Rencontre IBK – Soumi : Le méchage avant la guérison

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Rencontre IBK – Soumi : Le méchage avant la guérison

 « La vérité rougit les yeux mais ne les casse pas », c’est l’adage que j’ai entendu pour la première fois au Burkina Faso, pays des hommes intègres, dans la bouche d’un diplomate américain qui a longtemps séjourné au Mali ; il attribuait l’adage à une communauté burkinabé. Au Mali nous disons aussi que « la guérison passe par le méchage », un exercice médical qui consiste à débarrasser la plaie de toutes ses impuretés (pue et autres pourritures), avant de la soigner. La rencontre entre le Président Ibrahim Boubacar Kéita et le chef de file de l’opposition, Soumaïla Cissé (nous écrivons cet article quand la rencontre n’a pas encore eu lieu ce mardi 26 février, mais elle semble être inéluctable) ne peut déroger à cette réalité africaine, qui oblige les deux hommes à se dire les quatre vérités.

D’abord, l’urgence de sauver le Mali qui est divisé, humilié et devenu objet de la risée internationale. Puis, se dire que le Mali appartient à nous tous au même titre, chacun de nous ayant l’obligation, le devoir et le privilège de défendre au mieux que nous le pouvons, sa pérennité et son intégrité. Ensuite, que le fait d’être au pouvoir ne confère aucun droit pouvant anéantir les droits et les libertés des autres. Enfin, que tout le monde et chacun compte et a son mot à dire pour le Mali: majorité, opposition, civils et militaires, fonctionnaires et entrepreneurs.

Un fil conducteur de cette rencontre IBK et Soumi, en tête à tête, doit être le dépassement de l’égo de part et d’autre pour ne voir que l’intérêt national, le bien être commun des Maliens qui aspirent à la paix, la sécurité, la quiétude, la cohésion sociale, le développement du pays.

En tout état de cause, cette rencontre entre le président IBK et le chef de file de l’opposition traduit l’essoufflement de la classe politique : une opposition qui n’a pas reconnu le Président réélu, et un Président qui se refusait de dialoguer avec une opposition qui ne le reconnait pas. Même s’il n’a fait aucune déclaration politique dans ce sens, Soumaïla Cissé a tranquillement repris sa place d’honorable député à l’Assemblée nationale, tournant le dos à sa prétention de président de la République dont on a volé la victoire électorale.

Décrisper ?

Si le Premier ministre hérisson a su faire réélire le candidat IBK à la présidentielle de juillet-aout 2018, et contenir les contestations électorales de l’opposition en usant de la répression, cependant face au réveil des leaders islamiques et leur rentrée fracassante en scène par le rejet du programme d’enseignement intégral, et le meeting du 10 février 2019 au stade du 26 mars, Soumeylou Boubeye Maïga semble montrer ses limites à surmonter cette énième crise. Les leaders religieux représentent bien une couche assez importante des Maliens (plus de 80% de la population malienne) même si cette majorité écrasante n’est pas organisée politiquement, qui plus est demande à travers leurs leaders vénérés, la démission du Premier ministre Soumeylou Boubeye Maïga. La question du contrôle des masses populaires est d’autant cruciale qu’au Mali l’enseignement scolaire et universitaire est à vau-l’eau, avec des conséquences incalculables sur la formation, l’emploi, la qualité des ressources humaines. A cet effet au regard de la faramineuse démonstration de force réalisée lors de ce dernier meeting du Haut conseil islamique, on peut aisément présager les difficultés que pourraient rencontrer les forces de l’ordre à canaliser des dizaines de milliers de personnes, sans compter que la capitale Bamako n’a pas besoin d’une telle aventure.

Pour atteindre ses objectifs, cette première rencontre entre les deux hommes doit jeter les bases d’un programme politique consensuel, qui se façonnera à travers des concertations nationales inclusives, prenant en compte les points de vue de toutes les sensibilités et qui s’imposera à tous : hautes autorités, opposition et majorité. Les élections passées et celles à venir, la révision constitutionnelle, les questions de justices, d’entente et de réconciliation nationale (une loi ne pouvant imposer l’entente nationale), et éventuellement le portrait robot d’un Premier ministre rassembleur ne doivent pas être occultés dans une gestion consensuel et concertée du pouvoir.

B. Daou

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