Seydou Badian à cœur ouvert: « Vous feriez tout ce que vous voudriez, mais on ne vous lâchera jamais Tessalit»

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Seydou Badian Kouyaté
Seydou Badian Kouyaté

Seydou Badian Kouyaté est un écrivain et homme politique malien qui n’est plus à présenter. Ce témoin de l’indépendance et auteur de l’hymne national du Mali a été de tous les combats de libération contre l’occupation coloniale. Il s’inquiète aujourd’hui pour l’avenir du pays et espère au fond de lui, que surgira un jour, un jeune Malien qui viendra remettre les pendules à l’heure. Et lorsqu’il évoque ses souvenirs avec Modibo Keita, c’est à peine s’il ne s’efforce pas pour retenir ses larmes. Ministre à deux reprises jusqu’au coup d’Etat de Moussa Traoré le 19 novembre 1968, l’auteur de La mort de Chaka a vécu la déportation à Kidal, avec Modibo Keita et d’autres compagnons de lutte dans un fort où il dormait sur une brique à même le sol. Il nous révèle, dans l’entretien qu’il nous a accordé, que la France ne renoncera jamais à la base de Tessalit et trouve que l’Onu n’est autre qu’un colonisateur. Son point de vue sur la signature des Accords de paix est prémonitoire : il prévient qu’on en verra les conséquences…

L’Enquêteur : Vous avez vécu le Mali des indépendances, vous vivez aujourd’hui le Mali moderne. Quelles différences existe-il entre le Mali d’hier et celui d’aujourd’hui ?

Seydou Badian Kouyaté : Si vous aviez posé cette question au citoyen lambda, il vous dira que la différence est énorme. La 1ère République, c’était le travail, le sens de l’honneur, de la dignité. C’était le patriotisme. La rumeur à Bamako dit ceci : «au temps de Modibo, on avait honte de voler. Sous les putschistes, on avait peur de voler. Maintenant on n’a ni peur, ni honte. » Cela veut tout dire. Malheureusement aujourd’hui, c’est l’argent, c’est la lutte pour l’argent. Sans argent, on ne règle rien. Aujourd’hui, nous assistons à la lutte pour le confort, pour les places. On ment, on trompe. Nous, nous ignorions ces travers. J’aime le répéter, Modibo Keita est mort en laissant 300.000 F malien. L’équivalent de 150 000 F CFA. Allez-y voir sa maison à Dar-Salam. Allez-y voir la maison de son père à Ouolofobougou. (Il marque un silence, ndlr).

L’Enquêteur : Vous avez justement été très proche du président Modibo Keita. Dites-nous un peu comment se déroulait votre collaboration.

Seydou Badian Kouyaté : Je suis écœuré lorsque je lis certains écrits des occidentaux sur nous (il fait allusion au gouvernement de Modibo Keita, ndlr). S’il y a eu un démocrate dans ce pays, c’est bien Modibo. Nous étions un parti unique (l’Union Soudanaise –Rassemblement démocratique africaine-  US-RDA- ndlr), le Parti national, celui du peuple malien tout entier. Nous avons tout fait pour convaincre et travailler avec ceux-là mêmes qui n’étaient pas d’accord avec nous. Nous étions dix-sept membres qui constituons le Bureau politique et Modibo ne prenait jamais de décision tout seul. Le Bureau politique se réunissait chaque mercredi autour de Modibo, qui emmenait sur lui les dossiers à traiter. Pas un seul ambassadeur n’a été nommé en son temps sans l’avis du Bureau politique. En cas d’urgence, le Président Modibo Keita réunissait son secrétariat dont faisaient partie Mahamane Alassane Haïdara, président de l’Assemblée nationale, Madeira Keita, ministre de l’Intérieur à l’époque, Idrissa Diarra, secrétaire politique du parti, Ousmane Bah aux Affaires Etrangères, Yacouba Maiga, membre permanent du parti. Ainsi, le secrétariat du parti s’occupait des urgences tandis que le Bureau politique gérait les affaires courantes.

Une fois, Modibo a entrepris une action secrète avec quelques-uns d’entre nous. En effet, les dirigeants du Niger nous avaient écrit pour demander la tête d’un Nigérien, accusé de terrorisme dans son pays et vivant au Mali. Des grenades avaient explosé dans un quartier non loin du siège du parti du Nigérien que les autorités de son pays accusaient, et ils nous ont demandé de le livrer. Le Bureau politique s’est réuni pour trancher et les discussions ont été houleuses. A la suite des débats, nous avons été battus.

L’Enquêteur : Quelle était donc votre position ?

S.B.K : Personnellement, j’étais contre ceux qui voulaient qu’on le remit aux autorités du Niger. Vers minuit, après la discussion au sein du Bureau politique, je suis allé attendre Modibo à Koulouba, où j’habitais d’ailleurs. Lorsqu’il m’a trouvé chez lui, il a souri et m’a demandé : «Mais Seydou, qu’est-ce qu’il y a ? Ah ! Vous avez été battus…» Je lui ai répondu: « Modibo, si tu le livres, ils vont le tuer. Ce n’est pas lui.» Il rétorque : « mais je n’y peux rien, c’est la démocratie. Vous la vivez la démocratie ! Vous en parlez à longueur de journée. Démocratiquement on est battus. Je ne suis que l’homme qui exécute les décisions du Bureau politique national de l’Union soudanaise/RDA.» J’ai encore insisté pour dire au président : «si tu le livres, on le tuera.» Je suis rentré malheureux chez moi, ce soir-là. Le surlendemain, ceux qui étaient pour qu’on livre le Nigérien sont venus voir Modibo et lui dire : «Ah ! Le monsieur a fui, il a quitté le Mali, il est parti. Nous sommes sûrs que c’est Seydou qui l’a aidé à fuir». Modibo m’appelle donc pour m’informer que le monsieur a fui et qu’on m’accuse d’être à l’origine de cette fuite. Je lui demande de prouver cela. Le lendemain, lorsque j’ai revu Modibo, il ne souriait plus. Il riait cette fois-ci. Moi aussi je riais car j’ai su ce qui s’était passé par la suite. Modibo a donné des moyens notamment un véhicule à Mamadou Diakité, ministre de la Défense à l’époque, qui a fait partir le Nigérien en Guinée en lui remettant de l’argent pour poursuivre sa fuite là où il le voudrait. C’est ainsi que le monsieur a été sauvé. Ce jour-là Modibo n’a pas exécuté les décisions du Bureau politique, mais c’était pour une très bonne cause.

L’Enquêteur : En 1968, le coup d’Etat de Moussa Traoré vient mettre fin au travail que vous étiez en train d’abattre. Comment avez-vous vécu cette période ?

S.B.K : Certains journalistes ont voulu minimiser ma réaction sur le coup d’Etat en affirmant que j’aurais simplement dis : «Quel gâchis !» « Quel gâchis ! » « Quel gâchis ! » Et c’est pourtant vrai. Nous avions un programme avec le président Mao Tsé-toung (de la République populaire de Chine, ndlr), nous étions si avancés que Mao était devenu, en Chine, le père du Mali. Je l’ai personnellement rencontré à sept reprises. Lors d’une de nos rencontres, j’étais allé dans le but de préparer le terrain à la délégation du général Soumaré pour une demande d’armes. Mao me rétorque : «toi tu viens parler d’armes, est-ce que tu as effectué ton service militaire ?» Je luis réponds que non. Puis à son tour de dire « moi non plus je n’ai pas effectué de service militaire, mais j’ai battu des maréchaux. Vas-y donc te familiariser avec les armes dans telle caserne, et reviens me voir.» (Seydou Badian nous montre effectivement juste derrière nous, dans son bureau à la maison, une photo où il s’essaie au tir à l’arme, entouré de superviseurs chinois, ndlr). Quinze jours plus tard, je suis revenu voir Mao. Il a dit : «donnez-lui tout ce qu’il veut».

L’Enquêteur : N’avez-vous pas senti venir le coup d’Etat de Moussa Traoré ?

S.B.K : Non. Le problème de Modibo c’était l’armée. Et l’armée était tellement bien équipée que Senghor m’a dit un jour : « Seydou, à qui le tour? Sur qui vous allez tomber avec toute cette ferraille? »  (le matériel militaire imposant de l’armée malienne alors, ndlr). Modibo a été prévenu et il a réagi en disant que si c’était des jeunes qui souhaitent faire un coup d’Etat, ce sera pour faire avancer le Mali. C’est là où il s’est trompé. Modibo nous a toujours dit qu’il ne ferait rien contre des jeunes. Que des jeunes fassent un coup d’Etat en se disant que nous ne faisions pas assez pour le pays ou que nous n’étions pas assez à gauche, cela importait peu pour Modibo tant que c’était dans l’intérêt du pays. Mais des vieux qui organiseraient un coup d’Etat pour nous ramener encore entre les griffes de la colonisation, du colonisateur, là c’était non. Telle était la position de Modibo Keita.

L’Enquêteur : Après le putsch, vous avez été déporté à Kidal. Pouvez-vous nous en dire plus sur les conditions de votre détention ?

S.B.K : (Il se met à rire, ndlr). Nous avons été scindés en deux groupes. Madeira Keita, ministre de l’Intérieur, Mahamane Alassane Haïdara, président de l’Assemblée nationale, le ministre des Finances, le ministre de l’Information, Mamadou Gologo, Mamadou Diakité, ministre de la Défense et moi étions détenus au fort. Je dormais sur une brique en terre. Diakité et moi avons été isolés du groupe, personne n’avait le droit de nous parler et vice-versa, car les gens pensaient que nous inciterions les autres éléments du groupe à intenter un procès. Il n’y a jamais eu de procès. Mes compagnons dormaient par terre sur une natte. Nous mangions de la nourriture de soldat. Les lettres nous parvenaient après avoir été ouvertes. Voilà comment nous avons vécu.

L’Enquêteur : N’avez-vous pas cherché à entrer en contact avec Modibo Keita par quel que moyen que ce soit ?

S.B.K : Un jour, le caporal qui nous surveillait est venu me voir dans la case où j’étais détenu avec Diakité, puis il m’a jeté quelque chose. Lorsque j’ai ouvert le papier, je l’ai lu et la signature de Modibo y était apposée. Le caporal m’a dit que Modibo l’avait chargé de me remettre la lettre et d’y répondre. Le Caporal insiste pour me dire qu’on le fusillera s’il y a une fuite mais que si c’était son destin, il l’avait accompli. C’est ainsi qu’il a servi de facteur entre Modibo et moi.

L’Enquêteur : Quel était le contenu de la lettre de Modibo ?

S.B.K : Ah non ! Non. Il disait que ses geôliers étaient fiers car ils pourront enfin faire du trafic, se débrouiller et gagner beaucoup d’argent n’importe comment et n’importe où. Ça m’a fait très mal.

L’Enquêteur : Vous n’avez rien tenté pour renverser la situation à votre faveur ?

S.B.K : Non !

L’Enquêteur : Pourtant vous aviez une armée forte et bien forte…

S.B.K : N’oubliez pas que le coup d’Etat a été fomenté par des officiers subalternes. Moussa Traoré était lieutenant à l’époque. Il y avait la présence de deux capitaines de l’armée dont un est décédé accidentellement juste après le coup d’Etat. Nous avions la conviction d’avoir le peuple malien de notre côté. Nous avons toujours pensé qu’après les moments d’euphorie, la réalité prendrait le dessus et que nous nous retrouverions. Modibo a toujours dit qu’après les tam-tams, quand il allait se retrouver seul face à lui, à son présent et au peu qu’on a réalisé, le peuple demeurera avec nous.

L’Enquêteur : Peut-on dire qu’une puissance étrangère était derrière ce coup d’Etat ?

S.B.K : Nous savions que les Occidentaux étaient dans le coup, contre nous. Parce que nous n’étions pas des copains. Il y avait certains qu’ils détestaient vraiment dont Madeira Keita et Mamadou Gologo, tous prosoviétiques, et moi-même prochinois.

L’Enquêteur : N’était-ce pas un cocktail Molotov ?

S.B.K : Tout à fait !

L’Enquêteur : Et Modibo lui-même ?

S.B.K : Modibo était un révolutionnaire raisonnable qui pensait que tous ceux qui étaient avec nous étaient nos compagnons avec qui on pouvait cheminer. C’était là son erreur, mais il y croyait vraiment. Il a tout fait pour convaincre sans frapper ni terroriser.

L’Enquêteur : Quelle était la vision de Modibo Keita pour son pays et sa jeunesse ?

S.B.K : Si le frère de Modibo, Moussa Keita, était haut-commissaire à la jeunesse. C’était parce que Modibo lui-même voulait rester très proche de la jeunesse. La jeunesse et la paysannerie étaient ses priorités. C’était quelqu’un de très modeste. J’ai eu l’occasion de déjeuner avec Modibo à plusieurs reprises. Au menu, il y avait du café pour les ‘’toubabousants’’ (occidentalisés) et le ‘’to sira’’ (tô de la veille ou tô couché) pour lui. Allez-y voir sa maison à Dar-salam. Allez-y voir la maison de son père. Il aurait pu construire des châteaux s’il l’avait voulu. Un chef d’Etat lui avait promis une villa en ma présence, il l’a refusée. Pour lui, s’il y avait quelque chose à faire, c’est pour le Mali qu’il le ferait.

L’Enquêteur : Modibo Keita était aussi un panafricaniste. Quelles étaient ses rapports avec N’Nkrumah, Lumumba et Senghor ?

S.B.K :  Kwame Nkrumah a été le premier panafricaniste à affranchir son pays, la Gold Coast  qui sera plus tard le Ghana. Après le référendum de la Guinée en 1958, Sékou Touré a tendu la main à Kwamé Nkrumah. Nous, nous n’étions pas prêts politiquement en 1958, lorsque le référendum était en cours. C’est pour cela que Modibo et les dirigeants de l’époque ont clairement dit qu’ils voteraient ‘’oui’’ pour aller à la Communauté car nous n’étions pas prêts. Le président Sékou Touré avait eu le temps de limoger les chefs de cantons qui étaient les appuis des colonisateurs. Les nôtres par contre étaient toujours en place. On ne pouvait pas faire autrement. Bakary Djibo a tenté de faire voter ‘’non’’ au Niger et il a échoué puis s’est retrouvé en exil à Bamako. Modibo Keita a voté ‘’oui’’ en pensant ‘’non’’. Il voulait former un noyau avant les indépendances. C’était dans cette perspective qu’on avait créé la Fédération du Mali avec le Sénégal, qui n’a malheureusement pas marché. Jacques Foccart avait déclaré que l’une de ses priorités était de liquider cette Fédération Mali-Sénégal. Modibo Keita, Kwamé Nkrumah et Sékou Touré ont créé l’Union Ghana-Guinée-Mali. Lorsque Robert Mugabe est venu ici (le président Zimbabwéen était présent à Bamako à l’occasion de la signature des Accords de paix le 15 mai 2015, ndlr), il l’a bien dit dans son discours. C’est Modibo Keita qui a mis fin à la guerre entre le Maroc et l’Algérie. Ben Bella de l’Algérie et Hassan II du Maroc ont tous désigné Modibo comme médiateur. C’est ainsi qu’ils se sont réunis à Bamako pour mettre fin à la guerre qui les opposait à propos du Sahara occidental. Modibo voulait l’union, seul moyen de combattre l’impérialisme.

L’Enquêteur : Avec un peu de recul, quelles sont, selon vous, les entraves à l’union des peuples africains et quelles solutions préconisez-vous ?

S.B.K : Les peuples n’ont pas d’entraves entre eux. Les entraves, ce sont les autres. C’est l’Occident, essentiellement qui nous a colonisés et qui sait que si nous sommes forts, il n’aura pas de place chez nous. On ne pourra rien faire en étant isolés, des micro-Etats. Seuls, nous sommes livrés à l’Occident. Paul Kagamé a beau s’agiter, il sera comme les autres parce que les colonisateurs restent puissants.

L’Enquêteur : Que répondez-vous à ceux qui pensent que la crise sécuritaire au nord du Mali est étroitement liée à la France, qui tient à préserver ses intérêts dans le pays?

S.B.K : (A peine avons-nous posé la question qu’il y répond en haussant le ton, ndlr). Mais c’est vous qui l’avez liée à la France. Ce sont les jeunes, c’est vous, c’est votre pouvoir. Il y a beaucoup de choses qui me chiffonnent. Je préfère me taire car si je dis ce que je pense, certains vont s’en servir alors qu’ils ne feront pas mieux. Malheureusement, c’est ainsi. C’est votre temps, c’est votre mentalité, c’est votre vision des choses. Ce n’est pas la mienne.

L’Enquêteur : Justement en tant que personnalité qui a vécu plusieurs générations, nous avons besoin de votre avis…

S.B.K : Si on fait tomber le gouvernement, ceux qui s’agitent aujourd’hui feraient la même chose s’ils arrivaient au pouvoir. Votre état d’esprit est que vous ne pouvez pas vivre sans les Blancs, sans la France. C’est ça la mentalité secrète et fondamentale. Moi j’ai vécu autre chose que vous n’avez pas vu. Moi je sais ce qui se passe, vous non. Depuis 1968, votre vision c’est la France, le colonisateur, l’Occident. A notre époque, tout notre armement venait de Moscou ou de Pékin. C’est terrible pour vous. Vous risquez de ne jamais vous en sortir. Vous vous en rendez compte ? Ceux qui courent après le pouvoir et ceux qui sont au pouvoir c’est la même chose.

L’Enquêteur : Vous parlez comme si nos pays étaient déjà condamnés…

S.B.K : Certains sont condamnés à mener toute leur vie à l’ombre de l’ancien colonisateur. Pour y remédier, il faut une nouvelle mentalité : être soi-même, refuser le complexe d’infériorité. Avouer qu’on ne peut rien faire sans le colonisateur, c’est vivre en étant subordonnés, divisés. Je m’oppose à la politique actuelle des Etats africains. Ils ne s’en sortiront pas ainsi. Le drame aujourd’hui de mon pays, c’est le chômage. Kadhafi a été tué parce qu’il voulait créer une Banque africaine. Il représentait un danger pour l’impérialisme. Nos pays sont redevenus des colonies. C’est l’Occident qui fabrique les produits et nous, nous les achetons. Il est impossible d’industrialiser. L’Occident construira peut-être des routes, des hôpitaux, des dispensaires. Mais ce qui peut véritablement nous aider à nous sortir de notre situation, il ne le fera jamais, c’est niet.

C’est nous qui avons entrepris l’industrialisation du pays. La Comatex de ségou, la Sonatam, la sucrerie, c’était nos projets. Depuis notre chute du pouvoir en 1968, montrez-moi une unité encore valable. Si Modibo Keita avait pu achever notre programme à l’époque, le Mali serait aujourd’hui un pays émergent.

L’Enquêteur : Le Mali, sous Modibo Keita a connu une rébellion au nord du pays. Comment avez-vous, en son temps, réglé le problème ?

S.B.K : Nous avons fait la guerre. Cette crise a été provoquée par les colons français qui servaient dans le sud algérien et certains dans le nord malien. Ces colons, dont un certain Clausel, qui a failli être capturé, ont poussé nos frères à la rébellion. On ne parlait pas d’Azawad à l’époque. On parlait de la République de l’Etamaye. En 1963, nous avons fait la guerre et nous avons vaincu, ce qui a mis fin à cette rébellion. On était fiers d’être des Nègres maliens.

L’Enquêteur : Les richesses du sous-sol du nord du Mali seraient les enjeux de la crise. Pourriez-vous nous en dire plus ?

S.B.K : Les enjeux, c’est le sous-sol malien. C’est notre sous-sol. Lorsqu’en 1960, après l’éclatement de la Fédération du Mali, j’ai été à l’ONU avec Ousmane Bah, ministre des Affaires Etrangères, Mamadou Aw, ministre des Travaux publics et Demba Diallo, un haut cadre du parti. Je me suis retrouvé avec un membre de la délégation française alors que nous négociions l’indépendance de la Fédération du Mali. Dans nos discussions, il m’a dit en substance ceci : « vous feriez tout ce que vous voudriez, mais on ne vous lâchera jamais Tessalit.» Nous disposons d’immenses ressources dans le nord dont une nappe d’eau douce souterraine, le pétrole, le schiste, l’uranium, etc. Les Blancs, étant prévoyants, viennent sur place et trouvent des bouc-émissaires qui ont soif de pouvoir, et ils s’en servent. Mais on verra la suite. Moi, je ne serai plus là, mais vous vous verrez. Vous verrez la fin. On a signé les Accords de paix, on fait le tam-tam, on verra…

L’Enquêteur : Ces accords sont donc mort-nés, selon vous ?

S.B.K : Non ! Je regarde cela avec l’air de quelqu’un qui s’en va. Vous avez agi, vous verrez les conséquences. Je ne peux que prier pour mon pays.

J’ai entendu le président de la République dire dans un discours que des grandes puissances l’empêchent d’équiper l’armée. Etes-vous réellement indépendant? Il y a de quoi poser des questions au président. J’ai honte.

A l’occasion d’une conférence sur le centenaire de la naissance de Modibo Keita, quelqu’un m’a demandé ce que Modibo aurait fait. J’ai répondu en disant que Modibo n’aurait jamais fait appel à l’ONU car nous, nous connaissons l’ONU. Dag Hammarskjöld, le secrétaire Général de l’ONU en notre temps, c’est lui qui a livré Patrice Lumumba aux Katangais, à Moïse Tschombé. L’ONU travaillait pour l’Occident, contre l’Union soviétique, sous prétexte que les fabuleuses richesses du Congo ne devraient pas tomber entre les mains des communistes. L’ONU, c’est le colonisateur.

L’Enquêteur : Comment lutter contre le terrorisme au Mali ?

S.B.K : Yéléma, le parti de Moussa Mara, préconise de faire appel au peuple. C’est mon sentiment. A moins de ne pas croire au peuple, il faudrait constituer des comités de vigilance dans tous les villages, mobiliser les gens. Amadou Koufa se permet de prêcher de mosquée en mosquée en toute liberté et n’est même pas inquiété. Parfois même il est applaudi et on en rigole. On ne fait rien. Ah! Qu’est devenu le peuple malien? Ce n’est plus le nôtre. Malgré tout, je ne suis pas désespéré. Personne ne pouvait imaginer que de la Haute-Volta, pouvait naître un Thomas Sankara. Et je suis sûr qu’un jour, un Malien se lèvera pour dire non. Un jeune Malien dira non et ce sera la fin du ridicule que nous vivons.

Propos recueillis par A.B.D et O. Roland

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18 COMMENTAIRES

  1. Les maliens ont beaucoup de chance d’avoir encore à leurs côtés un dinosaure de la politique malienne de la première heure .

    Ce grand intellectuel qui conserve encore sa mémoire d’éléphant intacte malgré son âge très avancé.

    Seydou Badian est une grande chance pour le Mali . Il nous apprend beaucoup de choses très importantes . Son témoignage permet à la jeunesse d’avoir une idée claire et précise sur le Mali d’hier .

    Connaissant le Mali d’hier , on connait aisément ce qui fait cruellement défaut au Mali d’aujourd’hui .

    T

    • minty, tu diras a’ N’TOGOMA qui etait l’ami d’enfance de JC que le monde a’ change’!!!! (WALAY JE SUIS ENTRAIN DE RIRE!!!) Au coup d’état de 1968, le Mali ne comptait que 6 millions d’habitants et la politique internationale etait completement differente de ce qu’elle est aujourd’hui!!! LE FMI ET LA BM N’AVAIENTT PAS LE POIDS QU’ILS ONT AUJOURD’HUI!!! Le Mali de 2015 compte 16 millions d’habitants (nous avons donc plus de deux fois la population du Mali au moment ou’ Seydou et ses amis etaient au pouvoir)!!! Les realite’s sont differentes!!!
      minty, vous direz a’ notre TIEKORBA NATIONAL D’ ECRIRE SES MEMOIRES!!! Vous lui direz egalement que THE PARTY IS OVER in the former USSR!!!!!
      ALLAH KA TIEKOROBA ME’ ANKORO!!! ALLAH KA BE’ SON HAKILI GNOUMAN NA!!!

  2. Pourquoi tant d’acharnement sur la personne de Seydou Badian? La raison est simple: le malien est ségrégationniste!
    Au Mali, on a une voix légitime selon qui on est. La vérité au Mali est donc question de “PERSONNE”. Quel peuple hypocrite!

    • Mouawiya, je vous prie de me croire lorsque je vous dis que j’aime et j’adore Seydou Badian Kouyate’!!!!! Cheikh Hamidou Kane et son AVENTURE AMBIGUE, Ahmadou Kourouma et son SOLEIL DES INDEPENDANCES, Ferdinand Oyono et son VIEUX NEGRE ET LA MEDAILLE et ….. Seydou Badian Kouyate’ et son SOUS L’ORAGE/LA MORT DE CHAKA…etc, sont parmi les ecrivains africains QUI ONT ABSOLUMENT CONTRIBUE’ A’ MA FORMATION CULTURELLE ET POLITIQUE!!! Comme je porte le meme prenom que notre vieux, plusieurs ami au lycee m’avaientt donne’ comme surnom: Seydou Badian!!!! Je ne sais pas a’ propos des autres mais personnellement, j’aime bien N’TOGOMA!!!!
      Mon petit post avait pour but de rappeler a’ notre TIEKOROBA certains faits!!!
      SEYDOU BADIAN KOUYATE’ EST UN MONUMENT VIVANT DU MALI!!! Il suffit de lire attentivement l’hymne du Mali pour etre conaincu de ce que je dis!!! DOIS-JE VOUS DIRE QUE C’EST LUI L’AUTEUR DE L’HYMNE!!!!!
      Mon cote’ farceur tient a’ dire a’ Mouawiya Ould Sid’Ahmed Taya, que le vieux Seydou Badian Kouyate’ qui est ne’ l’anne’e de l’elephant en… 570, est TELLEMENT VIEUX qu’il oublie que nous sommes en 2015!!! RIRE!!!!
      BENFA, SON SINGE ET KANI N’ONT PAS LA MEME VISION DU MONDE!!!! RIRE!!!!!

  3. Pourtant, je crois que nous devons respecter les plus vieux pour le bonheur de notre société, même s’ils font des erreurs d’analyse, cet Viel homme mérite tout le respect de la jeunesse malienne. Si je vois certains propos malveillant envers cet homme d’une grande clairvoyance, cela m’offusque extrêmement. Je vous en prie respectons nos plus vielles personnes.
    Qu’Allah le tout puissant protège le Mali, car nous avions beaucoup et beaucoup d’écervelés dans nos rang actuel, cela n’est pas de nature à développer le pays. Mêmes les pays occidentaux où les comportements n’ont plus de moralité, ces derniers ne se comportaient comme çà et ils savent comment profiter des plus âgés. C’est vraiment dommage.

  4. N’togoma , j’ai lu votre interview. Sous l’Orage est meilleur!!!!! Je prefere lire plus sur le pere Benfa, son singe et la jolie Kany!!! Votre politique est ce qu’elle est. Vous me permettrez de vous rappeler les faits suivants:
    1- Le monde de votre temps avait deux puissances dominantes (l’URSS et les USA). Chacune desdites puissances avait des allie’s et plusieurs pays ont joue’ sur cette rivalite’!!! Aujourd’hui, le monde est unipolaire et domine’ par les finances. N’togoma, moi qui ai vecu plus de 25 ans aux USA, peux facilement dire que L’Amerique est une force pour le bien de ce monde. Je ne dis pas qu’elle est parfaite mais les bonnes actions des USA sont presentes partout dans le monde. Ceci etant dit, there is always a room for improvement!!!
    HUMANISONS LE DEVELOPPEMENT ET RECONNAISSONS NOS PROPRES RESPONSABILITE’S DANS NOTRE SITUATION!!! LA JUSTICE, LA MORALE ET LA RAISON NE GOUVERNENT PLUS!!! Imposons la bonne gouvernance dans nos pays avant de blamer les pays occidentaux qui ne font que defendre leurs interets, ce qui est tres naturel et tres normal!!!
    2- N’goma, au lieu du “… fiers d’etre des negres maliens ” que vous avez utilise’, j’aurais prefere’ lire “… fiers d’etre des PATRIOTES MALIENS!!! IL NE SERT A’ RIEN DE BLESSER LES SENTIMENTS DE NOS FRERES ET NOS SOEURS QUI NE SONT PAS NOIRS MAIS QUI SONT AUSSI TRES FIERS D’ETRE DES MALIENNES ET DES MALIENS!!!
    3- AL MARHOUM Modibo Keita a certes contribue’ a’ resoudre le conflits entre l’Algerie et le Maroc mais reconnaissons que les defunt presidents Bourguiba, Gamal Abdel Nasser et le defunt empereur Haile’ Selasie’ avaient tous contribue’ a’ la resolution du conflit.
    M’togoma, est-ce que vous savez que le Maroc revendiquait TOUTE LA MAURITANIE( AL MARHOUM HASSEN II N’ETAIT PAS PRESENT A’ LA CREATION DE L’OUA LE 25 MAI 1963 PARCE QUE LA MAUTINIE Y ETAIT. LE MAROC N’A RECONNU LA MAURITANIE QU’EN 1972! LE MAROC REVENDIQUAIT AUSSI UNE PARTIE DE L’ALGERIE ET UNE PARTIE DU…MALI!
    4- N’TOGOMA, JE VOUS RESPECTE ET JE VOUS AIME BIEN pour votre grande culture et votre contribution a’ notre formation culturelle!!! C’est en lisant Sous l’Orage que mon professeur du secondaire m’a explique’ le conflit qui peut exister entre des personnes qui sont des generations differentes! Appliquons ce conflit de… genrations a’ la politique en disant que la politique de votre generation et celle de notre generation ne sont pas les memes!!!
    En Afrique francophone, seule l’Algerie a’ eu une independence CONQUISE. Tous les autres pays africains francophones ont des independances acquise (donne’es par la France)!!! EST-CE QU’IL Y AVAIT DES CONDITIONS ? TRES PROBABLEMENT!!!! FAUT-IL DIRE QUE NOTRE GENERATION PAIE LE PRIX DE CE QUE VOTRE GENERATION A SIGNE’? MAYBE!!!! ILS ONT CEDE’ TOUT LE MALI A’ VOTRE GENERATION!!! SI C’EST TESALIT QU’ILS VEULENT POUR NOUS DONNER LA PAIX, NOUS POUVONS DISCUTER ET VOIR CE QUI EST FAISABLE ET CE QUI NE L’EST PAS!!!!Notre strategie est de prendre en considerations toutes les realite’s du monde d’aujourd’hui pour tirer notre epingle du jeu!!!
    JE VOUS REMERCIE POUR L’HYMNE DU MALI!!!!
    ALL KA AW ME’ ANKORO!!!!

  5. Merci grand père et je vous cite:
    ” ceux qui courent après le pouvoir et ceux qui so t au pouvoir, c’est la même chose”.
    Jai toujours et toujours ecrit cette pensée sur ce forum et je ne changerai jamais d’avis sur ca.
    Les temps et les realités changent aussi papi et il va falloir que Bous vivons avec.

    Merci et longue vie a vous encore.

  6. Pauvre viellard, c’est un infractuce qui va causer ta mort.
    Ton famalette avec ces 105 generaux se sont sauvé en laissant derrière eux armes et minition malgré tout cela tu la bouche ouverte pour dire on va pas lacher tessalit.
    Comment vas tu le reconquerir ?
    Tu as de la chance que les FATIM ont arrêté l’avancé des musulman sinon les arabes allait vous te castrer et ton famalette de parade.
    **************************************
    Gloire perpetuel à KLELA BABA. Que soit benit son nom, sa vie, sa source et sa lumière.
    Vive le GANJISME, vive la science universelle !

    • Tu n’as vraiment rien compris “Le scientifique”. Ce pauvre vieillard, comme tu l’appelles, n’a jamais dit qu’il ne lâchera pas tessalit. Il a dit que c’est un membre de la délégation française a l’ONU qui lui a dit dans leur discussion qu’ils (les colonisateurs) ne lâcheront jamais Tessalit, quelque soit ce que le Mali fera.

      Apprends d’abord à bien lire et comprendre ce qui est écrit avant de manquer de respect aux gens surtout à une personne âgée.

  7. Prions pour que les sages propos de ce “vrai” Malien nous guident à construire un Mali nouveau. Car, ne nous leurrons pas, le Mali est entrain de descendre dans un gouffre dont nous ne dévinons pas le bout !

  8. La première question qu’ A.B.D et O. Roland auraient du poser au vétéran , c’était :
    – Pourquoi on met une selle sur un cheval ?
    S’il avait répondu :
    – Parce qu’il si on la met dessous, elle tombe.
    …….ils auraient pu continuer l’interview ……. 😉 😉 😉 😉 😉

  9. 😆 😆 😆 😆 Mercie grands père aujourd’hui le ridicule est vraiment l honneur des maliennes nos dirigent : 😥 😥 😥 😥 😥 ❓

  10. Vivement LE MOUVEMENT NATIONAL DES PIONNIERS.
    SEYDOU BADIAN KOUYATE nous montre le chemin à suivre:LE NATIONALISME,L’HONNÊTETÉ, LA MODESTIE,LE RESPECT DES DENIERS PUBLICS….
    MODIBO KEITA ET SES COMPAGNONS ne se sont pas contenté d’en parler,ils en ont fait une politique.
    LE MOUVEMENT NATIONAL DES PIONNIERS était l’instrument d’exécution de cette politique.

  11. PÈRE on ne cédera jamais un seul centimètre du territoire le président Dioncounda a prévenu les bandits en 2012 le président IBK a valider. 😈 😈 😈 😈 😈 😈

  12. Parole de sage ! La balle est désormais dans le camp du peuple surtout la jeunesse. Personne ne viendra faire le développement à notre place. Il ne tombera pas non plus du ciel. 😥 😥 😥 😥 😥

  13. vraiment Mr Seidou Badian kouyate c’est le vrais ridicule que nous vivons;surtout en d’hors de pays.

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