Malnutrition : Le mal silencieux qui commence dans l'assiette
Longtemps associée au seul manque de nourriture, la malnutrition recouvre des réalités bien plus complexes.
Au Mali, elle continue d'affecter des milliers de personnes, des jeunes enfants aux adultes, avec des conséquences parfois irréversibles. Professionnels de santé et citoyens appellent à une meilleure éducation nutritionnelle pour freiner ce fléau.
Fatigue persistante, infections à répétition, retard de croissance chez les enfants, maladies chroniques chez les adultes. Derrière ces problèmes de santé se cache parfois un ennemi discret : la malnutrition. Souvent réduite à un simple manque de nourriture, elle est pourtant bien plus complexe. Le silence règne dans la salle d'attente d'un centre de santé de Niamana. Une mère berce son enfant, tandis qu'une autre patiente attend son tour, carnet de santé à la main. A quelques mètres, un agent de santé reçoit de nouveaux patients. Ici, les consultations rappellent une réalité souvent ignorée : les conséquences d'une mauvaise alimentation peuvent apparaître bien avant que les premiers symptômes ne deviennent alarmants.
Au Mali, la malnutrition demeure un enjeu majeur de santé publique. Si elle touche particulièrement les enfants de moins de 5 ans, les femmes enceintes et les personnes âgées, elle n'épargne aucune catégorie de la population.
Les spécialistes rappellent qu'elle ne résulte pas uniquement d'un manque de nourriture, mais aussi d'une alimentation déséquilibrée, de mauvaises habitudes alimentaires, de maladies infectieuses, d'un manque d'hygiène ou encore d'une faible connaissance des besoins nutritionnels.
"La malnutrition est une mauvaise alimentation. Elle peut être due à un manque, à un excès ou à un déséquilibre alimentaire", explique la nutritionniste Ramata Condé. Selon elle, une personne peut manger à sa faim sans pour autant couvrir les besoins de son organisme en nutriments essentiels.
Un problème aux multiples visages
Les maladies comme le paludisme, la diarrhée ou les infections respiratoires, le manque d'eau potable ainsi que les mauvaises pratiques alimentaires contribuent également à son apparition.
Les conséquences sont nombreuses. Chez les enfants, une alimentation déséquilibrée peut entraîner un retard de croissance, ralentir le développement intellectuel, provoquer des difficultés d'apprentissage et affaiblir les défenses immunitaires.
Chez les adultes, elle favorise la fatigue chronique, l'anémie, ainsi que la baisse des performances physiques et intellectuelles. Elle peut aussi conduire au surpoids et à l'obésité, augmentant ainsi le risque de diabète, d'hypertension artérielle et de maladies cardiovasculaires. "La santé commence toujours dans l'assiette", insiste la nutritionniste. La praticienne Touré Timongo Sanogo partage ce constat. Pour elle, la malnutrition est avant tout un manque d'apport en nutriments indispensables au bon fonctionnement de l'organisme. Elle se manifeste notamment par une perte de poids, une anémie, des infections répétées et une fatigue importante. "Les enfants et les adultes présentent souvent les mêmes signes, mais ils sont beaucoup plus sévères chez les enfants de moins de cinq ans, car ils sont en pleine croissance", explique-t-elle.
Elle avertit qu'en l'absence de prise en charge, la malnutrition peut compromettre durablement la croissance des enfants et provoquer une fonte musculaire importante chez les adultes. Toutefois, elle rassure : une prise en charge précoce permet généralement une guérison sans séquelles.
Prévenir plutôt que guérir
Les mauvaises habitudes alimentaires ne concernent pas uniquement les jeunes enfants. Elles touchent aussi les étudiants. S. Y., étudiant en droit, de taille assez fine et au visage accueillant, réside au campus de Badalabougou. Il reconnaît que son alimentation est loin d'être idéale.
"Je prends généralement deux ou trois repas par jour, mais il m'arrive souvent de sauter le petit-déjeuner à cause de certaines contraintes du campus", confie-t-il. Il admet ressentir parfois les effets de cette alimentation irrégulière et explique que ses connaissances en nutrition proviennent essentiellement des réseaux sociaux et de son entourage.
Dans les familles également, la question de la nutrition reste une préoccupation quotidienne. Mme Ouattara, mère de famille, est assise dans son salon aux côtés de ses deux filles. Elle définit une alimentation équilibrée comme une alimentation saine, composée d'aliments riches en nutriments qui préservent la santé. Elle reconnaît cependant que les contraintes financières compliquent parfois les choix alimentaires. Elle dit également éviter autant que possible les aliments trop sucrés ou trop lourds afin de préserver la santé de sa famille.
Au fil de son expérience, la nutritionniste dit avoir été particulièrement marquée par des enfants admis dans les unités de récupération nutritionnelle dans un état de malnutrition sévère. Certains souffraient d'un important retard de croissance, d'infections répétées ou de complications qui auraient pu être évitées grâce à une consultation plus précoce. Elle appelle les parents à ne pas attendre l'aggravation des symptômes avant de se rendre dans une structure de santé.
Pour prévenir la malnutrition, les professionnels recommandent une alimentation variée comprenant des céréales, des légumineuses, des fruits, des légumes et des aliments riches en protéines. Ils invitent également la population à privilégier les produits locaux, à limiter les aliments ultra-transformés et les boissons sucrées, à respecter les règles d'hygiène, à utiliser de l'eau potable et à consulter rapidement un professionnel de santé dès l'apparition des premiers signes.
Chez les nourrissons, l'allaitement maternel exclusif pendant les six premiers mois de vie reste l'une des mesures les plus efficaces pour favoriser une bonne nutrition.
Invisible dans ses premiers stades, la malnutrition peut laisser des séquelles irréversibles sur la vie des patients. Face à ce danger silencieux, les spécialistes sont unanimes : une meilleure information et des habitudes alimentaires plus équilibrées constituent les premières armes de prévention. Car, comme le rappelle la nutritionniste, "la santé commence toujours dans l'assiette".
Naminata Traoré (Stagiaire)