La guerre a repris entre l’Iran et les États-Unis: combien de temps risque-t-elle de durer?

Pour la deuxième nuit consécutive, les États-Unis et l’Iran ont échangé des projectiles. Le cessez-le-feu conclu il y a trois semaines est-il définitivement réduit à néant? Le président Trump mettra-t-il à exécution sa menace d’éliminer les nouveaux dirigeants iraniens? Se dirige-t-on vers une nouvelle guerre de grande ampleur? Roger Housen répond à sept questions essentielles.

9 Juillet 2026 - 16:34
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La guerre a repris entre l’Iran et les États-Unis: combien de temps risque-t-elle de durer?
La nuit dernière, les États-Unis ont bombardé pas moins de 90 cibles iraniennes, dont ce port situé près du détroit d’Ormuz. © Social Media via REUTERS

Selon les États-Unis, 90 cibles ont été frappées au cours de la nuit dernière sur le sol iranien. Les forces américaines ont visé des systèmes de défense antiaérienne, des radars, des dépôts de missiles et de drones, ainsi que des infrastructures maritimes. Un pont ferroviaire dans le nord-est du pays a également été détruit. Selon le commandement militaire américain, ces frappes avaient pour objectif de “réduire la capacité de l’Iran à menacer la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz”.

De son côté, l’Iran a mené des frappes contre quatre bases militaires américaines situées au Koweït et à Bahreïn.

Comme la veille, les frappes américaines ont été présentées comme des réponses aux attaques iraniennes contre trois navires commerciaux qui n’avaient pas emprunté la voie de navigation approuvée par Téhéran dans le détroit d’Ormuz. Selon les autorités iraniennes, cette infraction leur donnait le droit de cibler ces bâtiments.

Cette nouvelle escalade remet sérieusement en cause le fragile cessez-le-feu conclu entre les États-Unis et l’Iran le 17 juin. La situation est d’autant plus tendue que le président Trump a qualifié hier les Iraniens de “racaille” avec laquelle il refuse désormais de négocier, tout en laissant Steve Witkoff et son gendre Jared Kushner poursuivre les discussions avec Téhéran. Trump a également déclaré qu’il appartenait à l’Iran de préserver le cessez-le-feu, mais qu’il riposterait “vingt fois plus fort” en cas de nouvelle attaque iranienne.

Le cessez-le-feu est-il réellement mort?

Roger Housen: “Non, il ne s’agit pas encore d’une déclaration de guerre. Lors de son escale au Royaume-Uni, Trump avait promis de frapper durement, mais il ne l’a finalement pas fait. L’île de Kharg, cœur de l’industrie pétrolière iranienne, n’a pas été attaquée, pas plus que les grandes villes ou les champs pétrolifères. Les frappes sont restées concentrées autour du détroit d’Ormuz. La différence avec la nuit précédente est que des ponts et des voies ferrées ont également été visés. Le fait que Trump ait déclaré à Ankara que Witkoff et Kushner pouvaient poursuivre les négociations constitue, au-delà de son habitude de souffler le chaud et le froid, un signe supplémentaire que le cessez-le-feu n’est pas encore définitivement rompu.”

À quoi peut-on s’attendre dans les prochains jours?

“Je crains que nous entrions dans un scénario d’alternance entre escalades et accalmies, avec de nouvelles frappes réciproques, tandis que les négociations se poursuivront parallèlement. Trois scénarios sont actuellement envisagés à Washington. Le premier consisterait à relancer pleinement la guerre, mais les coûts militaires et politiques seraient extrêmement élevés. Et dans quel but? Les États-Unis reconnaîtraient alors que la première phase du conflit a été un échec, ce qui ne ferait qu’accentuer l’opposition à la guerre au sein même du parti de Trump.”

Israël a commis une erreur en tuant Ali Larijani, qui était le successeur pressenti de Khamenei à Washington

“La deuxième option serait de rétablir le blocus du détroit d’Ormuz. Mais cela exigerait une présence militaire américaine prolongée dans la région, une perspective qui séduit peu l’électorat américain. Cette solution aurait également un coût économique: elle pénaliserait les alliés des États-Unis dans le Golfe, interromprait les exportations de pétrole de la région et ferait remonter les prix du brut. C’est précisément ce que Trump veut éviter. La troisième option consiste à poursuivre des représailles limitées de part et d’autre, avec une certaine retenue comme ces derniers jours. C’est le scénario d’alternance qui se dessine, dans lequel les négociations continuent discrètement en parallèle.”

L’accord de principe conclu le mois dernier est-il devenu caduc?

“Les derniers jours ont mis en évidence deux réalités: d’une part, le plan en quatorze points avait été rédigé dans la précipitation. Il ne contenait aucun accord sur le Liban (l’Iran exige qu’Israël cesse ses bombardements dans ce pays), aucun compromis sur le détroit d’Ormuz ni sur le programme nucléaire iranien.”

“D’autre part, les États-Unis comme Israël accumulent les erreurs stratégiques. Hier, Washington a commis une faute en frappant l’Iran pendant les funérailles d’Ali Khamenei, ce qui ne risque pas de retourner la population contre le régime. Mais dès le 17 mars, Israël avait déjà commis une grave erreur en tuant Ali Larijani, président du Conseil suprême de sécurité nationale iranien. Washington le considérait comme le successeur naturel de Khamenei et espérait conclure un accord avec lui, une sorte de scénario à la vénézuélienne, où les États-Unis auraient ensuite pris les commandes. Tel-Aviv a rendu ce scénario irréalisable. Aujourd’hui, ce sont les Gardiens de la révolution qui dominent le pouvoir, et les ultra-conservateurs sont plus influents qu’avant le 28 février. Le camp qui refuse toute concession a pris l’ascendant.”

“Les négociateurs Witkoff et Kushner, chargés de parvenir à un accord définitif, ne font pas le poids face aux négociateurs iraniens, beaucoup plus aguerris. Ceux-ci pratiquent le double langage, trompent leurs interlocuteurs et multiplient les fausses promesses. Ils font patienter les Américains. Un accord finira par être conclu, mais il sera moins favorable aux États-Unis que celui négocié par Obama en 2015, que Trump avait dénoncé trois ans plus tard. Cette fois, Téhéran obtiendra le maximum de concessions.”

L’accord tournera-t-il donc à l’avantage de Téhéran?

“Concernant le programme nucléaire, les Iraniens accepteront probablement de le mettre en sommeil pour une période maximale de dix ans, tout en vidant progressivement de leur substance les inspections de l’Agence internationale de l’énergie atomique. Quant au détroit d’Ormuz, l’Iran obtiendra probablement le droit de percevoir un péage, présenté sous le nom de “redevance administrative”. L’Iran, mais aussi Oman, avec lequel Téhéran conclura sans doute un tel accord, en tireront des bénéfices.”

Trump laisse entendre que les nouveaux dirigeants iraniens pourraient bientôt disparaître.

“Il formule régulièrement de telles menaces depuis plusieurs mois, et elles démontrent seulement qu’il navigue sans véritable stratégie. Je peux imaginer que certains, à Tel-Aviv, souhaitent éliminer l’ensemble des dirigeants iraniens. Mais à Téhéran, les responsables ont retenu la leçon: ils ne se réunissent plus afin d’éviter de devenir des cibles. Ils restent soigneusement cachés.”

“Les Iraniens savent qu’ils peuvent frapper les Américains là où cela fait le plus mal : dans le détroit d’Ormuz, où ils exercent un contrôle sur le marché pétrolier. Le temps joue en leur faveur, avec les élections américaines de mi-mandat qui approchent et l’impopularité croissante de Trump en raison de la guerre. Trump en est conscient, et à Téhéran, on sait qu’il est sous pression.”

Pourtant, Trump continue d’affirmer que “tout sera bientôt terminé”, comme il l’assurait déjà en février. Quand cette crise prendra-t-elle fin?

“Elle prendra fin lorsque Trump pourra présenter la situation comme une victoire. Dès qu’un accord minimal sera trouvé sur le nucléaire, il le revendiquera comme un succès. En revanche, concernant le détroit, il devra accepter que l’Iran conserve le contrôle, notamment sur les péages et les routes maritimes. Cela ne lui posera pas de problème majeur, car les États-Unis ne dépendent pas du pétrole iranien. L’essentiel, pour lui, est que les prix du pétrole se stabilisent.”

Israël pourrait-il faire échouer un nouvel accord en poursuivant son offensive contre le Hezbollah au Liban?

“C’est la véritable inconnue. Benjamin Netanyahou acceptera-t-il de mettre fin aux opérations au Liban à l’approche des élections? S’il le fait, c’est sa position politique qui risque de s’affaiblir. S’il poursuit sa guerre, l’accord perdra toute sa substance. Nous reviendrons alors à une situation instable, qui pourrait conduire Trump à lancer de nouvelles attaques. Nous retomberions ainsi dans le scénario actuel d’alternance entre escalade et accalmie.”

Source: https://www.7sur7.be/