Gestion calamiteuse des affaires de l’Etat : De Wari sous Moussa à Wari sous IBK

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Guimba
Habib Dembélé dit Guimba

En 1988, malgré les risques encourus, la troupe du Théâtre national a joué Wari, la pièce d’Ousmane Sow, pour dénoncer le système du régime de Moussa Traoré. Habib Dembélé, Guimba national, explique qu’à l’époque, il fallait lutter contre la dictature qui bâillonnait les populations, mais que ce n’était pas seulement contre ça. Il fallait aussi dénoncer tout ce que ce régime abritait : la corruption, le clientélisme et le népotisme, contre lesquels personne ne disait mot, honteux peut-être d’en faire partie d’une façon ou d’une autre.

Ce système arrangeait tout le monde, jusqu’au plus petit des fonctionnaires. Une poignée de gens utilisait la fortune du pays à des fins personnelles, sans se préoccuper du reste de la population. Il fallait donc oser tout dénoncer. Le théâtre devait prendre le risque de le dire haut et fort.

La pièce Wari dénonce la gestion de l’Etat, la corruption et tout le système qui engouffre les valeurs sociétales ancestrales. Guimba se rappelle que lorsqu’ils l’ont jouée, on est venu leur expliquer qu’après avoir vu le spectacle, le président Moussa Traoré avait dit «que ceux qui se sentent morveux, se mouchent». Des gens de la Sécurité d’Etat se fondaient parfois dans le public, un peu déguisés, espérant passer inaperçus ou faisaient des rondes aux alentours. La troupe subissait des pressions multiples. Le régime voulait faire taire les artistes, mais il ne pouvait pas toucher un seul cheveu d’Ousmane Sow ou des comédiens, cela aurait fait d’eux des martyrs, et aurait été contre-productif pour le système.

Après Wari, la troupe a joué Féréké Nyamibugu, une autre pièce d’Ousmane. Le directeur national des arts du Mali d’alors, Soumaïla Diakité, est venu les voir pour leur faire réécrire la fin de la pièce afin de disculper l’Etat. Devant lui, Ousmane Sow, Michel Sangaré et Habib Dembélé ont accepté, mais sur scène, ils ont dit le texte d’origine. On ne fait pas taire des artistes convaincus d’être sur le chemin de la vérité. Il n’était pas question pour Ousmane Sow de se laisser déboulonner par ceux dont il dénonçait les pratiques dans ses œuvres théâtrales.

Guimba se rappelle que beaucoup espéraient que l’enrichissement illicite disparaîtrait avec la dictature au Mali. Malheureusement, le principe était tellement ancré dans la tête des gens, il faisait tellement partie du comportement quotidien que toute cette corruption a perduré au-delà de l’avènement de la démocratie, de présidence en présidence, jusqu’à aujourd’hui.

Habib Dembélé affirme que c’est aux Maliennes et aux Maliens eux-mêmes que revient le devoir de déraciner ce fléau du fonctionnement général, de veiller sur les deniers publics du Mali et pas seulement à la communauté internationale. C’est une tâche qui doit être assumée par chacun, tous les jours. Les pratiques quotidiennes doivent être revues et corrigées à tous les échelons de la société, en toute circonstance, afin que la richesse du Mali bénéficie dorénavant équitablement à toutes les populations, sinon, le pays ne pourra jamais sortir de l’ornière. C’est pour cela qu’il a été décidé de programmer Wari lors des Journées théâtrales Guimba national qui se tiendront à Bamako, du 29 avril au 3 mai 2015.

Le régime n’est plus dictatorial, certes, mais le reste existe toujours et doit être dénoncé. Sans aucune hésitation, Habib Dembélé affirme qu’au Mali, rien n’a changé sur cette question. Au contraire. Les plus riches de ceux qui profitaient du système de Moussa étaient moins fortunés que les plus «pauvres» de ceux qui jouissent du système actuel. Wari, c’est l’argent. La pièce Wari épingle la gabegie. Décider de jouer Wari aujourd’hui, ne relève pas de la nostalgie des succès passés. Non, jouer Wari, c’est redonner un souffle au répertoire théâtral malien engagé et le propos de la pièce a toute sa légitimité dans le Mali de maintenant. Des campagnes d’information tournent dans le pays au titre de prestations théâtrales, mais Guimba constate qu’elles ne sont finalement que des spots publicitaires joués sur scène qui, d’abord et avant tout, rapportent aux commanditaires et à leurs exécutants travaillant dans les officines publiques.

Il regrette que, trop souvent, les jeunes talents maliens n’aient pas vraiment d’autre choix que de céder aux sirènes de l’argent pour survivre, comme leurs aînés ont parfois dû le faire avant eux. Malgré la crise et surtout à cause de la crise qui fait tanguer le Mali, les dramaturges et les comédiens ont des responsabilités vis-à-vis de leur public. Ils doivent être des facilitateurs de réflexion pour les populations. En décembre 2012, Ousmane Sow soulignait d’ailleurs que le théâtre n’est pas une solution à la sortie de crise, mais que cet art peut contribuer à trouver des solutions pour sortir de la crise. Voilà pourquoi Guimba national et ses compagnons de scène ont choisi de relancer leur message Wari au Mali d’IBK.

Françoise WASSERVOGEL

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2 COMMENTAIRES

  1. Ou sont passes tous les ABRUTIS et autres boites a RAISONNANCE nostalgiques de la dictature qui disent que tous les problemes du Mali ont commence seulement avec l’avenement de la democratie? 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆 😆

  2. L’ambition d’un artiste est d’aider le peuple à prendre conscience et à veiller sur le bien commun. Chacun y va de ses moyens.
    Au debut, guimba et les autres avaient du succès car la population se reconnaissait en eux. Cette façon de conter la misère du peuple et de denoncer les malversations des autorités a cessé depuis belles lurettes.
    Des pièces comme wari, fereke niakami bougou, bougougnieri et j’en passe nous amusaient bien mais surtout empêchaient les bourreaux de dormir.
    Merci à Françoise WASSERVOGUEL d’avoir appronfondir le sujet en faisant des back.

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