Dr. Assitan Sekou Salah Coulibaly, gynécologue-obstétricienne : "La mort fait partie des complications de l'excision"

Malgré les nombreuses campagnes de sensibilisation, l'excision demeure une pratique présente dans certaines communautés maliennes.

12 Sep 2026 - 02:03
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Dr. Assitan Sekou Salah Coulibaly, gynécologue-obstétricienne : "La mort fait partie des complications de l'excision"
Dr. Assitan Sekou Salah Coulibaly, gynécologue-obstétricienne

Ses conséquences sur la santé des femmes peuvent être immédiates ou apparaître plusieurs années après l'intervention. Douleurs, infections, complications sexuelles, urinaires ou obstétricales, voire décès : les répercussions peuvent être nombreuses. Dans cet entretien accordé à Aujourd'hui Mali, la gynécologue-obstétricienne Dr. Assitan Sékou Salah Coulibaly revient sur les conséquences de cette pratique et insiste sur la nécessité, pour les femmes concernées, de consulter sans honte ni peur.

Aujourd'hui Mali : Qu'est-ce que l'excision et quelle est la forme la plus pratiquée au Mali ?

Dr. Assitan Sékou Salah Coulibaly : Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), l'excision désigne toute intervention aboutissant à l'ablation partielle ou totale des organes génitaux externes féminins, ou toute autre atteinte portée à ces organes pour des raisons culturelles, religieuses ou autres.

L'OMS distingue quatre types de mutilations génitales féminines (MGF). Au Mali, le type II est l'une des formes les plus fréquemment pratiquées. Il consiste notamment en l'ablation partielle ou totale du clitoris et, selon les cas, d'une partie des petites lèvres.

Quels sont les risques et complications qui peuvent survenir immédiatement après une excision ?

Les complications immédiates peuvent être nombreuses. Il peut s'agir de douleurs intenses, d'hémorragies, de choc, de rétention d'urine, de traumatismes corporels et psychologiques et, dans les cas les plus graves, du décès.

Quelles peuvent être les conséquences de l'excision à court et à long terme?

A court terme, on peut observer des hémorragies, une rétention aiguë d'urine, des infections, des intoxications liées à l'ingestion de certains produits traditionnels, une absence ou un retard de cicatrisation ainsi que des abcès périnéaux. A long terme, les complications peuvent également être importantes. Il peut notamment y avoir des infections liées à l'utilisation d'instruments non stérilisés ou partagés, des problèmes de cicatrisation et de coalescence des lèvres, une incontinence urinaire, des infections génitales à répétition, des dysfonctionnements sexuels, des douleurs menstruelles et, dans certains cas, des problèmes de fertilité.

L'excision peut-elle avoir des répercussions sur les menstruations et la vie sexuelle des femmes ? Si oui, lesquelles ?

Oui. L'excision peut avoir des répercussions sur les menstruations, notamment en aggravant les douleurs pendant les règles. Elle peut également affecter la vie sexuelle des femmes. Certaines peuvent ressentir des douleurs pendant les rapports sexuels ou connaître une diminution, voire une absence de plaisir sexuel.

Quels risques particuliers l'excision peut-elle entraîner pendant la grossesse et l'accouchement ?

Pendant la grossesse et surtout lors de l'accouchement, certaines complications peuvent survenir. On peut notamment observer un travail prolongé pouvant entraîner des complications maternelles telles que l'hémorragie du post-partum, les déchirures périnéales et vulvaires ou encore des fistules vésico-vaginales. Du côté du fœtus, les complications peuvent inclure une souffrance fœtale aiguë et, dans les cas les plus graves, un décès périnatal.

Toutes les femmes excisées présentent-elles nécessairement des complications médicales ? Qu'est-ce qui explique le fait que certaines n'en ressentent pas et que d'autres développent des problèmes importants ?

Dans notre pratique, les femmes excisées que nous recevons peuvent présenter des complications, qu'elles soient mineures ou majeures. Certaines se plaignent d'une absence de plaisir sexuel, d'autres ressentent des douleurs pendant les rapports sexuels. Certaines évoquent également des mauvaises odeurs ou développent des complications obstétricales.

Cependant, toutes les femmes ne font pas nécessairement le lien entre certains problèmes de santé et l'excision. Certaines complications mineures, notamment lors de l'accouchement, peuvent être considérées comme normales et les femmes ne les associent donc pas à l'excision.

La gravité des complications peut également dépendre du type d'excision pratiqué. Plus l'atteinte est importante, plus les risques de complications peuvent être élevés. Les formes les plus sévères peuvent entraîner des conséquences plus importantes que les formes moins étendues.

Quels symptômes ou difficultés doivent amener une femme excisée à consulter, même plusieurs années après l'excision ?

Toutes les complications ou difficultés que nous avons citées doivent pousser une femme à consulter. Qu'il s'agisse de douleurs persistantes, de problèmes urinaires, d'infections à répétition, de douleurs pendant les rapports sexuels, de difficultés menstruelles ou de complications liées à la grossesse et à l'accouchement, il est important de se rapprocher d'un professionnel de santé. Même plusieurs années après l'excision, une femme peut consulter lorsqu'elle ressent une gêne ou une difficulté.

Quelles solutions existent aujourd'hui pour prendre en charge les complications liées à l'excision ? La prise en charge dépend de la nature de la complication. Elle peut être chirurgicale, notamment à travers la suture de certaines lésions, des interventions de plastie ou d'autres gestes chirurgicaux adaptés à la situation de la patiente.

La prise en charge peut également être médicale ou médicamenteuse, avec l'utilisation, selon les besoins, d'antalgiques, d'antibiotiques ou de mesures de réanimation dans les situations graves. L'accompagnement psychologique est également important, car l'excision peut avoir des conséquences psychologiques qui nécessitent une prise en charge adaptée.

Dans votre pratique, quelles sont les complications liées à l'excision que vous rencontrez le plus fréquemment et comment sont-elles prises en charge ?

Dans notre pratique, les complications les plus fréquemment rencontrées sont les déchirures périnéales et vulvaires, notamment dans un contexte obstétrical. La prise en charge consiste généralement à suturer les lésions et à administrer les traitements médicamenteux nécessaires.

Malgré les alertes sanitaires, pourquoi cette pratique demeure-t-elle répandue dans certaines communautés ?

Nous faisons encore face à une population qui ignore les véritables conséquences de cette pratique sur la santé des femmes. Il y a également le poids des traditions et des croyances. Notre société reste largement patriarcale et certaines pratiques contribuent au contrôle du corps et de la sexualité des femmes. A cela s'ajoute un certain dogmatisme dans certaines communautés, qui rend difficile l'abandon de pratiques transmises de génération en génération.

Au Mali, où en est-on aujourd'hui dans la prévention de l'excision et la prise en charge médicale des femmes qui en subissent les conséquences ?

Aujourd'hui au Mali, nous pouvons dire qu'il y a eu des avancées considérables dans la prévention de l'excision et dans la prise en charge des complications qui y sont liées, même si les résultats ne sont pas encore à la hauteur de ce que nous souhaitons.

Quel rôle les parents, les familles et les communautés peuvent-ils jouer dans la prévention ?

Les parents, les familles et les communautés ont un rôle fondamental à jouer. Ils doivent dire non à cette pratique et comprendre qu'elle n'apporte aucun bénéfice à la santé des filles et des femmes. La prévention passe également par l'éducation, le dialogue au sein des familles et la sensibilisation des communautés afin de protéger les jeunes filles.

Quel message adressez-vous aux femmes qui souffrent de complications liées à une excision mais qui hésitent encore à consulter ?

Mon message est de sortir du silence et de venir consulter. Ce n'est pas en se cachant que l'on trouvera une solution à son problème. Il existe aujourd'hui des professionnels capables d'écouter, d'orienter et de prendre en charge les complications liées à l'excision. Il ne faut donc pas avoir honte ni hésiter à demander de l'aide. Comme le dit l'adage en bambara : "Ni chou ya dogo a koba la, a na noko bi ta lahara".

Réalisée par Naminata Traoré