Focus : La Russie et Nous
Le 3e Sommet Russie-Afrique, tenu les 28 et 29 octobre 2026 à Moscou, offre une traduction limpide pour Bamako : l'Afrique rejette les tuteurs et exige des partenaires.
Le 28 octobre, Vladimir Poutine ouvre la plénière devant 48 pays africains dont 22 chefs d'État. Attaque frontale : le monde multipolaire est irréversible mais se heurte à ceux qui «veulent s'enrichir de manière flagrante aux frais des autres». Il dénonce «sanctions illégitimes» et «diktat économique».
Pour frapper fort, il ne cite pas Lénine. Il cite Thomas Sankara à Addis-Abeba en 1987 : «La dette, c'est le néocolonialisme, les colonisateurs transformés en assistants techniques». Poutine reprend : «Cela a été dit en 1987 et depuis, peu a évolué». Il accuse l'Occident de vouloir «ramener les Africains à l'esclavage par la dette».
Sa proposition est matérielle, pas morale. Sur neuf mois 2026 : 13 millions de tonnes de produits agricoles livrées à l'Afrique, plus de 40 pays servis en blé et engrais. Échanges Russie-Afrique : 27,7 milliards de dollars en 2025, x1,5 depuis 2023. Il propose paiements en monnaies nationales, souveraineté des données et de l'IA, transformation sur place. «Nos entreprises ne se livrent pas à une exploitation prédatrice», martèle-t-il.
Le 29 octobre 2026, Assimi Goïta lui répond au Grand Palais du Kremlin. Pas de lyrisme, un bilan.
Le Président malien est venu «exploiter pleinement sa souveraineté». Triptyque constitutionnel : primauté de la souveraineté, respect des options du peuple, sauvegarde des intérêts vitaux. Et il chiffre : défense-appui technique et vecteurs aériens ayant «renforcé de manière significative les capacités des FAMa» ; alimentaire-50 000 tonnes de blé, 30 000 tonnes d'engrais, 17.000 tonnes d'hydrocarbures, 770 tonnes de pois cassés ; énergie-raffinerie d'or et centrale solaire de Sanankoroba avec Rosatom ; formation-300 bourses par an, plus de 10 000 cadres formés en Russie.
Goïta résume : «L'Afrique n'est pas une simple source de matières premières». Il défend Mali Kura 2063 et la Confédération AES fondée le 6 juillet 2024 à Niamey. C'est dans ce basculement que survient l'affaire d'Agadez, qui donne chair à la théorie.
Dans la nuit du 23 au 24 octobre 2026, vers 1h, une frappe de drone vise Emi Lulu, région d'Agadez. Conséquences : convocation de l'ambassadeur tchadien, saisine du Conseil de sécurité de l'ONU et de l'UA. Paris garde le silence.
Face à l'escalade, Alger change la donne. Le 21 octobre 2026, le Général Saïd Chanegriha signe un protocole militaire avec le Général Salifou Mody. Le 25, le Parlement algérien vote à huis clos, à l'unanimité, l'envoi d'unités de l'ANP au Niger. Une première historique depuis 1973, sur la base des articles 30 et 91, pour protéger le champ de Kafra et le gazoduc transsaharien. Déploiement annoncé vers Madama. Deux modèles s'opposent. À Moscou, on propose des usines, des camions, du blé et des bourses. À Agadez, on propose des drones sous-traités. Le Mali a choisi. France out, Russia welcome. Ce n'est plus un slogan, c'est une comptabilité de partenariat.
La Rédaction
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