Réduire la mortalité maternelle et néonatale au Mali : faire de l’eau, de l’hygiène et de l’assainissement une priorité de santé publique
L’accès à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène (EAH) dans les maternités constitue un enjeu majeur de santé publique au Mali. ...
Pourtant, de nombreuses femmes continuent d’accoucher dans des établissements ne disposant pas des services de base nécessaires pour garantir des soins sûrs et de qualité.
Une urgence silencieuse
Selon un rapport publié en mars 2026 par WaterAid intitulé « Naître sans eau : La crise dans nos salles d’accouchement », 90 % des maternités du Mali ne disposent pas d’installations sanitaires de base. Aussi, le rapport de l’état des lieux des services d’eau, d’hygiène et d’assainissement dans les établissements de santé du Mali, réalisé en 2024, met en évidence des insuffisances, y compris dans les structures assurant les accouchements. De manière globale, les résultats montrent que 83% des établissements de santé ne disposent pas de l’eau de qualité selon les normes OMS pour les soins ; 57% des établissement de santé (CSCom, CSRéf, Hôpitaux) ne disposent pas de douches destinées aux femmes accouchées. Ceci est encore plus critique dans les zones rurales.
Cette situation expose les mères et les nouveau-nés à des infections graves, notamment la sepsis (septicémie) qui demeure l’une des principales causes de décès maternel et néonatal. L’absence d’eau courante, de dispositifs de lavage des mains, de toilettes fonctionnelles et d’environnements propres réduit considérablement l’efficacité des efforts engagés pour promouvoir les accouchements dans les établissements de santé et contribue à la méfiance des populations envers le système sanitaire.
Pourquoi les décideurs doivent agir dès maintenant.
Investir dans l’eau, l’assainissement et l’hygiène dans les maternités représente une solution simple, efficace et rentable. Ces services de base peuvent réduire d’au moins 50 % les infections maternelles liées à l’accouchement.
Un investissement rentable
Les analyses faites montrent également qu’un investissement annuel de 0,52 à 1,04 USD par habitant pourrait générer plus de 8,6 dollars de bénéfices sanitaires et économiques pour chaque dollar investi.
Au-delà des bénéfices sanitaires, l’amélioration de l’approvisionnement des maternités en eau, hygiène et assainissement, contribuerait directement à l’atteinte de plusieurs priorités nationales et internationales : la réduction de la mortalité maternelle et néonatale, la Couverture Sanitaire Universelle, et les Objectifs de Développement Durable relatifs à la santé, à l’accès à l’eau et à l’assainissement.
Toutefois, le principal obstacle n’est pas technique, mais politique. Bien que des efforts ont été consentis par le gouvernement, en termes de politiques, de normes et d’investissement, l’eau, l’hygiène et l’assainissement restent encore une composante centrale à intégrer dans les stratégies de réduction de la mortalité maternelle et néonatale. L’insuffisance de financement et de mécanismes de redevabilité limite la mise en œuvre des engagements existants.
L’appel à l’action
Face à cette urgence, le rapport invite les autorités à faire de l’amélioration de l’approvisionnement des maternités en eau, hygiène et assainissement une priorité nationale en l’intégrant explicitement dans les politiques de santé, en y allouant des budgets spécifiques et traçables. Il appelle également à renforcer la participation des femmes et du personnel de santé dans la gouvernance et le suivi des services.
La lutte contre la mortalité maternelle et néonatale ne dépend pas uniquement des médicaments et du personnel soignant. Elle exige aussi des infrastructures de base. Investir dans l’eau, l’assainissement et l’hygiène dans les maternités, c’est sauver des vies.
WaterAid Mali