Bamako : Elle perd son sac à main en pleine circulation
Lorsqu’un voleur décide de passer à l’acte, rarement un obstacle peut l’en empêcher. Dans certains cas, l‘audace avec laquelle il agit dépasse l’entendement. Les faits suivants en sont une illustration.
Un fait est connu de tous. La moto n’est plus l’apanage seulement du sexe masculin. De plus en plus ce sont nos sœurs, tantes, cousines et autres qui sont généralement au guidon des engins à deux roues à travers la ville de Bamako et ses environs. Pour qui connaît une habitude (presque) naturelle chez les dames, c’est le fait qu’elles se débarrassent rarement de leur sac à main lorsqu’elles ont des courses à faire en ville. Et lorsqu’elles conduisent une moto, certaines d’entre elles préfèrent accrocher le sac à main au guidon de la moto avant de prendre la route en toute tranquillité.
Et si elles sont passagères d’une moto, elles suspendent juste leur sac au bras, sans la moindre précaution. Elles oublient carrément le risque qu’elles courent en agissant ainsi, surtout dans une ville comme Bamako, où les voleurs à l’arrachée peuvent frapper partout dans la rue et à tout moment. Ce n’est pas la nommée Fantany (non d’emprunt) qui dira le contraire. Elle qui n’arrête toujours pas d’essuyer ses larmes depuis le vol spectaculaire, dont elle a été victime en pleine rue.
Ce jour-là, nous étions un jour ouvrable sur l’axe Attbougou-Centre-ville, et à une heure de forte affluence. Comme tous les jours ouvrables, outre les piétons, l’endroit grouillait d’engins à deux et quatre roues de tous types et de tout gabarit. Là, très laborieusement les usagers cherchaient à se frayer un chemin dans un vacarme de klaxons de voitures, de bruits de moteurs et de nuage de fumée assombrissant l’atmosphère déjà suffocante des lieux. Selon nos sources, la dame venait juste de retirer dans une agence de transfert d’agent, une somme d’argent envoyée par un proche établi à l’étranger. Après cette opération, elle aurait sollicité les services d’un conducteur de mototaxi pour retourner à la maison sise quelque part à ATTbougou. Ensuite, toujours avec le même conducteur de mototaxi, elle poursuivra sa course vers le centre ville.
Jusque là, tout se passe sans anicroche pour Fantany et son « chauffeur » de moto. Les deux prirent la route et, malgré les efforts du conducteur, ils ne pourront pas éviter le bouchon. Arrivé à un endroit de la voie, le conducteur était obligé de s’arrêter net. Il s’est retrouvé dans un embouteillage monstre comme on le dit. Chaque conducteur (à deux roues comme à quatre) cherchait à sortir au milieu de ce qui ressemblait carrément à une impasse en pleine circulation. Visiblement, tous les conducteurs piaffaient d’impatience et étaient sur leurs nerfs.
Dans cette atmosphère délétère, alors que Fantany et son chauffeur étaient quasiment immobilisés au milieu d’une foule d’engins et de bruits de moteurs, un motocycliste et son passager surgirent comme de nulle part. Complètement absorbée dans le tohu-bohu ambiant, la jeune dame ne leur avait prêté aucune attention. Et tout est allé très vite.
Profitant d’un moment d’inattention de la jeune dame, l’un des deux inconnus passèrent à l’action. Dans un geste d’une extrême rapidité, il tira violemment sur le sac suspendu au bras de la jeune femme. Cette dernière tenta instinctivement de résister. Un bref tiraillement s’engagea entre eux. Face à des voleurs particulièrement audacieux et déterminés, elle finit par lâcher prise. Elle abandonna son sac entre les mains de ses agresseurs. Nous apprendrons plus tard que le sac à main de Fantany contenait toute la somme d’argent qu’elle venait de retirer au niveau d’une agence de dépôt/retrait du quartier. Les malfrats eux avaient disparu à tombeau ouvert avec leur butin, en se faufilant entre les véhicules. L’effet de surprise était tel que la pauvre dame n’aura même pas la force de crier pour alerter d’éventuels secouristes.
Entre temps, complètement surpris, le conducteur de mototaxi fit des efforts pour sortir de la foule et se ranger sur le bas côté de la route. Quant à la jeune dame, elle est restée prostrée, bouche bée durant des minutes avant de réaliser ce qui venait de lui arriver. Lorsqu’elle reprit ses esprits, c’était pour exprimer son désarroi face à un acte dont elle venait d’être victime en plein centre ville, et en plein jour. Sans pouvoir apporter la moindre preuve, elle affirma que les malfrats l’avaient suivie dès le moment où elle retirait l’argent de l’agence de transfert d’argent. Comme cela est généralement le cas après des faits de ce genre, la nouvelle se répandit comme une traînée de poudre dans tout le secteur où les faits se sont produits. Certaines personnes se sont montrées de bonne foi en conseillant à la pauvre de se rendre chez les policiers pour déposer une plainte contre X. Au même moment, d’autres évoquèrent sans la moindre preuve, une possible complicité du mototaximan.
Toutefois, la jeune dame se demanda comment un tel cas de vol a-t-il pu se produire en pleine circulation, et en plein jour devant des témoins sans que personne n’intervienne pour le mettre en échec. Dans tous les cas, cette épreuve a le mérite d’enseigner les passagers des mototaxis à redoubler de vigilance et de veiller sur leurs objets de valeur lorsqu’ils sont passagers d’une mototaxi.
Tamba CAMARA