«Une intervention militaire au Mali serait une catastrophe»
Comment des groupes touareg ont-ils pu s’agglomérer avec des groupes djihadistes ?
Jean-Louis Triaud. Le leader d’Ansar Dine, Iyad Ag Ghali, est passé par l’Arabie saoudite. Il y a sans doute là une connexion explicative. D’autre part, lui-même a été l’un des principaux dirigeants du mouvement touareg il y a une dizaine d’années. Il est ensuite devenu l’interlocuteur quasi officiel du gouvernement malien. C’est un personnage important qui a voulu reprendre la main. Pour cela, il a créé sa propre organisation qu’il a conçue sous l’influence de ces modèles islamiques qu’il a rencontrés. Par ailleurs, al-Qaida pour le Maghreb islamique (Aqmi) est très présent dans le Sud algérien et n’est donc pas loin. Tout ce monde-là a des relations d’indépendance réciproque et en même temps de connivence. Pour des raisons religieuses, bien sûr. Et puis, il y a tout un tas de trafics qui traversent le Sahara depuis des années et tout le monde essaie d’y prendre sa part. La religion, c’est une antienne commode pour tenir un discours anti-occidental qui correspond certainement à la réaction d’un certain nombre de gens face au décalage qui s’est institué entre l’Occident et l’Afrique, par exemple.
Que sait-on des relations qui peuvent exister entre le MNLA, Ansar Dine, le Mujao ?
Jean-Louis Triaud. Entre Mujao et Ansar Dine, il y a une compétition, des divergences. Les bases ethniques et sociales ne sont pas exactement les mêmes. Le MNLA est traversé par des tensions. Il ne sait pas très bien comment faire avec les islamistes. Certains sont partisans du dialogue avec eux, d’autres sont partisans de l’affrontement. Tout cela est très fragile et très mouvant. Et on voit bien la divergence fondamentale entre le MNLA et Ansar Dine, dont l’un des porte-parole rappelait qu’il n’était intéressé que par la loi d’Allah. Ils sont donc en opposition pour le contrôle de ces régions, pour le pouvoir.
Vidéo: Jean-Louis Triaud interrogé par France Culture