Systèmes alimentaires : le ROPPA sonne l’alarme et réclame un virage politique en Afrique de l’Ouest

Face à l’insécurité alimentaire, aux crises climatiques et aux limites des politiques actuelles, le Réseau des organisations paysannes et de producteurs de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA), a appelé...

28 Sep 2026 - 13:55
0
Systèmes alimentaires : le ROPPA sonne l’alarme et réclame un virage politique en Afrique de l’Ouest

Face à l’insécurité alimentaire, aux crises climatiques et aux limites des politiques actuelles, le Réseau des organisations paysannes et de producteurs de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA), a appelé, le week-end passé, à Bamako à replacer les exploitations familiales, les marchés locaux et les savoir-faire paysans au cœur des stratégies alimentaires ouest-africaines.

 Réunis à Bamako sur toute la semaine dernière, le ROPPA a appelé, lors d’une conférence de presse, à une transformation profonde des politiques publiques afin de mieux prendre en compte les réalités des systèmes alimentaires paysans (SAP).  Le contenu d’un livret qui porte cet appel a été largement expliqué Et dans ce document, le plaidoyer s’appuie sur une recherche-action conduite de 2024 à 2026 dans neuf pays : Bénin, Burkina Faso, Gambie, Ghana, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo. « L’étude a mobilisé des leaders paysans, des organisations de producteurs, des plateformes nationales, des équipes techniques et des partenaires du ROPPA », peut-on lire dans ce livret, qui fait un « constat préoccupant » sur les politiques alimentaires mises en œuvre dans la région lesquelles ne prendraient pas, selon le ROPPA, suffisamment en compte les systèmes alimentaires paysans. Selon le document, les pratiques de production, de transformation, de conservation, de consommation et de commercialisation des exploitations familiales concernent près de 69 % de la population active ouest-africaine. Cette situation intervient dans un contexte marqué par la multiplication des crises climatiques et environnementales, la dégradation des ressources naturelles et de la biodiversité. En 2024, environ 38 millions de personnes étaient en situation d’insécurité alimentaire en Afrique de l’Ouest. Dans le même temps, la région devra augmenter d’au moins 20 % son offre agricole et agroalimentaire d’ici 2050 pour répondre aux besoins d’une population croissante.

Pour le ROPPA, l’une des réponses consiste à mieux valoriser les exploitations familiales et leurs pratiques. L’organisation défend notamment l’autoconsommation, qu’elle présente comme un moyen de renforcer la sécurité alimentaire, de diversifier les régimes alimentaires et de soutenir les économies locales. Le réseau plaide également pour une politique plus volontariste en faveur du « consommer local ». Il propose notamment de développer les achats institutionnels de produits issus des exploitations familiales, les circuits courts et la vente directe aux consommateurs.

Autre priorité : les marchés territoriaux. Ils constituent, selon les données citées par le ROPPA, les principaux débouchés de plus de 70 % de la production des exploitations familiales en Afrique de l’Ouest. Ces espaces jouent à la fois un rôle économique, social et alimentaire, mais restent confrontés à des besoins importants en infrastructures de conservation, de stockage, d’hygiène et de régulation. Le ROPPA mise également sur les ressources locales et les savoir-faire endogènes, notamment l’agroécologie. L’organisation estime que ces pratiques peuvent contribuer à une production plus durable tout en réduisant la dépendance à certaines technologies importées.

La transformation locale des produits agricoles, animaux, forestiers et halieutiques figure aussi parmi les leviers identifiés. Elle contribue au développement des économies de proximité et représente un important potentiel d’emploi rural. Les femmes constituent 73 % de la main-d’œuvre dans la transformation et les services, selon les données citées dans le document. Au-delà des producteurs, le ROPPA appelle les gouvernements, les collectivités territoriales, les institutions de recherche et les organisations de la société civile à agir. Cinq orientations sont mises en avant : garantir une alimentation saine et adaptée aux réalités culturelles, promouvoir une consommation durable, soutenir l’agroécologie, favoriser des moyens de subsistance équitables et renforcer la résilience des communautés rurales.

Pour le réseau, le renouvellement des politiques agricoles de l’UEMOA et de la CEDEAO constitue une opportunité pour engager cette transformation. Son objectif est de faire des exploitations familiales et des organisations paysannes des acteurs pleinement associés à la définition, à la mise en œuvre et au suivi des politiques alimentaires. Le ROPPA entend ainsi défendre un modèle alimentaire davantage ancré dans les territoires, fondé sur les ressources locales, les marchés de proximité, l’agroécologie et la participation des communautés rurales.

Siaka DIAMOUTENE/Maliweb.net

Quelle est votre réaction ?

Like Like 0
Je kiff pas Je kiff pas 0
Je kiff Je kiff 0
Drôle Drôle 0
Ouah Ouah 0
Triste Triste 0
Hmmm Hmmm 0

Commentaires (0)

User