Interview : Mahamoud Touré : « Pour être un leader, il faut être un visionnaire »

Dans le tumulte de la jeunesse malienne en quête de repères, Mahamoud Touré s’impose comme une figure singulière, alliant avec brio pragmatisme économique et altruisme social.

14 Jan 2026 - 14:28
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Interview :  Mahamoud Touré : « Pour être un leader, il faut être un visionnaire »

Promoteur de l’initiative Solid’Art et mécène engagé, cet entrepreneur au parcours atypique a choisi la voie de l’action concrète plutôt que celle des discours en bureaux climatisés. Gérant de la rôtisserie Fakala et Responsable du bureau de transit ÉDIFICE MODERNE DICKO LOGISTIQUE (EMDL), il incarne cette réussite forgée à la force du poignet, prouvant par l'exemple que les métiers de la terre et de l’artisanat sont des tremplins vers un leadership d’impact.

Reconnu à Sénou pour son intégrité et sa détermination, Mahamoud Touré a fait de la réussite de ses pairs son cheval de bataille. C’est avec une sérénité remarquable, installé dans son domicile, qu’il nous a ouvert ses portes pour livrer sa vision d’une société plus juste. Au cours de cet entretien exclusif, ce quadragénaire au regard éclairé revient sur les exigences de l’engagement citoyen, les défis de l’entrepreneuriat jeune et l’impérieuse nécessité d’une intégrité sans faille pour bâtir le Mali de demain. Lisez plutôt !

En tant que jeune leader, quelle est votre définition du leadership citoyen ?

À mon sens, le leadership citoyen réside dans l’engagement actif et désintéressé pour le bien-être de la communauté.

Qu’est-ce qui a motivé votre immersion dans l’action citoyenne ?

La conviction qu’un véritable leader doit posséder une vision claire. Je considère que chaque Malien naît avec une prédisposition au leadership, bien que certains s’en détournent sous le poids des pressions sociales ou familiales. En tant qu’êtres humains, nous avons le devoir de rendre notre existence utile à la collectivité ; c’est précisément cette quête de sens qui m’a conduit vers cette voie.

Quel rôle la jeunesse doit-elle jouer pour construire une société plus responsable ?

L’avenir d’une nation repose intrinsèquement sur sa jeunesse, c’est pourquoi chaque jeune devrait aspirer à devenir un leader. Cette posture nous permet de nous mobiliser efficacement pour le développement de la citoyenneté. Nous ne pouvons certes pas tout accomplir simultanément, mais nous avons le pouvoir de poser des actions qualitatives au moment opportun.

Selon vous, quelles sont les qualités indispensables à un leader ?

Une vision éclairée constitue le socle fondamental, laquelle doit être soutenue par un courage constant, un engagement ferme, une détermination sans faille ainsi qu'une intégrité absolue.

L’intégrité est un mot fort. Comment l’interprétez-vous ?

L’intégrité commence par la confiance en soi, puis par la capacité à gagner celle de ses collaborateurs et compatriotes. C’est une vertu qui exige d’être un homme de parole, objectif et profondément honnête dans ses interactions.

Quels sont les défis majeurs auxquels se heurtent les jeunes leaders au Mali ?

Dans nos communautés, et plus particulièrement à Sénou, le besoin d’accompagnement est criant. On peut être visionnaire et intègre, mais l'isolement freine l'ambition. Qu'il s'agisse de soutien financier, matériel ou technique de la part de l'État ou de mécènes, cet appui est crucial car personne ne peut bâtir un édifice seul.

Comment réagissez-vous face à la démotivation de certains jeunes ?

J'y vois souvent la conséquence d'un déficit de communication ou d'une incompréhension des enjeux. Puisque le leadership est en chacun de nous, il est de notre devoir de sensibiliser cette jeunesse. Nous devons communiquer davantage pour leur révéler leur propre potentiel ainsi que l’impact qu’ils peuvent avoir sur leur commune et leur pays. La compréhension de leurs devoirs les mènera naturellement vers l'engagement.

Quelles actions concrètes illustrent votre engagement à Sénou ?

J'ai débuté par la sensibilisation, car un leader doit anticiper les besoins. Nous avons installé des lampadaires solaires pour améliorer le cadre de vie. De plus, je mets un point d'honneur à promouvoir le civisme fiscal : chaque année, je m'acquitte de ma vignette et j'encourage les jeunes à faire de même, allant parfois jusqu'à soutenir financièrement ceux qui ont des difficultés à se mettre en règle.

Comment conciliez-vous civisme, solidarité et responsabilité ?

L'exemplarité est le premier levier. Si le leader vacille, c'est toute la chaîne qui risque de rompre. Il faut donc agir avec conscience et dynamisme, en analysant chaque situation avant de passer à l'offensive. Sur ce chemin, la solidarité est primordiale car l'isolement affaiblit ; il faut savoir écouter avant de trancher.

Quelle place accordez-vous à la culture malienne dans votre approche ?

Elle est centrale. La culture malienne nous enseigne intrinsèquement la solidarité, le respect et le civisme. S’appuyer sur nos racines est essentiel pour mieux appréhender les défis contemporains.

Quels sont les sujets les plus urgents à débattre dans nos "grins" ou dans les médias ?

Nous devons impérativement questionner notre place dans la société, nos rôles et surtout nos devoirs envers la nation. Avant de revendiquer des droits, il est fondamental de comprendre notre contribution citoyenne. Ces thématiques doivent saturer les espaces de discussion, qu'ils soient physiques ou numériques.

Peut-on réellement devenir un agent de changement sans grands moyens financiers ?

En toute franchise, tout commence par l'esprit. L'idée et la volonté priment sur la finance. Sans créativité, même les fonds les plus importants ne résoudront rien, bien qu'il faille reconnaître que les moyens matériels restent indispensables pour mener les projets à leur terme.

Quel est l'impact des réseaux sociaux selon vous ?

Ils sont devenus nos vecteurs de communication les plus puissants. Grâce à des contenus créés de manière responsable, nous pouvons ramener la jeunesse vers une prise de conscience salutaire.

Comment voyez-vous l'avenir du Mali d'ici cinq ans ?

Je suis optimiste. La jeunesse commence à s'éveiller grâce aux efforts de sensibilisation. Un changement profond est en marche au sein de la nouvelle génération malienne.

Un message final pour la jeunesse ?

J’invite chaque jeune à s’impliquer dans la construction de l’édifice national. Ce pays est le nôtre, et nul ne viendra le bâtir à notre place. Rien ne s'oppose à notre réussite si nous cultivons la conscience, l'idée et la volonté. Valorisons le leadership, le civisme, la citoyenneté et surtout la discipline. Mobilisons-nous dans la paix !

Propos recueillis par Chaka Diallo