Evolution de la transition : Focus sur la décrispation ?

« Dégel » ou « décrispation » serait le concept qui captive le plus l’attention des autorités de la Transition, ces dernières semaines.

1 Sep 2026 - 09:09
1 Sep 2026 - 12:37
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Evolution de la transition : Focus sur la décrispation ?

Si dans le domaine diplomatique, l’on parle plus de « désescalade », dans la sphère politique, les termes dégel ou décrispation sont plus à la mode. Et c’est ce à quoi les plus hauts dirigeants travaillent actuellement, en vue d’amorcer une nouvelle étape de la Transition en cours.

En effet, après six ans bien remplis en événements pour cette période transitoire, un risque d’essoufflement se faisait sentir dans la gestion des affaires publiques. Ce, d’autant que les défis, tant au plan institutionnel que socio-économiques ne cessaient de s’amonceler, en dépit des efforts déployés par les gouvernants. Ce qui a incité certains partenaires stratégiques du pays à conseiller aux hautes autorités de «tout mettre en œuvre pour aller vers la fin de l’Etat d’exception ».

Cela découlait des orientations stratégiques des hauts dirigeants de l’ONU et de plusieurs organisations partenaires, qui auraient appelé les dirigeants de la Transition à initier des mesures conduisant à la «normalisation ». Cela devrait passer, selon des confidences, par une feuille de route tenue discrète, à mettre à exécution, dans un délai court.

Cette feuille de route passerait par la libération des détenus, poursuivis dans des affaires à connotation politique, susciter le retour au bercail des exilés forcés (acteurs du précédent régime), renouer avec une coopération de voisinage plus apaisée…

Et, selon nos sources, ce sont là les points saillants de la confidentielle feuille de route des autorités de Transition. Celle-ci commence à être traduite en actes concrets avec le dégel qui vient d’être scellé avec l’Algérie, la semaine dernière, avec la « visite de travail » du Premier ministre, le Général de division Abdoulaye Maïga, à Alger.

Il s’agit d’un événement majeur marquant un tournant décisif dans les relations, plutôt tumultueuses, que le pouvoir du Général Assimi Goïta a entretenues avec le grand voisin malien du septentrion. Faut-il rappeler que ces relations se sont nettement détériorées depuis l’abattage du drone malien dans le désert frontalier malien en 2025 ? Ce qui a été suivi d’une grave crise diplomatique, qui a fortement desservi les efforts de résolution de la crise sécuritaire au Mali…Mais, des dynamiques de bons offices ont été activées et cela a permis aux deux pays frères de finir par se donner la main, dans l’intérêt commun des peuples. Cette entente doit même être davantage renforcée, par la visite d’Etat, annoncée pour bientôt, du président Assimi Goïta à Alger, pour un tête-à- tête historique avec le président algérien, Abdel Majid Tebboune. Ce qui laisse entrevoir de nombreuses retombées pour les deux pays, en particulier sur l’évolution de la situation sécuritaire au Mali. Car, nul n’ignore le rôle décisif qu’Alger peut encore jouer dans les efforts de pacification du Mali. De nombreux chefs terroristes ne gardent-ils pas encore des connexions particulières avec le pays de « Bouteflika, le Malien » ? Rien n’est moins sûr…

En outre, de sources bien introduites, les autorités pourraient orienter cette volonté de décrispation et d’apaisement vers la Côte d’Ivoire, dans le but d’opérer le dernier virage, celui des élections marquant le retour à l’ordre constitutionnel normal.  Il semble que la récente grâce présidentielle accordée au Français Yan Christian Bernard Vézilier est dans ce calcul stratégique, Abidjan étant le plus grand protecteur des intérêts français dans la région ouest-africaine. Et un diplomate de confier que « pour faire la paix avec Paris, il faut saluer Abidjan ou vice versa ! ». Ce qui augure d’une volonté sincère de baisser la tension diplomatique entre Bamako et le duo Paris-Abidjan. Idem pour le Sénégal, dont le président Bassirou Diomaye a été récemment reçu en visite à Bamako par Assimi Goïta, pour un renforcement de la coopération de bon voisinage et de fraternité avec le pays de la Teranga, et avec les autre Etats membres de la CEDEAO…

C’est donc en vue d’adopter une nouvelle posture plus collaboratrice, surtout à l’endroit de ses voisins, que le discours officiel est désormais moins offensif et plus prévenant dans l’intérêt aussi et surtout de la diaspora malienne. Car, comment envisager des perspectives électorales, sans se préoccuper de l’hospitalité ivoirienne à l’égard des 4 millions de Maliens, qui vivent dans le pays d’Alassane Dramane Ouattara. Peut-on sous-estimer ce vivier électoral pour l’élection présidentielle, qui se murmure pour l’année prochaine ? Cette diaspora n’est-elle pas, du reste, grossie par un exil forcé de plusieurs hauts cadres proches du régime d’IBK, qui se sont installés dans ce pays, « en attendant de voir clair » ?

C’est tout ce climat d’appréhensions, qui inspire des voix de clémence et de réconciliation, pour  la quête d’une « union sacrée » véritable en vue du retour à la normalité.

Selon des indiscrétions dans ce sens, le chef de l’Etat, dans le cadre de la prochaine célébration de la fête de l’indépendance, le 22 septembre 2026, pourrait accorder des mesures de grâce présidentielle en faveur de plusieurs prisonniers. Il pourrait aussi annoncer des mesures législatives de pardon ou d’entente nationale, voire d’amnistie spéciale. Ce qui peut faire recouvrer la liberté à plusieurs cadres en délicatesse avec la justice. Cela, en vue d’un processus hautement participatif pour les prochaines élections.

C’est à ce prix que le Mali, selon de nombreux observateurs, se donnera des chances réelles de se souder, pour faire face, avec des autorités élues, au péril terroriste. Ce sera aussi un Mali plus réconcilié avec lui-même, qui bénéficiera d’une solidarité agissante de ses voisins et de ses partenaires stratégiques. Un pari que le président Assimi Goïta pourra gagner, avec plus de légitimité et de mobilisation patriotique de la majorité des Maliens, tant de l’intérieur que de l’extérieur.

 

Boubou SIDIBE/maliweb.net