Nicolas “Le Petit “

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Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi
Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi (g.) à l'Elysée en décembre 2007. © REUTERS/Patrick Hertzog/Pool/File Photo

“Ave César, ceux qui vont mourir te saluent”! Cette formule apocryphe présentée comme la révérence des gladiateurs à l’Empereur romain pourrait être ainsi parodiée :Sarko, le Sahel qui subit les affres de ta guerre stupide en Libye, te souhaite le meilleur du pire”!

En embarquant dans sa voiture ce 21 mars pour la suite de sa garde à vue, entamée 24h plus tôt, Nicolas Sarkozy avait sa mine des mauvais jours. Le front plissé et les naseaux pétant la colère. C’est quoi ce bordel ! se murmure-t-il sans doute à lui-même. Lui qui, quelques jours auparavant, faisait l’éloge des pouvoirs autoritaires, estimant que trois des hommes forts du monde Poutine, Xi Jinping et Erdogan (pour ne pas les nommer) n’étaient pas à la tête de démocratie et que ce système politique affaiblissait les dirigeants occidentaux. Une partie de son auditoire a sans doute craint de le voir demander le retour de la Guillotine et de la lettre de cachet pour la presse, pour Mediapart en l’occurrence dont les multiples révélations lui valent de répondre d’accusations de financement occulte de sa campagne par Kadhafi. Il est bien loin le temps où Nicolas Sarkozy terrorisait les journalistes qui avaient le toupet de lui poser une question sur cette affaire. Laurence Ferrari et David Pujadas ont été littéralement agressés verbalement par l’ancien président pour leur outrecuidance de vouloir en savoir davantage. Cette stratégie à la Pitbull n’a pas prospéré devant les juges qui ont trouvé dans le dossier libyen matière à le mettre en examen pour: ” corruption passive, financement illégal de campagne et recel de détournement de fonds publics libyens “. La coupe est pleine, n’en jetons plus! Les casseroles que traîne Monsieur Sarkozy débordent de toutes sortes d’affaires allant du fric frac des comptes de campagne de 2012 plus connu sous le nom de l’affaire Bygmalion et celle dite des écoutes téléphonique lorsque le même Sarkozy au mépris de la loi, a utilisé des moyens illégaux pour étouffer l’affaire Bettencourt.

Le scandale du financement libyen qui le rattrape après 11 ans d’esquive agressive est incontestablement le coup de bambou sur la tête d’un homme, arriviste en diable, pour qui la fin justifie tous les moyens. Une conquête du pouvoir à la hussarde faite de trahisons, d’intimidation à l’endroit de réels ou potentiels adversaires, du charme à gogo pour les obligés de tous poils dont un bon nombre dans la presse française qui s’enhardit à bon droit contre des chefs d’Etat africains corrompus mais reste dans sa grande majorité lâchement muette sur les turpitudes d’un président français qui inaugure son mandat sur le yacht de Bolloré en 2007. Imagine-t-on Alassane Ouattara en balade dans le jet privé de Bolloré pour célébrer une victoire électorale ? Les donneurs de leçons à la petite semelle se seraient disputés les plateaux radio-télé pour houspiller le “vendu”. Quand il a réussi à chasser Patrick Poivre d’Arvor du 20h de TF1 le journal le plus regardé en France, Nicolas Sarkozy s’est acheté une immunité auprès d’une large frange de la corporation médiatique. Les plus prudents ont commencé à garder profil bas, les plus zélés se sont égarés dans la flagornerie. Sarkozy menace-t-il les jeunes de banlieue de les passer au Karcher ? Ils n’y voyaient que la manifestation d’une droite décomplexée. Son activisme vibrionnant? Le signe d’une présidence dynamique et jeune ? Même l’extravagante guerre lancée en Libye, dans une complicité avec Bernard Henri Lévy (le philosophe en col blanc) n’a pas secoué les consciences. Il nous fut même expliqué que la France après avoir été pris de court par la révolution tunisienne, se rattrapait en Libye. Cela au prix d’un détournement du mandat de l’ONU qui débouchera sur l’assassinat de Kadhafi et la rupture de la vraie digue qui protégeait et le Sahel et l’Europe. Le monde ne tarda pas à découvrir ce que le règne brutal de Kadhafi bridait de forces négatives. Aujourd’hui Sarkozy le “libérateur “ne peut pas mettre le pied en Libye ; Bernard Henri Lévy y est déclaré persona non grata.

 

Plus grave encore, un récent rapport d’enquête parlementaire britannique soutient qu’il n’y avait ni génocide ni massacre de masse à Benghazi, discréditant les arguments des fauteurs de guerre. Rien n’a pu empêcher l’irréparable qui eut pour conséquence de mettre le feu à la plaine en débridant la déferlante djihadiste et doper les mouvements rebelles, notamment au Mali qui va payer cher son indocilité sur les accords de réadmission et l’accueil d’une base militaire française permanente, entre autres. A l’image de la Libye, Nicolas Sarkozy avait un vrai plan pour le Mali dont Hama AG Mahmoud, membre fondateur du MNLA, a  dévoilé un pan dans une interview qui n’a jamais fait l’objet de démenti. Il y dénonçait la trahison de la France de Sarkozy qui avait promis au mouvement rebelle “l’indépendance” des régions convoitées au Nord Mali. Hama AG Mahmoud n’est ni un fanfaron ni un illuminé. Il a été ministre du Mali sous Moussa Traoré et président de la  Chambre de commerce. Ce chef rebelle était même pressenti pour diriger “la République de l’Azawad” promis par le parrain français. En attendant, Hama AG Mahmoud avait été mis au chaud à Nouakchott chez le factotum Mohamed Abdelaziz qui avait donné toutes les leçons de lutte anti-terroriste au Mali tout en signant un accord secret de versement de rançon à AQMI afin de sanctuariser son pays contre les attaques djihadiste.

Fermons la parenthèse Aziz pour continuer avec Nicolas “Le Petit”, dans l’esprit du célèbre pamphlet de Victor Hugo contre Napoléon III. Les juges feront de lui ce qu’ils veulent dans le cadre de la procédure en cours, mais l’Histoire a définitivement condamné cet homme sous-cultivé, menteur et vénal pour avoir abaissé la fonction présidentielle comme jamais dans les démocraties occidentales.

Menteur. Dans un élan d’indignation feinte, Nicolas Le Petit se désole d’être traité sur le même pied qu’un “sinistre personnage comme Ziad Takiédine ou des criminels de la trempe du clan Kadhafi. Hallucinant de la part d’un homme qui a fait copain-copain avec Takiédine et d’autres barbouzes affairistes de plus triste réputation. Ces douteuses fréquentations en disent long sur le profil de l’homme qui présida la France de 2007 à 2012. Le président bonimenteur traite le clan Kadhafi de tous les noms d’oiseaux oubliant que c’est lui qui est allé les démarcher pour financer sa campagne et pour, au passage, un peu d’enrichissement personnel pudiquement camouflé sous le chef d’accusation de “corruption passive”. La défense de Sarkozy pue le mensonge et la mauvaise foi. L’interprète qui a couvert son entretien privé avec Kadhafi en 2005 s’est muré dans le silence et l’amnésie : elle ne se souvient plus si une demande de financement avait été formulée à cette occasion. Pour couvrir plus tard ses arrières, le même Sarkozy a organisé l’exfiltration de Béchir Salah Directeur de cabinet du Guide libyen au Niger, à quelques encablures de la présidentielle  de 2012, par peur que la justice s’intéresse trop à lui, surtout dans l’hypothèse d’une défaite électorale face au candidat socialiste. En voilà de bien curieuses manières de la part de celui qui se présente comme un parangon de vertu et le mètre-étalon de la Morale et de la Vérité.

La prodigalité de Kadhafi était apparue aux yeux de Sarkozy comme le prélude d’une présidence heureuse au cours de laquelle il fourguerait au “Bédouin” centrale nucléaire civile, Airbus à gogo, équipements militaires et de sécurité. L’accueil royal au Palais de Marly en face de l’Elysée avait sans doute plu au Guide mais pas assez pour délier le cordon des pétrodollars. En 2011, c’est donc un Nicolas Sarkozy, doublement rancunier, qui va à l’assaut de la Libye. Il éructe contre celui qui l’a roulé dans la farine en l’absence de juteux contrats, sans être mécontent de faire disparaître un « bailleur gênant » qui commençait à s’étonner publiquement d’avoir été payé en monnaie de singe par un président dont il avait financé la campagne. Sarkozy qui nous prend sans doute pour des demeurés nous explique doctement que ce serait curieux de sa part de conduire une guerre contre celui qu’on présente comme son bienfaiteur. Rien de curieux : ça s’appelle “faire disparaître les traces et preuves du crime“! Preuve que la parole de ce bonhomme est démonétisée, il nous a redit lors de son plaidoyer pro domo sur la Libye que “la politique c’est fini”! Scoop du millénaire, sauf que nous avions entendu la même rengaine en 2012 un soir de défaite électorale à la présidentielle.

Vénal. Le sulfureux dossier du financement libyen montre que Nicolas Sarkozy est entré par la magouille à l’Elysée. A la fin de son mandat,  il confirma son goût immodéré pour l’argent à travers des conférences rémunérées par les pétromonarchies du Golfe, par le Qatar en particulier, s’attirant au passage les foudres de son rival Hollande qui l’accusa d’abaisser la fonction présidentielle. Cette vénalité est pour beaucoup dans les raisons d’un déjeuner/diner à l’Elysée avec les dignitaires du Qatar en présence de Michel Platini membre de la Fifa, quand Doha faisait son lobbying pour abriter la Coupe du monde de 2022. Platini a démenti que cette rencontre ait pu influencer le choix du Qatar mais on ne demande qu’à le croire ! Le président de la grande république française que nous aimons, qui se transforme en coursier pour un Qatar qui n’est pas plus démocratique que la Libye. Dans un ouvrage de référence “Le vilain petit Qatar ” Jacques-Marie Bourget et Nicolas Beau révèlent que dans ce pays si cher à Sarko, seules deux associations étaient tolérées, l’une s’occupant d’environnement, l’autre de philatélie, deux thèmes combien subversifs ! C’est encore à Abu Dhabi aux Émirats Arabes Unis que Sarkozy est allé faire l’apologie des régimes autoritaires et des nouveaux hommes forts de la planète. Il est vrai que s’il avait eu la chance d’être le président d’un de ces pays, il ne viendrait à l’esprit d’aucun « petit juge » de le convoquer à plus forte raison le garder à vue pendant 25 heures. A titre anecdotique, il n’est pas inutile de rappeler qu’après sa défaite à la primaire de la droite, Nicolas Sarkozy avait exigé et obtenu de Fillon le remboursement de 300.000 euros correspondant à sa dette de campagne pour prix de son soutien. Comme un vulgaire chasseur de prime ! Cet homme est plus que la caricature de lui-même. On s’en foutrait si nous ne continuions à payer le prix de ses turpitudes.

Moussa SEYDI

(L’Aube 968 du jeudi 29 mars 2018)

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