Dr. Moussa Sissoko, le père fondateur de Enda Tiers Monde au Mali : "Tout ce qui a été bâti durant ces 30 ans a été fait sur la base d'un travail de recherche d'actions participatives"

En marge des festivités marquant les 30 ans d'existence de l'ONG Enda, nous avons posé trois questions à Dr. Moussa Sissoko, celui même qui est à la base de la création d'Enda Tiers monde au Mali (devenue plus tard ONG Enda).

10 Jan 2026 - 01:33
 0
Dr. Moussa Sissoko, le père fondateur de Enda Tiers Monde au Mali : "Tout ce qui a été bâti durant ces 30 ans a été fait sur la base d'un travail de recherche d'actions participatives"

Ex-conseiller technique à la présidence de la République sous ATT, coordonnateur du Programme des enfants affectés par les conflits armées pour la région du Sahel et du Centre, un projet de l'Union africaine, Dr. Moussa Sissoko jette un regard rétrospectif sur les 30 ans de l'ONG Enda.

Aujourd’hui-Mali: Quel regard portez-vous sur ces 30 ans d'existence?

Dr Moussa Sissoko :  Je tiens à  préciser que je suis parti de Enda depuis environ 30 ans. Le regard que je porte sur Enda, c'est d'avoir pu écouter les enfants jeunes qui étaient dans la rue. Parce qu'on ne leur faisait pas confiance. C'est d'avoir pris la responsabilité d'aller à leur écoute,  d'échanger avec eux, de réfléchir avec eux sur quel projet éducatif, quelle initiative, quelle éducation de formation, quelle création d'emploi pour leur retour en famille et à l'école. Parce que tout ce qui a été bâti durant ces 30 ans a été fait sur la base d'un travail de recherche d'actions participatives parce que nous les avons écoutés.

Nous avons initié beaucoup de programmes en matière d'éducation, de santé, d'apprentissage. Enda s'est bâtie sur ce travail de recherche d'actions participatives mais sur la base de l'écoute de ces enfants qui n'ont pas été écoutés 30 années après, il a fallu cette écoute. Je pense que ça été le socle de beaucoup de choses.

Quelle autre approche avez-vous utilisée pour encadrer ces enfants ?

Nous sommes passés par le théâtre de rue, pour qu'ils puissent comprendre leur vie et vivre leur vécu. Cela a été important. Nous n'avons pas regretté d'avoir bâti cette démarche participative qui aujourd'hui a fondé un vaste programme d'Enda à travers le Mali. Quand je suis arrivé au Mali à la fin de mes études, j'étais premier éducateur spécialisé au Mali donc il fallait trouver des alternatives,  il fallait oser. Ça été un point fort. Et ce que j'apprécie aujourd'hui, c'est que l'Etat a aussi accepté d'encadrer.

Le Carrefour des jeunes, notre cours est là, les enfants peuvent revenir et passer la journée, discuter et échanger. Ce cadre-là aussi nous le devons à l'accompagnement de la Cellule technique de l'Etat. Beaucoup n'y croyaient pas, nous avons donné la parole aux jeunes, ils ont été protagonistes de leur propre changement parce que nous nous n'avons fait que les accompagner par rapport à ce qu'ils voulaient faire.

On a bâti le projet éducatif pour eux et c'est autour de ça que des actions sont nées et c'était aussi la première action en milieu urbain au Mali. Aujourd'hui, je suis très content et j'ai une satisfaction morale parce que beaucoup d'enfants aujourd'hui sont chefs de famille, d'autres ont créé leurs familles, emplois et d'autres qui emplois d'autres personnes. Donc Enda a été pourvoyeur d'emplois. Ils sont dans toutes les zones du Mali. On est venu de loin. J'ai fait un transfert de compétences, de capacité, former les gens.

Aujourd'hui j'ai joué mon rôle, je dois partir pour que d'autres viennent. Ce n'était pas des actions individuelles, c'est des actions au plus grand nombres mais du point de vue aussi de la globalité et il fallait le reproduire dans des entités. Ça été dans les quartiers populaires comme Sabalibougou, Banconi, Bakaribougou, et c'est les chefs du quartier et maires qui nous reçus et accepté de nous écouter. Nous avons créé cette dynamique de travail de rue avec les enfants et les jeunes eux-mêmes et c'est ça la force de Enda aujourd'hui.

Si Enda n'est pas là aujourd'hui le centre communautaire va continuer et c'est ce que je suis en train de rechercher. Je travaille aujourd'hui avec les ONG. J'ai été dix ans conseiller technique au président de la République du Mali au développement social et la promotion de la jeunesse mais on s'est assez battu sur ce travail.

Des anecdotes ?

Le président ATT après la Transition de 1991 est venu un jour s'asseoir avec moi au Carrefour des jeunes et nous avons beaucoup échangé. Je peux dire que c'est aux termes de cette rencontre qu'il a eu l'idée de la Fondation pour l'Enfance. Aujourd'hui, je suis animé d'un sentiment de fierté,  de satisfaction par rapport à ce parcours de Enda. Il faut aussi dire que la relève a mouillé le maillot, ils sont à félicités et j'en suis très fier

Propos recueillis par Kassoum Théra