cela, dans la mesure où le promoteur dispose d’une autorisation environnementale notamment une notice délivrée par la Direction Régionale de l’Assainissement et du Contrôle des Pollutions et des Nuisances du District de Bamako (DRACPN-DB). De plus, qu’il y a plusieurs degrés de risque en matière d’entreprise. Parmi lesquels, les points de vente qui sont classés en catégories C, s’agissant d’impact environnementale qui est d’une faible catégorie.
« Je ne suis pas pour le principe de s’opposer systématiquement au projet, je suis pour le principe que les mesures d’atténuation environnementale qui sont conseillées dans la notice d’approbation soient respectées. Et que dans le cadre de la RSE (Responsabilité Sociale Environnementale) que l’entreprise puisse investir dans le développement du quartier. En tant que Président du Comité de Développement du Quartier, c’est en ça que moi je crois. Que nous puissions profiter de l’investissement ou de la réalisation du projet dans notre quartier » s’est-il justifié.
Pour la notice d’approbation délivrée par la DRACPN-DB, nous avons contacté le Directeur, au jour de notre rendez-vous, l’information nous a été donnée par rapport à son absence pour raison de maladie. Par contre, une équipe de techniciens s’est rendue sur les lieux en notre compagnie. A la fin de leur constat, ils ont promis de nous revenir sur la décision prise.
De même, jusqu’au moment où nous mettions les informations sous presse, nos différentes tentatives de pouvoir recueillir la version du représentant du Promoteur du projet, sont demeurées sans succès.
Ce qui reste évident, le Promoteur dudit point de vente, n’entend pas abandonner son projet. Selon certaines sources, il a promis comme mesures d’accompagnement : la dotation de l’ASACO du quartier de panneaux solaires, du soutien à des organisations de jeunesse et femmes du quartier et le financement des initiatives de développement. De quoi faire vaciller la raison chez certains !
Au même moment, des habitants ont juré sur leur tombe de ne jamais laisser implanter, de leur vivant, une station d’essence au milieu de leur quartier.
Affaire à suivre…
Mariam Sissoko